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Nos dossiers et analyses

Centrales nucléaires

Des étés sous haute contrainte

Publié le 12 août 2026



Les problèmes se multiplient pour les centrales nucléaires à l’heure du changement climatique. Arrêt de réacteurs, réduction de puissance, interdiction de relarguer ses déchets liquides radioactifs dans les cours d’eau, augmentation des traitements chimiques de l’eau, arrivée massive de méduses... le parc nucléaire entre dans une nouvelle ère sous haute tension.



Présentée comme un « modèle de résistance au changement climatique », la centrale de Civaux montre ses limites comme toutes les autres centrales nucléaires. Les arrêts ou réduction de puissance qui ont ponctué l’été en France et dans le reste de l’Europe comme en Hongrie et en Roumanie montrent les faiblesses du nucléaire face au changement climatique. Le manque d’eau et la nécessité de protéger les écosystèmes des rejets thermiques et radioactifs a mis à mal le fonctionnement des centrales. Les problèmes s’enchaînent mais ne se ressemblent pas.

Les cours d’eau à sec

Conséquences Été 2026 : Arrêt des réacteurs de Chooz et Cattenom – Interdiction des rejets radioactifs à Civaux - Lâchers d’eau généralisés

Les centrales ont besoin de grandes quantités d’eau pour assurer le refroidissement du réacteur. La baisse du débit dans les cours d’eau a donc de réelles conséquences sur le fonctionnement d’une centrale. Situées sur des cours d’eau à faible débit, les centrales de Civaux, de Chooz et de Cattenom sont particulièrement touchées par ce phénomène.

L’interdiction des rejets radioactifs

L’une des premières contraintes qui s’applique aux centrales en cas de baisse du débit du cours d’eau est l’interdiction de rejeter ses effluents radioactifs. Les centrales sont ainsi équipées de plusieurs réservoirs permettant de stocker temporairement les polluants radioactifs avant de retrouver une situation conforme pour le rejet dans le milieu naturel.

Si la centrale de Civaux arrive à se maintenir en fonctionnement, depuis début juin le débit de la Vienne est trop faible pour qu’EDF puisse y rejeter les effluents radioactifs qui seraient “insuffisamment” dilués et pourraient donc porter atteinte au milieu naturel. La centrale de Civaux ne peut rejeter à la rivière ses effluents qu’en présence d’un débit compris entre 20 et 400 m³/s. Aucun rejet des réservoirs T n’est possible en période de sécheresse et de crue. Les effluents sont alors stockés dans 7 réservoirs de 750 m³ chacun (pour un total de 5 250 m³) jusqu’à un débit suffisant de la Vienne pour rejeter les polluants dans le milieu naturel. Les effluents stockés dans les réservoirs T proviennent :

  • des effluents du circuit primaire de la centrale
  • fuites d’eau primaire, de vidanges diverses
  • des effluents de décontamination
  • des eaux de vidange des piscines de stockages de combustible

Dans certaines situations d’étiage de la Vienne, le rejet d’effluents radioactifs liquides issus d’un de ces réservoirs peut durer plusieurs semaines et même être interrompu pour respecter le débit minimal du milieu naturel et les limites d’activités radioactives associées.

D’après les relevés du débit à la station Cubord (Valdivienne), les périodes où les rejets radioactifs sont interdits sont très nombreuses au cours de l’année. Depuis 2011, ces conditions se renouvellent chaque année et ont même été rencontrées en décembre et janvier. La période de sécheresse de 2026 semble être particulièrement sévère.

On observe sur les relevés d’EDF que par exemple les rejets en tritium sont systématiquement plus faibles en été que sur les autres mois de l’année.

Les rejets radioactifs ont atteint l’équivalent de presque 20 réservoirs (de 750 m³) en 2025 contre plus de 24 en 2024.

Les solutions palliatives – les soutiens d’étiage

Le fonctionnement des centrales est soumis à un débit minimum. Pour éviter l’arrêt de réacteur, des lâchers d’eau sont opérés depuis des retenues d’eau pour maintenir le débit du cours d’eau.

Par exemple, en dessous d’un débit de 10 m³/s, la centrale de Civaux doit interrompre les prélèvements d’eau. Pour éviter l’arrêt de réacteur, le débit de la Vienne est donc maintenu artificiellement par EDF à un niveau permettant le fonctionnement de la centrale par des lâchés d’eau en amont.

