Des conséquences réelles pour les écosystèmes aquatiques et le réchauffement climatique
"Le choix entre produire plus d’énergie et modifier considérablement l’écologie d’une région ne semble pas à ce jour avoir été fait par le ministère chargé de la protection de l’environnement" [1]
Conséquence sur la gestion de l’eau
Selon l’étude Explore 2070 [2], les cours d’eau devraient connaître une baisse de débit de 10 à 40 % d’ici le milieu du siècle à cause du réchauffement climatique. Or, l’eau est indispensable au fonctionnement des centrales nucléaires. Entre 2012 et 2019, environ 70% de la totalité de l’eau douce de surface prélevée l’a été pour le parc nucléaire soit 13,4 milliards de m3/an [3] (la centrale de Fessenheim, fermée depuis, n’a pas été prise en compte).
En périodes de fortes chaleurs et de sécheresse, des conflits d’usages de l’eau se créent entre l’industrie, l’agriculture, l’eau potable et le refroidissement des centrales nucléaires. Par exemple cet été, la centrale de Chooz, qui se situe à proximité de la frontière belge, a mis à l’arrêt un de ses deux réacteurs le 11 juillet. La cause en est le faible débit de la Meuse au regard d’un accord transfrontalier de 1998 qui fixe les seuils de débit de la Meuse pour permettre un fonctionnement normal des installations de production d’eau potable aux utilisateurs belges [4].
Conséquences sur le réchauffement climatique
Le nucléaire en fonctionnement participe au réchauffement climatique à travers les rejets thermiques : un tiers seulement de l’énergie produite sert au réseau électrique, les deux tiers sont de la chaleur perdue dans l’eau et dans l’air sous forme de vapeur d’eau, considérée comme un gaz à effet de serre [5]. EDF lors d’une étude thermique du Rhône [6] datant de 2016 montre à travers le tableau ci-contre que les CNPE (centres nucléaires de production d’électricité) sont responsables de 1,2°c du réchauffement du Rhône, ce qui n’est pas négligeable.
Conséquence sur les écosystème aquatiques
Déjà fragilisés par le changement climatique, les écosystèmes aquatiques subissent une pression supplémentaire liée à l’industrie nucléaire. Le rapport du Réseau « Sortir du nucléaire », L’hécatombe invisible : ce que l’industrie nucléaire cache sous la surface (15 juin 2026) [7], révèle que le pompage d’eau nécessaire au refroidissement des réacteurs entraîne chaque année la mort de près de 6 milliards de poissons, crustacés et méduses. En aval des centrales, les rejets thermiques aggravent encore ces impacts : une eau plus chaude contient moins d’oxygène, favorise la prolifération de micro-organismes, perturbe les migrations des poissons, accroît la toxicité de certains polluants et dégrade la qualité de l’eau, y compris pour l’alimentation en eau potable [8]. Pourtant, les conséquences de ces rejets sur la biodiversité restent largement sous-documentées, les études se concentrant principalement sur les enjeux de production électrique et d’approvisionnement en eau [9]. Enfin, lors des épisodes de faibles débits, la dilution des effluents radioactifs devient plus difficile, comme l’a illustré cette année la centrale de Civaux, contrainte d’augmenter ses capacités de stockage en raison du faible débit de la Vienne [10].
L’industrie nucléaire face aux canicules : une incohérence d’action entre la réglementation et les dérogations multiples.
Face aux vagues de chaleur, les centrales nucléaires bénéficient régulièrement de dérogations leur permettant de dépasser les limites réglementaires de température des rejets afin de garantir la « sécurité du réseau électrique » [11] , comme ce fut le cas pour la centrale du Bugey du 11 au 20 juillet cette année. Ces dérogations révèlent une contradiction majeure : alors que ces seuils sont censés protéger les écosystèmes aquatiques, ils sont assouplis précisément lorsque ceux-ci sont les plus vulnérables. Par ailleurs, l’ASNR souligne que les connaissances scientifiques sur les impacts pour les écosystèmes aquatiques restent insuffisantes et appelle EDF à approfondir ses études et à repenser ses installations dans une perspective de long terme [12]. Or, les travaux annoncés demeurent lents : la réévaluation des risques climatiques pour les réacteurs de 900 MWe ne sera achevée qu’en 2028, tandis que les études détaillées s’étaleront jusqu’en 2040 et reposeront sur des données climatiques déjà anciennes.
Face à l’intensification des épisodes de sécheresse et des canicules, les choix énergétiques doivent intégrer pleinement les enjeux d’adaptation climatique. La décarbonation ne peut être pensée indépendamment de la protection des écosystèmes aquatiques. Il est indispensable de développer une stratégie énergétique conciliant lutte contre le changement climatique, préservation de la biodiversité et gestion durable de l’eau, plutôt que de multiplier des infrastructures dont le fonctionnement dépend d’une ressource de plus en plus sous tension.
" Vouloir persister dans la relance de l’industrie nucléaire est une aberration écologique, le temps est venu d’un choix politique radicalement différent qui associe la fin du gaspillage énergétique et la responsabilisation de tous·tes. Énergies renouvelables, efficacité et sobriété énergétiques sont la seule option possible ! Le monde brûle !" [13].
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