Des installations défectueuses à l’origine de la fuite
En décembre 2021, une activité anormale de tritium est détectée dans les eaux souterraines de la centrale. Les investigations révèlent un enchaînement de défaillances techniques à l’origine de cette activité. Les effluents étaient notamment dirigés vers un réservoir dont l’alarme de remplissage ne fonctionnait plus depuis 2019. Le 25 novembre 2021, un départ de feu et un malaise cardiaque mobilisent l’équipe de quart, normalement chargée de surveiller manuellement le niveau du réservoir. En l’absence d’alarme et de l’équipe en charge de la surveillance, mobilisée pour le malaise cardiaque et le départ de feu, le réservoir déborde. Les effluents atteignent alors un puisard, dont la tuyauterie, non étanche, laisse s’échapper 900 litres d’eau contaminée dans la voirie, puis dans les eaux souterraines de l’enceinte géotechnique du site [2].
Une minimisation des faits et une procédure d’appel
EDF a d’abord qualifié cet événement de simple débordement, alors que la réglementation le classe comme un incident [3]. Aussi, la chronologie révèle une minimisation des faits : alors que l’incident a été constaté dès le 25 novembre 2021, EDF et Cédric Hausseguy n’ont procédé à la déclaration d’événement significatif que le 15 décembre 2021, soit trois semaines après sa constatation.
Par ailleurs, EDF a tenté de minimiser l’impact de l’incident en affirmant que l’enceinte géotechnique qui a accueilli les 900L d’effluents tritiés était étanche et ne pouvait ainsi pas contaminer l’eau de la nappe phréatique. Or, cette enceinte de béton n’est pas étanche. C’est précisément pour cette raison que des pompages permanents sont nécessaires afin de maintenir le niveau des eaux sous le site en dessous de celui de la nappe phréatique externe. Sans cette action, les eaux contaminées, notamment par du tritium à des taux élevés, pourraient traverser l’enceinte et atteindre la nappe. Cette réalité a conduit l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) à imposer une surveillance renforcée de la nappe, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’enceinte, mesure toujours en vigueur.
Le Tribunal judiciaire de Valence avait initialement relaxé EDF en juillet 2024. Le RSDN a fait appel, et la Cour de Grenoble a renversé ce jugement le 27 mai 2026, reconnaissant la responsabilité d’EDF.
Une affaire récurrente : une victoire symbolique
Cette condamnation est symbolique à double titre. Elle rappelle que les manquements à la sûreté et à la transparence ne peuvent être tolérés. Elle met en lumière un problème structurel : le parc nucléaire français vieillit, et les défaillances techniques risquent de se multiplier. Déjà en 2013 des fuites ont été constatées à la centrale de Tricastin pour cause de défaut d’étanchéité des joints inter-batiments mais la plainte du RSDN avait été classée sans suite après un rappel à la loi fait à l’exploitant. Puis, en 2019, EDF déclarait 11 semaines après les faits, l’existence de nouvelles fuites de tritium dans la nappe phréatique. Ces événements, pourtant présentés comme exceptionnels, se sont donc répétés trois fois en moins de dix ans, une redondance inquiétante d’autant plus que les dénonciations de l’ancien salarié Hugo ont révélé une dissimulation ou des sous-évaluations systémiques des écarts au sein de l’installation de Tricastin [4].
« Cette affaire est une victoire majeure qui illustre la nécessité de poursuivre nos actions pour réussir à accéder à une vigilance accrue des installations. Il est crucial de ne plus minimiser les écarts dans la gestion d’une centrale nucléaire, car les éléments radioactifs et chimiques qui y circulent représentent une dangerosité extrême pour la santé et l’environnement », a souligné la juriste de l’association.
Pour le RSDN, cette affaire illustre la nécessité d’une vigilance accrue et l’impératif de prendre au sérieux tous les écarts de gestion au sein d’une centrale nucléaire afin d’éviter que de telles situations ne se reproduisent.
Contacts presse :
Lisa Pagani - Juriste du Réseau "Sortir du nucléaire" : 07 62 58 01 23
Emma Lepont - Chargée de relations presse du Réseau "Sortir du nucléaire" : 06 64 66 01 23
Retrouvez le dossier juridique de l’affaire sur notre site.
