Foire Aux Questions sur l’Hécatombe invisible
Saviez-vous que chaque année, au moins 5,9 milliards de poissons, crustacés et méduses sont victimes des systèmes de refroidissement des centrales nucléaires en France ? Il faut que cela cesse ! Pour vous aidez à vous saisir de notre rapport "Hécatombe invisible" et de ses enjeux, nous répondons à vos interrogations dans cette Foire Aux Questions (FAQ).
Le chiffre 5,9 milliards de victimes est le résultat de la combinaison de 38 études internes d’EDF sur les centrales du Blayais, de Paluel, de Gravelines, de Penly et de Civaux.
Avec l’ajout potentiel de réacteurs EPR2, ce chiffre pourrait encore augmenter. À Gravelines, EDF estime que 230 millions de poissons, crustacés et méduses supplémentaires seraient piégés par les systèmes de refroidissement des nouveaux réacteurs. À Penly, ce nombre monte jusqu’à 1,6 milliards ! 7,7 milliards d’êtres aquatiques seraient alors victimes de l’industrie nucléaire par an !
ATTENTION ! Ces chiffres, bien qu’impressionnants, ne reflètent qu’une partie de l’impact des systèmes de refroidissement des centrales nucléaires sur les poissons, crustacés et méduses. Les études transmises par EDF comportent des lacunes (durée de l’étude, espèces prises en compte, etc) et ne concernent que cinq centrales alors que le parc nucléaire français en compte 19.
Le suivi de la mortalité induite des centrales nucléaires n’étant pas imposé à l’exploitant nucléaire, il n’existe pas d’étude complète au niveau national à ce sujet. Actuellement, EDF ne dispose de données chiffrées que pour cinq des 19 centrales nucléaires que compte la France, et le degré de précision de ces études varie d’une centrale à l’autre.
Le chiffre, déjà alarmant, de 5,9 milliards de victimes (poissons, crustacés et méduses) repose donc sur des études lacunaires d’EDF et ne reflète qu’une partie des victimes des systèmes de refroidissement des centrales nucléaires en France.
Il est nécessaire que cette surveillance soit ajoutée aux rapports environnementaux annuels de chaque installation au même titre que les suivis des autres impacts des centrales sur les milieux naturels afin de réduire ces phénomènes de piégeages et le massacre d’êtres sentients, dont certains figurent parmi les espèces protégées ou menacées.
JE SIGNE LA PÉTITION
Si l’exploitant fait le choix de ne pas ouvertement communiquer sur ses documents et leur contenu, il a l’obligation de transmettre les informations environnementales en lien avec les installations nucléaires de base à toute personne qui en fait la demande, selon l’article L125-10 du code de l’environnement.
“Toute personne a le droit d’obtenir les informations détenues par :
1° L’exploitant d’une installation nucléaire de base ;
2° Le responsable d’un transport de substances radioactives […].
Ces informations [...] portent sur les risques ou inconvénients que l’installation ou le transport peuvent présenter pour les intérêts mentionnés à l’article L. 593-1 [sécurité, santé et salubrité publiques ou protection de la nature et de l’environnement] et sur les mesures prises pour prévenir ou réduire ces risques ou inconvénients, dans les conditions définies aux articles L. 124-1 à L. 124-6.”
Nous utilisons volontairement le terme « victimes » plutôt que « morts » car les impacts des systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires ne se limitent pas à une mortalité immédiate. Certains poissons, crustacés et méduses peuvent être blessés, stressés ou fortement mutilés sans que cela soit systématiquement quantifié dans les relevés d’EDF. Ils retrouvent alors leur milieu affaiblis et deviennent des proies faciles pour les prédateurs.
Le terme « victimes » permet donc de couvrir l’ensemble des êtres vivants aquatiques affectés, qu’ils soient morts immédiatement ou condamnés à court terme, sans réduire l’impact à la seule mortalité visible et comptabilisée.
Par ailleurs, il nous paraît essentiel de qualifier les victimes comme telles, là où EDF résume les bancs de poissons et les méduses à des « agresseurs » lorsqu’ils menacent d’obstruer les prises d’eau, décrit leur mort comme un simple « piégeage » ou « entraînement », et l’accumulation de leurs cadavres comme du « colmatage ». Ces termes techniques et froids participent à dédouaner l’exploitant de ses responsabilités et faire disparaître toute notion de souffrance animale.
Nous avons choisi de considérer les victimes comme des êtres à part entière plutôt que comme des tonnes de biomasse car le tonnage ne reflète pas l’ampleur réelle des destructions. Il invisibilise notamment les individus de petite taille qui participent pourtant au fonctionnement de leur écosystème.
Nous ne soutenons pas que chaque individu larvaire aspiré, asphyxié ou broyé par les systèmes de refroidissement des réacteurs nucléaires aurait atteint l’âge adulte, la sélection naturelle entraînant une forte mortalité à ce stade. En revanche, leur destruction par une activité humaine s’ajoute à cette mortalité naturelle et réduit le potentiel reproducteur des espèces, dans un contexte où les populations de poissons migrateurs d’eau douce ont déjà diminué de 81 % dans le monde depuis 1970. De plus, parler d’individus et non de tonnage permet aussi de se dissocier de la pratique de la pêche, qui pour des raisons commerciales utilisent le tonnage et non le terme de victime.