“On a lâché 200 piscines olympiques” pour maintenir artificiellement le débit de la Vienne et maintenir en fonctionnement la centrale de Civaux. D’après EDF, en juin 2026 le débit naturel de la Vienne était de 5 m³/s, alors que le besoin est de 13 m³/s.

La construction de la centrale de Civaux a obligé la mise en place d’un soutien d’étiage à partir des barrages du Taurion et de la Maulde situés en amont du bassin. Pour sauver sa centrale de l’arrêt, chaque année EDF peut lâcher au maximum :

  • 18 millions de m³ du 1er juillet au 15 septembre,
  • et 22 millions de m³ de plus du 1er juillet au 31 octobre.

Même constat pour la centrale de Cattenom, si le débit de la Moselle est inférieur à 18 m³/s, EDF doit limiter le temps de pompage c’est à dire, réduire la puissance du réacteur. Lorsque le débit de la Moselle est inférieur à 9 m³/s, le pompage est interrompu, ce qui signifie l’arrêt du réacteur. Par ailleurs, les rejets d’effluents liquides radioactifs sont interdits lorsque le débit du cours d’eau observé à l’amont du site est inférieur ou égal à 15 m³/s. Conformément à une décision de l’ASN (Note n°2014-DC-0415), lorsque le débit moyen journalier de la Moselle à la frontière franco-germano-luxembourgeoise est inférieur à 26 m³/s, les prélèvements d’eau du site sont conditionnés à la compensation par des lâchures d’eau réalisées de la retenue du Vieux Pré, dont le remplissage peut s’avérer difficile en fonction des conditions hydrologiques, comme en 2020.

C’est également le cas de la Loire qui alimente 4 centrales nucléaires. En tout, ce sont 100 millions de m³ d’eau qui ont été largués cette année 2026.

Une étude sur les impacts socio-économiques du soutien d’étiage de l’Allier et de la Loire par les barrages de Naussac et de Villerest [1] a montré qu’en l’absence de soutien d’étiage et sur la base des débits observés en 2019, les périodes d’arrêt de production auraient été de 28 à 30 jours consécutifs pour les centrales de Saint-Laurent-des-Eaux et de Chinon.

Un accord franco-belge du 8 septembre 1998 [2] convient qu’à partir de 22 m³/s des premières mesures de sauvegarde doivent être prises et qu’en dessous de 20 m³/s toute aggravation n’est plus permise conduisant à l’arrêt des 2 réacteurs. Cet accord garantie la sauvegarde des intérêts des utilisateurs aval des eaux de la Meuse, notamment le fonctionnement normal des installations de production d’eau potable.

D’après les relevés du débit de la Meuse effectués par EDF au Trou du Diable montre que la situation est particulièrement critique depuis août 2026.

Les cours d’eau au bord de l’ébullition

Conséquences Été 2026 : Arrêt, réduction puissance ou dérogation de rejets thermiques : Bugey, Tricastin, Saint-Alban, Nogent-sur-Seine, Golfech

Si l’eau prélevée par la centrale pour son refroidissement ne fait pas défaut en terme de quantité, il n’en reste pas moins le problème de la température de l’eau. L’eau prélevée par la centrale après passage dans le circuit de refroidissement du réacteur est restitué au milieu naturel à une température d’environ 29 à 30°C voir au-delà dans des conditions climatiques extrêmes.

Ce qui dit la réglementation

Les rejets des centrales doivent respecter 2 paramètres :

  • Une température maximale après mélange mesurée à la station aval de la centrale
  • Un échauffement maximal après mélange (différence de température entre l’amont et la station aval)

La centrale de Golfech est arrêtée pour la 4e fois de l’année 2026 en raison de la température de la Garonne dépassant les 28°C. La construction de tours aéroréfrigérantes supplémentaires (dispositif identique au système installé à Civaux) est à l’étude. Cette centrale serait la première à bénéficier de l’investissement d’EDF pour faire face au dérèglement climatique de 9 milliards dont 4,3 milliards seraient dédiés au nucléaire.

Pour les 4 centrales situées en bord de Loire, aucune limite de température maximale n’est fixée après mélange. EDF a pourtant déclaré avoir atteint une température maximale de 30,4°C à la station aval après mélange sur la centrale de Dampierre-en-Burly en mai 2026. Si les centrales de la Loire avaient les mêmes « contraintes » de sauvegarde de la faune et la flore que Golfech ou que les centrales du Rhône, Dampierre-en-Burly aurait dû être à l’arrêt.

