Publié le 14 avril 2026
En octobre 1990, l’académicien Vasily Nesterenko, physicien nucléaire en rupture de ban avec son institution (le Centre de recherche nucléaire de Sosny, élément du complexe militaro-industriel de l’URSS), fondait l’Institut indépendant de protection radiologique BELRAD.
Par Enfants de Tchernobyl Belarus
Grâce à son riche ami Anatoly Karpov, ex-champion du monde des échecs et président de la Fondation pour la Paix, un premier financement significatif procura à l’Institut les moyens de s’équiper et de s’établir dans la capitale du Belarus, Minsk.
Avant de créer BELRAD, Vasily Nesterenko avait monté l’entreprise Radiometer en vue de fabriquer 300 000 radiamètres de précision (compteurs Geiger) à distribuer dans la population et 7 000 équipements pour la mesure de la contamination radioactive des aliments à répartir dans les commerces et coopératives d’État. L’objectif de l’Institut BELRAD était de pallier l’insuffisance de la protection de la population, notamment pour compléter le dispositif par des centres locaux de contrôle des aliments. Le premier gouvernement du Belarus indépendant finança 370 de ces centres, assurant ainsi une couverture homogène de l’ensemble des régions sérieusement affectées par les retombées radioactives.
Rapidement Nesterenko se rendit compte qu’il fallait prendre le problème différemment. Les mesures des dépôts radioactifs n’apportaient pas d’informations pertinentes pour estimer le risque radiologique. La contamination des personnes dépendait de nombreux paramètres difficiles à évaluer. Aussi, dès le milieu des années 1990, une évidence s’était imposée : il fallait considérer chaque personne comme un cas individuel et se doter des moyens de mesurer la contamination radioactive de chaque personne, enquêter sur les raisons d’une éventuelle forte contamination, et, dans un tel cas, ordonner une cure d’un complément alimentaire à base de pectine (de pomme) pour accélérer l’élimination naturelle de la radioactivité. Parallèlement, BELRAD forma 900 radiométristes de terrain.
Les résultats furent d’emblée spectaculaires, avec une baisse rapide des intoxications les plus graves et une réduction progressive de la charge radioactive moyenne dans la population bénéficiant des services de l’Institut et de ses équipes locales.
Mais vers la fin des années 1990 le gouvernement du Pt Aleksandr Lukashenko s’ingénia à réduire les fonds attribués par l’État à BELRAD, avec le concours d’experts étrangers, notamment allemands, qui intriguaient contre l’Institut auprès des institutions européennes. À cours de financements et harassé par les attaques du gouvernement biélorusse, BELRAD était sur la voie de la disparition.
Vasily Nesterenko appelle à l’aide ses amis français, Solange et Michel Fernex, et le journaliste et cinéaste italo-suisse Wladimir Tchertkoff. C’est ainsi qu’en avril 2001, en réponse à cet appel, nos amis aujourd’hui décédés fondèrent l’association « Enfants de Tchernobyl Belarus ». Enfants car l’accent a été d’emblée mis sur la protection des enfants, dont l’organisme en pleine croissance est le plus affecté par la radioactivité.
La fondation de BELRAD était tout sauf inscrite dans les astres. Et on peut dire la même chose de la création d’ETB. Le pari de sauver BELRAD était pris quinze années après celui de Vasily Nesterenko et de ses parrains, Sakharov, Karpov et Adamovitch. Que ces deux paris aient été tenus est un miracle de portée historique.
Mais aujourd’hui l’existence de BELRAD est menacée par l’usure du temps, l’idée que la page de Tchernobyl est tournée… alors que la menace radioactive demeure : la contamination radioactive de 10 à 15 % des échantillons mesurés de produits de la forêt (champignons, baies, gibier etc) dépasse les limites légales, parfois, c’est rare, d’un facteur supérieur à 100.
Il ne faut pas faire précéder l’adjectif « rare » de l’adverbe « heureusement » ! En effet, seule une faible fraction des abondantes cueillettes est contrôlée. Aussi, une forte contamination d’un échantillon collecté ici ou là aujourd’hui, signale que la plupart des cueillettes dans le coin ont échappé à un quelconque contrôle et que la probabilité qu’elles aient contaminé des personnes est particulièrement élevée.
Le travail de « Sisyphe » de nos amis de BELRAD garde toute sa raison d’être. Depuis un quart de siècle, Enfants de Tchernobyl Belarus couvre 80 % des dépenses de l’Institut, soit 200 000 €/an. Soutenir ETB c’est très directement contribuer à la protection des enfants biélorusses. Que chacun se demande ce qu’il peut apporter : le nombre fait la force par addition d’une multitude de petites sommes à quelques gros versements. Tout don fait l’objet d’un reçu fiscal garantissant une réduction des deux tiers dans le calcul de l’impôt sur le revenu.
ETB ne reçoit aucune subvention publique. ETB est tout aussi indépendante que BELRAD ! ETB c’est vous, celles et ceux qui soutiennent effectivement son action.
N’hésitez donc pas à aider Belrad, les enfants du Bélarus vous en seront reconnaissants !
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Pour commémorer la 40e année de la catastrophe de Tchernobyl, Enfants de Tchernobyl Belarus (ETB) vous propose plusieurs informations, propositions et événements : un bilan sur la situation sanitaire au Belarus établi par l’Institut Belrad ; la publication du journal « L’Écho de Tchernobyl » ; un colloque organisé le samedi 25 avril à Paris ; une proposition d’action de terrain « Une Pomme pour Belrad » ; une demande d’aide pour soutenir l’Institut Belrad, à retouver ici dans l’article « Tchernobyl année 40 ».