Notre approche permet donc de mieux rendre compte de l’impact du nucléaire sur l’ensemble de la biodiversité et s’inscrit dans un courant antispéciste qui reconnaît une valeur à chaque être vivant.
Selon le philosophe Peter Singer, le spécisme désigne « un préjugé ou un parti pris en faveur des intérêts des membres de sa propre espèce et contre ceux des membres d’autres espèces, et sur la seule base de l’espèce ».
Alors que nous vivons déjà dans une société anthropocentriste, qui privilégie les êtres humains par rapport à toute autre espèce, on observe une autre forme de spécisme avec le nucléaire. L’invisibilisation des conséquences de l’activité humaine (ce qui se passe sous l’eau reste sous l’eau), mène au manque de considération pour les poissons, crustacés et méduses impactés par le nucléaire. Ce manque de considération témoigne non seulement d’une hiérarchie entre les animaux non humains et les humains mais aussi entre les différentes espèces d’animaux non humains. La vie d’un poisson vaudrait ainsi moins que celle d’un oiseau. C’est en partie ce spécisme horizontal qui permet à l’exploitant de laisser ses installations tuer des êtres vivants par milliards sans avoir besoin de mettre en place des solutions alternatives permettant de limiter efficacement l’aspiration des êtres vivants à la source.
Nous soutenons donc une position antispéciste, qui reconnaît une valeur à chaque être vivant sentient.
La sentience désigne la capacité pour un être de ressentir les émotions, la douleur, le bien-être et de percevoir de façon subjective son environnement et ses expériences de vie.
Les poissons, crustacés et méduses piégés par les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires sont sentients : ils ressentent la douleur, la peur, le stress provoqués par leur capture et par toutes les étapes du long parcours tortueux qui les ramènera, souvent morts, à leur milieu naturel.
En parlant de ces êtres vivants comme d’« agresseurs » ou de « colmatants », l’exploitant nucléaire fait disparaître toute notion de souffrance animale.
Si nous déplorons l’ensemble des atteintes portées au vivant, notre champ d’expertise se concentre spécifiquement sur les impacts de l’industrie nucléaire. D’autres organisations, telles que la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) ou France Nature Environnement (FNE), travaillent sur les effets d’autres infrastructures ou activités humaines sur la biodiversité.
Nous ne soutenons pas que les centrales nucléaires représentent la seule cause de mortalité des poissons ou de dégradation des écosystèmes aquatiques. En revanche, nous constatons que ces impacts restent largement sous-documentés et peu pris en compte, alors même qu’ils concernent un très grand nombre d’individus.
Nous demandons donc que les atteintes à la faune aquatique fassent l’objet du même niveau d’exigence scientifique, réglementaire et médiatique que celles affectant l’avifaune, dans une approche non spéciste de la protection de la biodiversité.
Si nous déplorons l’ensemble des atteintes portées à l’environnement, notre champ d’expertise se concentre spécifiquement sur les impacts de l’industrie nucléaire. Le fait que d’autres modes de production impliquent également des répercussions néfastes sur l’environnement ne justifie pas de minimiser celles du nucléaire. Le raisonnement du type « les autres le font aussi » ne répond pas à la question de l’ampleur, de la nature et de la prise en compte des impacts propres à chaque filière.
Les associations de protection de l’environnement ont précisément pour rôle d’identifier et de documenter les coûts écologiques des activités industrielles dans leur champ de compétence. En l’occurrence, notre travail se concentre sur le nucléaire, sans prétendre que les autres sources d’énergie seraient exemptes d’impacts.
Ce que nous mettons en évidence est aussi un angle mort réglementaire et scientifique : certaines externalités du nucléaire, notamment sur les milieux aquatiques, restent insuffisamment prises en compte. L’enjeu n’est pas de hiérarchiser les impacts, mais de renforcer la connaissance et la protection de la biodiversité là où elles font défaut.
De manière plus générale, il est effectivement établi que toutes les sources de production d’énergie ont des impacts environnementaux. Cela renforce la nécessité de développer celles qui en ont le moins, et de réduire la pression sur les écosystèmes en combinant sobriété et efficacité énergétique.
Notre démarche ne vise pas à opposer le bien-être des êtres vivants non humains à la sûreté des populations. Au contraire, ces deux enjeux doivent être conciliés. Lorsqu’une centrale est perturbée par des arrivées massives de méduses ou d’autres organismes aquatiques, cela révèle une difficulté à garantir simultanément la sécurité des installations et la préservation de la biodiversité.
Notre constat est précisément qu’EDF ne parvient pas toujours à assurer ces deux objectifs. C’est cette incompatibilité qui pose question. La protection du vivant ne devrait pas être considérée comme secondaire, mais intégrée au même titre que les exigences de sûreté.
Mettez fin à l’Hécatombe invisible : signez la pétition !
Aux côtés de l’association Défense des Milieux Aquatiques (DMA), de l’association PAZ (Projet Animaux Zoopolis) et de France Nature Environnement (FNE), nous demandons officiellement à l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection (ASNR) d’imposer un suivi annuel obligatoire de la mortalité induite par les prélèvements d’eau des centrales nucléaires pour mettre fin à cette hécatombe invisible. Ces données doivent obligatoirement figurer, en toute transparence, dans les rapports environnementaux de chaque installation nucléaire française.
JE SIGNE LA PÉTITION