Si les centrales affichent des échauffements « minimes », c’est surtout parce que les mesures de température sont réalisées « après mélange » au niveau de stations de mesure parfois distantes de plusieurs kilomètres du rejet de la centrale. Par exemple à Civaux, un arrêté préfectoral, impose que, quelque soit le débit de la Vienne, les eaux rejetées ne doivent pas excéder 25°C, et l’écart entre la température des eaux amont et celles en aval de la centrale ne doivent pas dépasser 2°C. La Station Multi Paramètre (SMP) permettant le contrôle de l’impact de la centrale est située à environ 5 km en aval de la zone de rejet, au PK 211,6 sur le rive gauche de la Vienne permettant ainsi à l’exploitant de « respecter » les 25°C du rejet après mélange à 5 km du point de rejet.

Un déséquilibre du milieu naturel

Une étude scientifique [3] publiée en 2026 par une équipe de recherche ukrainienne, montre que les rejets thermiques augmentent le risque d’eutrophisation [4] et contribuent au déséquilibre des écosystèmes. Les rejets thermiques des centrales nucléaires modifient de manière significative les propriétés physicochimiques des milieux aquatiques, influençant la biodisponibilité et le profil de toxicité des substances chimiques. Plusieurs études ont montré que la toxicité de certains composés comme l’ammoniac, des métaux et certains biocides varie en fonction de la température. Enfin, les rejets thermiques perturbent les interactions trophiques [5], souvent au détriment des espèces sensibles à la température. Cette pression de sélection peut entraîner une perte de biodiversité et contribuer à la déstabilisation des écosystèmes.

Les rejets thermiques se caractérisent par des augmentations modérées de la température (échauffement pouvant atteindre 2 à 3°C), qui ne constituent pas un stress thermique aigu, mais sont susceptibles de modifier des processus physicochimiques et biogéochimiques essentiels. Même un réchauffement limité réduit la solubilité de l’oxygène – phénomène observés à la centrale de Civaux par exemple.

Pour ses études sur l’impact des rejets thermiques des centrales nucléaires françaises [6], le chercheur Martin Daufresne, indique que seuls des effets marginaux ont pu être montrés, comme par exemple la présence d’espèces particulières (comme le silure) dans les rejets. Il ajoute cependant : « Il est extrêmement probable que de simples inventaires ne sont pas suffisants pour montrer ces impacts. » Ces inventaires sont pourtant les seules études réalisées par EDF pour justifier l’absence des impacts des centrales sur la biodiversité aquatique. « Des analyses complémentaires plus fines, portant sur l’étude de la variabilité de traits écologiques (démographie, croissance) et de variables physiologiques (ex : marqueurs de stress) seraient probablement pertinentes. »

Une étude réalisée par le CEMAGREF et EDF [7] menée sur le site du Bugey a montré que la taille moyenne des poissons est plus faible dans les stations « réchauffées » par les rejets et la proportion d’espèces de petite taille est également supérieure dans ces mêmes stations.

Dans le bilan réalisé par EDF sur l’impact du maintien en fonctionnement des centrales en situation exceptionnelle en 2022 [8], il a été observé à l’aval de la centrale de Saint-Alban par rapport à l’amont, des effectifs de poissons plus faibles et des proportions de juvéniles également plus faibles. Le retour à une situation normale a été lent.

Exploiter au-delà des limites

Un autre effet des faibles débits et de l’augmentation de la température de l’eau, est la prolifération des bactéries, légionelles et amibes. EDF doit augmenter les traitements de l’eau ce qui conduit à encore davantage de rejets de polluants chimiques dans le milieu naturel. Par exemple, les circuits de refroidissement des circuits secondaires par tours aéroréfrigérantes du site de Civaux sont alimentés par l’eau de la Vienne et la température de cette eau au sein de ces circuits est en permanence supérieure à 30°C. Ces conditions sont favorables au développement de micro-organismes dont certains peuvent être pathogènes telles que certaines espèces de légionelles et d’amibes. Les légionelles susceptibles de se former au sein de ces circuits sont alors diffusées dans l’environnement par le panache de vapeur en sortie des tours aéroréfrigérantes tandis que les amibes susceptibles de se former sont quant à elles rejetées dans la Vienne par le rejet de purge des circuits de refroidissement.

