Publié le 8 octobre 2020
Nous, habitant.es des bassins versants de la Loire, de la Meuse, du Rhône, des côtes du Cotentin et d’ailleurs, nous sommes réuni.es du 24 au 26 septembre, à l’initiative du collectif de treize collectifs Loire Vienne Zéro Nucléaire à Saint-Amand-en-Puisaye, dans la Nièvre, pour fêter l’abandon du projet de piscine d’entreposage centralisé à Belleville sur Loire et ouvrir des perspectives stratégiques pour la suite de la lutte anti-nucléaire [1].
Lors de ce rassemblement, nous avons fait un état des lieux des actions de prélèvement et d’analyse qui, en collaboration avec l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO) [2], sont menées le long de la Loire et de la Vienne depuis trois ans. En seulement quelques campagnes, ces actions de prélèvements indépendantes ont contribué à montrer les failles du système de dilution des rejets toxiques des centrales dans les cours d’eau et les silences sur ces pollutions, notamment :
Un état des lieux a également été fait de la filière, dite « aval », de retraitement et de gestion des déchets nucléaires, principalement organisée autour des sites de La Hague, de Marcoule et du Tricastin et autour de Bure. Nous avons constaté que la filière du retraitement est plus que jamais le boulet de l’industrie nucléaire française :
Au-delà des combustibles usés, l’industrie nucléaire produit de multiples rebuts très volumineux. Les gaines de combustibles abîmés, les grappes de contrôle, les déchets de démantèlement ainsi que quantité d’outillage et de matériel, dont on ne sait que faire, encombrent piscines et entrepôts. Certains seront « blanchis » au sein d’infrastructures dédiées comme ICEDA au Bugey ou BAMAS à Saint-Dizier.
Surtout, nous avons compris à quel point l’industrie nucléaire est désormais menacée par la saturation à 93 % des piscines d’entreposage de La Hague. Si la chaîne du retraitement fonctionne normalement, il faudrait en théorie dix ans pour emplir les emplacements restants. Mais la moindre perturbation dans cette chaîne, comme par exemple le confinement qui a arrêté le retraitement plusieurs semaines à La Hague et fait perdre à Orano un temps précieux, pourrait entraîner une véritable occlusion de l’ensemble de l’industrie nucléaire française, incapable d’entreposer ses propres combustibles usés pour les refroidir lorsqu’ils sortent des réacteurs. EDF est donc véritablement dépendante d’un projet de piscine d’entreposage centralisé, qui est d’ores et déjà en retard et dont le lieu d’implantation n’est toujours pas fixé. Suite à son abandon en bord de Loire, c’est désormais La Hague qui semble être pressentie - avec le consentement regrettable de syndicats de l’usine.
Ce rassemblement fut aussi l’occasion d’une synthèse des multiples luttes en cours contre la nucléarisation du Grand Est par l’Agence Nationale de gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA), EDF et ses filiales, et plus particulièrement contre le projet d’enfouissement CIGEO, plus grand projet industriel en Europe aujourd’hui :
Nous n’avons pas oublié non plus qu’il y a un an, le 26 septembre 2019, un incendie ravageait l’usine chimique Lubrizol à Rouen. Ce samedi, à l’appel de la plateforme Notre Maison Brûle [8], de multiples rassemblements dont le nôtre avaient lieu en solidarité avec les rouennais.es. Nous leur communiquons tout notre soutien et nos sentiments d’amitié. Nous affirmons également notre volonté d’inclure la lutte antinucléaire dans l’ensemble plus large de la lutte contre tous les dangers et les pollutions industrielles qui menacent notre santé et notre environnement quotidien.
Enfin, le rassemblement fut l’occasion de présenter trois grands films : Le Dossier Plogoff, Condamnés à réussir de François Jacquemain [9] et Un Héritage Empoisonné d’Isabelle Loodts [10], ainsi que deux performances artistiques et festives. Ces différents temps ont donné lieu à de longues discussions passionnées autour de la mémoire des luttes et de la transmission de notre héritage écologique et émotionnel désastreux aux générations à venir. En clôture du rassemblement, notre assemblée a exprimé sa volonté :
L’assemblée de clôture du rassemblement contre la piscine d’entreposage centralisé
[3] https://www.acro.eu.org/tritium-dans-leau-potable-plus-de-6-millions-de-francais-concernes-quelle-eau-potable-en-cas-daccident-nucleaire-grave/
[7] https://www.fne.asso.fr/communiques/enfouissement-de-d%C3%A9chets-radioactifs-un-sch%C3%A9ma-qui-remet-en-cause-le-projet-cig%C3%A9o