Paru dans Sortir du nucléaire n°110, Été 2026. Mis en ligne le 5 octobre 2026
Newcleo est une start-up multinationale, lauréate du Plan France 2030, qui a reçu à ce jour un premier versement de 19,8 millions d’euros pour soutenir son projet de "petit réacteur innovant" (SMR). Le groupe envisage à la fois de créer une usine de fabrication de son propre combustible Mox-LFR à 30 % de plutonium près de Nogent-sur-Seine et un prototype de réacteur modulaire à neutrons rapides de 30 MW, refroidi au plomb fondu, près de Chinon. L’objectif étant ensuite d’implanter 200 réacteurs de 200 MW à travers l’Europe, voire jusqu’aux États-Unis ! Nous, collectif "Stop-Newcleo", nous opposons fermement à ce projet !
Que s’est-il passé depuis la première réunion d’information de notre collectif "Stop-Newcleo", qui a rassemblé 100 personnes en novembre dernier près de Chinon ? Nous avons d’abord continué d’informer sur le projet, en collaboration avec Global Chance.
Deux réunions publiques ont été organisées : une à Marnay-sur-Seine (commune où devrait s’installer l’usine de fabrication de combustibles Mox-LFR) le 30 janvier, qui a réuni une centaine de personnes. Et une à Paris le 14 janvier, organisée à la Bourse du travail par la Coordination antinucléaire d’Île-de-France.
Nous avons ensuite eu connaissance des dates du débat public que la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) a accepté de conduire du 2 avril au 30 juillet. Nous avons décidé de nous en saisir pour poursuivre l’information et développer la mobilisation, notamment en concoctant un tract commun aux deux sites à distribuer le plus massivement possible.
Puis une visite du site chinonais a été auto-organisée le 6 avril, veille de la réunion d’ouverture du débat public. Le but était de faire connaître ce débat, de drainer du monde, ainsi que de prendre vraiment connaissance in situ des conséquences qu’entraînerait la réalisation d’un tel projet (particuliers et entreprises riveraines, faune/flore, etc.).
Soixante-dix personnes étaient présentes et la moitié d’entre elles a ensuite préparé collectivement les interventions pour le lendemain. Les médias locaux ont bien relayé cette action.
Le 7 avril, 300 personnes (dont 100 en ligne) étaient présentes à la réunion d’ouverture du débat qui se tenait à Beaumont-en-Véron, commune où s’implanterait le réacteur. L’entreprise Newcleo, porteuse du projet, fut soumise à un feu roulant de questions et critiques bien relevé par Reporterre !
Même participation à Marnay pour la seconde réunion d’ouverture. Les deux réunions/ateliers sur les impacts environnementaux des projets ont également été activement investis et relayés par la presse.
Puis, le 16 avril, nous avons incarné la seule voix contradictoire pendant un webinaire organisé par la CNDP sur la place de ces deux projets de Newcleo dans les orientations de la politique nucléaire française.
Malgré une grosse participation du public aux webinaires suivants ("Enjeux de sûreté et de sécurité" puis "Modèle économique") et de nombreuses questions posées en ligne, toutes n’ont pas été relayées et celles qui l’ont été n’ont pas toujours eu des réponses convaincantes.
La CNDP a aussi ensuite proposé des visites de sites... Celle de Marnay fut animée, grâce aux militants locaux ! Nous avons tenu un stand aux forums prévus par la CNDP, notamment le 30 mai à Chinon où, outre nos tracts, nous avons présenté nos lettres aux élu·es, texte de pétition, etc.
Ce qui ressort de ce débat public conforte l’avis que Global Chance avait publié en juillet dernier et réitéré à l’occasion du débat, à savoir que, concernant la solidité des choix technologiques, les procédés sont encore peu aboutis !
Au sujet de la fourniture du plutonium et de l’uranium appauvri nécessaires à la fabrication du combustible, le flou est de mise ! Dans la partie "coût et financement" du Dossier du Maître d’Ouvrage (DMO), il n’est nulle part mentionné le coût d’achat des combustibles nécessaires à la fabrication du Mox-LFR. Le 16 avril, le PDG Stefano Buono finit par nous dire que l’État français pourrait "prêter" du plutonium à Newcleo, et que certains États seraient même prêts à "donner" le leur ! Tout ceci n’étant pour le moment que promesses.
Concernant le mode de refroidissement du réacteur, au plomb, si Newcleo en présente les avantages, il ne nie pas les inconvénients : corrosion des composants métalliques, opacité entravant les opérations de surveillance, mauvaise tenue aux séismes. Mais des essais et la qualification d’aciers résistants sont en cours ou vont avoir lieu : autant dire que rien n’est vraiment au point à l’heure qu’il est.
Du point de vue des impacts sur l’environnement, sur le bien-être et la santé des riverain·es et travailleur·euses aussi bien en phase chantier qu’en phase exploitation, de nombreuses données sont encore à produire : inventaire de biodiversité, empreinte carbone des projets, problème de la nappe phréatique affleurant à Chinon, etc.
La solidité financière du groupe reste également à prouver ! Pour le moment, sur les 3 milliards auxquels elle évalue le coût de ses deux premières installations, Newcleo n’a levé qu’à peine 600 millions d’euros. Naarea, l’autre start-up première lauréate du Plan France 2030, a touché 10 millions pour développer, elle aussi, un réacteur à neutrons rapides modulaire mais à sels fondus... avant de faire faillite quelques mois plus tard.
Certains aspects du projet restent des "angles morts" : bien-fondé et risques du recours au secteur privé ? Alternatives existantes à ce type de choix énergétique ? Ça a été l’objet de notre intervention du 19 mai au cours de la séquence consacrée à l’évaluation à mi-parcours du débat.
En tout cas, Newcleo s’est payé – en finançant ce débat public – une belle vitrine (avec plaquettes, powerpoints, vidéos, etc.), relayée par la CNDP et les médias et tentant de séduire élu·es et habitant·es pour assurer son "acceptabilité sociale". Quant à nous, nous allons continuer sans relâche à informer et solliciter les élu·es, les habitant·es, les journalistes par tous les moyens dont nous disposons ou que nous allons imaginer, pour que ce projet n’ait pas lieu !
Le vent semble d’ailleurs tourner pour Newcleo. Après avoir décroché un financement dans la première phase du plan France 2030, la start-up pourrait ne pas être retenue pour la deuxième phase, "son audition ayant révélé des faiblesses sur les plans économique et industriel" d’après La Tribune.
L’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) doit rendre ses avis définitifs début 2027 et Newcleo déposera alors ses diverses demandes (autorisation environnementale, autorisation de construction, autorisation à utiliser des matières nucléaires, etc.). Plusieurs enquêtes publiques devraient suivre et... nous n’avons pas dit notre dernier mot.
Le collectif Stop-Newcleo
Contact : stop-newcleo@riseup.net