En 2025, le syndicat mixte Eaux de Vienne a d’ailleurs alerté sur les conséquences d’un traitement de chloration massive qui pourrait durer 4 mois consécutifs sur la période estivale la plus contraignante pour la qualité de l’eau (faible débit et forte température). À ce jour, les conditions définies par EDF pour le traitement par chloration massive ne permettent pas de satisfaire aux enjeux locaux de potabilisation de l’eau de la Vienne en aval du site de Civaux. Ce traitement massif n’a pas été validé par l’ASNR. Un "accord" a été trouvé en 2026 pour déroger à la décision de l’ASNR [9] le seuil de déclenchement du traitement de 10 000 à 100 000 UFC/L (Unité formant colonie par litre d’eau).

Les faibles débits de la Moselle ont amené la centrale nucléaire de Cattenom à fonctionner de plus-en-plus fréquemment en recirculation sur la retenue du Mirgenbach – La centrale de Cattenom pouvant pomper l’eau dans la Moselle ou dans la retenue du Mirgenbach – parfois pendant plusieurs semaines d’affilée. Cette configuration spécifique a des effets sur le risque de développement et de dispersion des micro-organismes pathogènes, en particulier pour les amibes « mangeuses de cerveaux » (Naegleria fowleri), car la retenue conduit à une recirculation des nutriments dans les circuits de la centrale, ce qui facilite l’ensemencement en organismes pathogènes. Selon EDF, le retour d’expérience des colonisations en amibes sur les dernières années justifie la mise en œuvre d’un traitement préventif en monochloramine [10] continu sur 12 mois sur les quatre réacteurs nécessitant une évolution des limites annuelles de rejet en sodium et chlorures et également une augmentation du flux annuel des rejets en nitrates. Ces rejets sont liés :

  • au sodium, provenant de l’eau de Javel
  • aux chlorures, résultant de la réaction de la monochloramine avec l’eau du circuit
  • aux nitrates, résultant de l’oxydation de l’ammonium dans le circuit des tours aéroréfrigérantes et dans la retenue

En 2025, la centrale de Civaux, considérée comme le « modèle de résistance au changement climatique », a demandé à augmenter le seuil réglementaire de température de ses rejets de 30 à 31°C. Le retour d’expérience sur la période 2010-2022 montre que la température des rejets thermiques a très ponctuellement dépassé la limite des 30°C pendant 83heures sur la période d’observation. Demande refusée. En effet, l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection a relevé que les quelques dépassements au-delà de 30°C des rejets thermiques du site de Civaux sont survenus lorsque la température de la Vienne était inférieure à 25°C et que les aéroréfrigérants supplémentaires CVP [11] étaient à l’arrêt. Dans une étude thermique du Rhône co-réalisée par EDF, la plupart des effets significatifs ont été observés à partir de 30°C, traduisant un possible effet de seuils thermiques à partir desquels des modifications structurales et fonctionnelles du compartiment microbien benthique [12] peuvent être détectées. Les modifications les plus marquantes apparaissent à partir de 32°C, traduisant un possible effet seuil [13] dans la réponse des communautés microbiennes à une hausse importante des températures.

Alors que les études d’EDF montrent qu’il parait important de ne pas dépasser les 30°C, il est dommage de constater que l’exploitant n’a pas tiré de retours d’expériences des situations de dépassement rencontrées afin d’envisager une évolution des conditions d’exploitation de la centrale de Civaux qui permet pourtant de « refroidir la rivière ». L’exploitant a préféré demander une augmentation de la limite de température de ses rejets, tout en sachant les conséquences sur le milieu aquatique d’un tel dépassement.

L’augmentation des rejets chimiques négociée par EDF pour toutes ses centrales est préjudiciable aux écosystèmes aquatiques et à la qualité de l’eau qui est aussi utilisée pour la production d’eau potable. L’augmentation des traitements et des rejets chimiques associés au réchauffement des cours d’eau, finira par rentrer en conflit avec l’accès à une eau en quantité et de qualité suffisante pour la consommation humaine.

