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Sortir du nucléaire n°111



Automne 2026
Crédit photo : ©️ Jean-Luc Ichard - AdobeStock

RTE, un réseau de transport d’électricité sous influence

RTE est chargé d’opérer le réseau de transport d’électricité et d’assurer l’équilibrage entre la production et la consommation d’électricité. Ses scénarios sont censés apporter un éclairage pour les choix de la politique énergétique à l’horizon 2050 et au-delà, mais ses liens avec EDF et la complaisance de ses dirigeants face à l’exécutif remettent en question l’indépendance de ses rapports et de leurs conclusions.

Nucléaire et démocratie Politique énergétique

RTE, vache à lait d’EDF

C’est en 2000, avec une loi imposant la création d’un gestionnaire du réseau de transport indépendant de l’activité de production, que RTE voit le jour. Mais, dans les faits RTE reste une filiale à 100 % de l’EDF de 2005 à 2017. Et depuis ? RTE est détenue indirectement par l’électricien à hauteur de 50,1 % via Coentreprise de transport d’électricité (CTE). L’investissement d’EDF dans CTE lui sert à "sécuriser le financement des charges nucléaires de long terme", et les actionnaires de CTE ont arrêté une politique de dividendes conduisant au versement de 60 % du résultat annuel à ses actionnaires selon un rapport de la Cour des comptes de septembre 2025 [1].

On peut donc considérer RTE non seulement comme une sorte de garantie des – insuffisantes – provisions pour le démantèlement et la gestion des déchets, mais aussi comme une "vache à lait" pour EDF [2]. A contrario, on découvre sans surprise que la construction d’EPR au Royaume-Uni et Framatome consomment de la trésorerie.

Capture d’écran du graphique n°20, présent p.63 du document "Le modèle économique d’EDF", publié en septembre 2025 par la Cour des comptes.

Il n’est pas normal que le résultat dû à l’activité régulée du réseau de transport d’électricité, financée par une taxe, contribue au financement des EPR et EPR2 [3]. Ce surprofit devrait être déduit des coûts de transport auxquels l’éolien offshore est particulièrement exposé.

La Cour des comptes ne dit pas autre chose, recommandant "que la politique de dividende des actionnaires de RTE et de CTE puisse être adaptée aux besoins de financement du programme d’investissement de RTE", et précisant qu’EDF jusqu’à présent ne prévoit pas de modifier sa politique de dividendes.

Le courant passe entre l’exécutif et RTE

La dépendance de RTE n’est pas qu’à l’égard d’EDF et de ses prêteurs, elle l’est aussi directement du pouvoir exécutif.

En 2019, le ministère chargé de l’écologie confie au gestionnaire du réseau de transport d’électricité la rédaction d’un scénario électrique courant sur plusieurs décennies, alors que cela est en dehors de ses missions prévues par le Code de l’énergie.

Le 4 octobre 2023, Xavier Piechaczyk, alors président de RTE, avait indiqué ne pas vouloir "commenter les propos d’un·e ministre" lors du colloque national éolien [4] où la ministre de la Transition énergétique s’était auparavant exprimée. Ces courbettes devant l’exécutif ne se sont pas arrangées avec sa successeuse, Émilie Piette. Depuis sa nomination le 7 avril 2026, cette ancienne secrétaire générale adjointe de l’Élysée y a "pris des engagements" sur l’accélération du raccordement de gros consommateurs – data centers et usines – avec une enveloppe dédiée de 8 milliards d’euros jusqu’en 2030 [5]. On retrouve bien là l’objectif de l’Élysée de tenter de justifier les EPR2 [6].

La Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a rendu publique fin août 2026 une interdiction pour Émilie Piette d’entrer en contact avec des membres de l’exécutif, "afin de prévenir tout risque de mise en cause du fonctionnement normal, de l’indépendance et de la neutralité de l’administration" [7]. C’est l’Élysée qui avait saisi la HATVP pour avis : un bel écran de fumée ?

  • Damien Renault

Notes

[1] Le modèle économique d’EDF, Communication à la commission des finances de l’Assemblée nationale, septembre 2025, Cour des comptes, page 39

[2] Le modèle économique d’EDF, Communication à la commission des finances de l’Assemblée nationale, septembre 2025, Cour des comptes, graphique page 63

[3] Le groupe CDC, qui possède 49,9 % de RTE, est censé prêter à EDF de quoi construire les six EPR2 en projet.

[4] Live des conférences plénières du 04 octobre - Après-midi - Colloque National Éolien 2023, France renouvelables, Youtube, à 47:50

[5] Électrification, raccordements : les priorités d’Emilie Piette, nouvelle présidente de RTE, Les Échos, 11 juin 2026

[6] Macron sonne la mobilisation générale pour l’électrification de la France, Les Échos, 26 mai 2026

[7] Délibération relative à la mobilité professionnelle de Madame Émilie Piette, HATVP, 10 mars 2026



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