Des problèmes de sûreté

Conséquences Été 2026 : Arrêt de Gravelines pour arrivée massive de méduses, Application de la règle particulière de conduite "Grands Chauds" pour les centrales lors des périodes de vigilance canicule

Qui se souvient encore de cette image de la centrale de Fessenheim dont le bâtiment réacteur a été aspergé d’eau pendant la canicule de 2003 pour le refroidir, la température du bâtiment s’approchant dangereusement des 50°C ? EDF le dit, « En 2003, on s’est fait surprendre ». S’en suivra la mise en place d’un référentiel « Grands Chauds ».

« Depuis les canicules de 2003 et 2006, EDF a renforcé ces dispositifs et réévalue régulièrement les températures de référence pour chaque réacteur, notamment lors des réexamens périodiques, en intégrant les évolutions climatiques. », Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR).

Les temps ont changé et pourtant la brumisation est toujours d’actualité dans les centrales et est même devenue un pilier de la sûreté nucléaire. Les groupes électrogènes de secours sont indispensables à la sûreté des centrales. En cas de perte d’alimentations électriques externes, ils assurent le maintien de l’alimentation électrique des systèmes de sauvegarde, nécessaires pour refroidir le réacteur et le combustible usé. Installés dans l’urgence à la suite de l’accident de Fukushima, EDF s’est rendu compte qu’en cas de canicule, ces systèmes pouvaient surchauffer et ne plus être opérationnels. Afin de respecter les températures admissibles des matériels importants pour la sûreté localisés dans le hall diesel et les locaux électriques des bâtiments diesels, EDF a installé un système de brumisation qui permet la pulvérisation, dans les flux d’air entrant dans ces locaux, de fines gouttelettes d’eau provenant d’une bâche installée sur le toit des bâtiments diesels. Le 12 juin 2026, la centrale de Civaux a déclaré à l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection un incident indiquant qu’à 3 reprises, des erreurs humaines ont conduit à un non-respect des calculs des débits d’eau du système de brumisation de ces locaux pour les groupes diesels lors d’essais périodiques de contrôle.

Le référentiel « Grands Chauds » définit les valeurs maximales de température de l’air, propres à chaque site. Pour Tricastin par exemple, le niveau retenu pour la température d’air est de 45,7°C. EDF vérifie alors le bon comportement des installations en retenant une marge de robustesse de + 2°C par rapport à l’aléa de l’agression de référence. Pour le CNPE de Tricastin cette démarche conduit donc à considérer une température maximale de l’air de 47,7°C.

En pleine période de déclenchement de vigilance d’après le référentiel « Grands Chauds », l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) a réalisé des inspections des centrales notamment au bord de la Loire pour vérifier la bonne application du référentiel. Si la plupart des inspections montrent le respect des règles d’exploitation, il reste une marge de progression.

À Saint-Laurent-des-Eaux, une température de 42°C a été mesurée dans le local de commande des grappes de combustible du réacteur n°2 – température largement supérieure à 27,5°C (seuil d’action défini dans la consigne particulière de conduite) [14]. EDF n’a pas été en mesure d’expliquer cette valeur ni de démontrer la mise en œuvre des actions attendues dans ce cas, ou de justifier qu’il s’agissait d’une erreur de saisie...

Les centrales ne sont pas les seules à souffrir de la chaleur. C’est le cas aussi pour les piscines de stockage des combustibles usés. Pour son projet de densification des stockages à la Hague, ORANO a demandé en 2020 de passer la température admissible des piscines de stockage en situation normale de 45°C à 50°C. En cas de situation exceptionnelle (canicule avec une température centennale extérieure de 26,1°C), la température doit rester en dessous des 60°C. ORANO a également mis en place un système de brumisation des aéroréfrigérants afin d’améliorer la capacité de refroidissement de l’installation de production d’eau de refroidissement des piscines.

Atteinte à la source froide

Comme on l’explique dans notre rapport d’enquête sur L’hécatombe invisible : ce que cache l’industrie nucléaire sous la surface de juin 2026, l’aspiration d’eau des centrales est si puissante que chaque année des milliards d’animaux non humains finissent entraînés dans les systèmes de refroidissement avant de terminer plaqués sur le tambour filtrant, souvent tués. L’augmentation de la température de l’eau induit une augmentation des populations de méduses et d’algues qui en très grand nombre viennent colmater les filtres et empêcher la centrale de se refroidir. Ces évènements ont déjà contraint à l’arrêt la centrale de Chinon en 2025 et la centrale de Gravelines en 2025 ainsi qu’en août 2026. La multiplication de ces incidents représente un risque réel pour la sûreté nucléaire ainsi que pour la biodiversité.

Le pire reste à venir

En 2023, la cour des comptes, dans son rapport sur l’adaptation au changement climatique du parc de réacteurs nucléaires, recommandait déjà à EDF de :

  • Consolider et mettre à jour les fondements scientifiques justifiant les limites réglementaires applicables aux rejets thermiques des réacteurs nucléaires ;
  • Renforcer la recherche et le développement sur les systèmes de refroidissement sobres en eau ainsi que sur des systèmes de traitement biocide plus sobres en réactifs chimiques rejetés dans le milieu naturel.

Compte tenu des impacts encore observés en 2026, il est raisonnable de s’interroger sur l’avancée de l’adaptation du nucléaire au changement climatique. Une étude propective de la vulnérabilité du Rhône au changement climatique [15] montre qu’à l’horizon 2055, on retrouve pour les différentes projections climatiques des périodes durant lesquelles la puissance totale des CNPE refroidies par le Rhône en circuit ouvert doit être réduite d’au moins 50 % : jusqu’à 4,3 % du temps en moyenne annuelle, et jusqu’à plus de 30 % du temps en moyenne au mois d’août (pour la plus pessimiste des projections climatiques). On pourrait également connaître des périodes où les limites réglementaires imposent une production faible à nulle, pour la somme des réacteurs refroidis par le Rhône en circuit ouvert. Pendant ces périodes (en moyenne moins de 1 jour par an), seuls les réacteurs en circuit fermé pourraient théoriquement fonctionner (sauf à déroger aux limites d’échauffement de l’eau du fleuve fixées par la réglementation).

Les effets de la canicule et des épisodes de sécheresse mettent à rude épreuve les centrales nucléaires. Les écosystèmes des cours d’eau sont impactés par les effluents radioactifs, chimiques et thermiques en lien avec l’activité nucléaire dont les effets sont accentués par les faibles débits et les fortes températures observées en amont des centrales. Alors que les actions concrètes se font attendre, les seules mesures « d’adaptation » observées ces dernières années sont les demandes des exploitants pour augmenter les seuils réglementaires des températures de rejets dans l’eau, augmenter les seuils de rejets chimiques et radioactifs et augmenter les températures maximales d’exploitation des installations.


Notes

[2Décret no 98-1004 du 30 octobre 1998 portant publication de l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume de Belgique sur la centrale électronucléaire de Chooz et les échanges d’informations en cas d’incident ou d’accident

[3Thermal Discharges from Nuclear Power Plants : A Review of Their Effects on Aquatic Ecosystems and Environmental Chemical Processes", Biedunkova, O., Kuznietsov, P., Pinchuk, O. et al. Water Air Soil Pollut 237, 665 (2026)

[4Croissance excessive d’algues et de plantes

[5Ensembles de chaines alimentaires

[7Daufresne, M. (2007) Influence des CNPE sur la structure en taille des communautés et populations piscicoles dans un contexte de changement climatique. Tech. rep., Cemagref - EDF

[8Bilan du Fonctionnement des centrales nucléaires du Blayais, de Saint-Alban-Saint-Maurice, de Golfech, du Tricastin et du Bugey pendant la période estivale 2022, EDF

[9Décision ASNR du 6 décembre 2016 relative à la prévention des risques résultant de la dispersion de micro-organismes pathogènes (légionelles et amibes) par les installations de refroidissement du circuit secondaire des réacteurs électronucléaires à eau sous pression

[10La monochloramine est produite par le mélange d’eau de Javel et d’ammoniaque

[11La centrale de Civaux est équipée de 4 petites tours aéroréfrigérantes en compléments de ses 2 grandes tours aéroréfrigérantes qui constituent un système de refroidissement complémentaire

[12Organismes vivant à proximité du fond

[13La température de 32°C marquerait le seuil de température marquant une modification significative du milieu naturel et de l’écosystème

[14Lettre de suite de l’inspection du 26 juin 2026 sur le thème de « agression climatique - grand chaud » N° dossier : Inspection n° INSSN-OLS-2026-0868 du 26 juin 2026

[15Étude de l’hydrologie du fleuve Rhône sous changement climatique - Mission 2 : Vulnérabilité et criticité de la ressource Rhône, Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, Novembre 2022



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