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L’HÉCATOMBE INVISIBLE : CE QUE L’INDUSTRIE NUCLÉAIRE CACHE SOUS LA SURFACE.

Mettons fin à l’hécatombe invisible ! Saviez-vous que chaque année, 5,9 milliards de poissons, crustacés, méduses et autres organismes aquatiques sont victimes des systèmes de refroidissement des centrales nucléaires en France ? Il faut que cela cesse !


Le nucléaire, une nuisance supplémentaire pour les espèces protégées




Dans un contexte déjà alarmant de déclin de la biodiversité aquatique, une centaine d’espèces de poissons, crustacés et méduses sont victimes des systèmes de refroidissement des centrales nucléaires en France. Parmi elles, des espèces protégées et parfois même menacées d’extinction.



« L’Océan soutient la vie sur Terre, régule le climat, nourrit la biodiversité, fait vivre des populations et inspire les cultures. Pourtant, les pressions humaines croissantes menacent sa santé et notre avenir. » Dans sa deuxième édition, publiée en juin 2026, le Baromètre Starfish confirme que l’océan subit des changements rapides, alarmants et de plus en plus préoccupants, marqués par des températures record et la montée des eaux qui en découle. Il alerte sur le déclin généralisé des espèces et des écosystèmes essentiels tels que les récifs coralliens qui sont confrontés à des menaces critiques. 1 685 espèces marines se retrouvent désormais menacées. Le constat n’est pas plus rassurant pour les fleuves et rivières. Depuis 1970, les populations de poissons migrateurs d’eau douce ont diminué de 81 % ! Dans ce contexte de déclin de la biodiversité aquatique sans précédent, le nucléaire contribue à fragiliser les écosystèmes et à impacter la diversité de ces êtres vivants aquatiques. Ainsi, chaque année, au moins 5,9 milliards d’animaux non humains sont victimes des systèmes de refroidissement des centrales nucléaires en France.

Si le sprat est l’espèce la plus touchée, avec environ 4,4 milliards de victimes chaque année pour lesquelles la mortalité observée est totale, elle s’inscrit dans une liste très longue : une centaine d’espèces différentes sont piégées par les bouches d’aspiration d’eau des systèmes de refroidissement ! Parmi elles, des espèces menacées d’extinction ou protégées.

En France, le nucléaire impacte les poissons protégés

Alose, anguille, esturgeon, saumon, lamproie, bar… La consultation des études internes d’EDF, a permis au Réseau "Sortir du nucléaire" de découvrir que les centrales nucléaires sont responsables de la capture et de la mort d’espèces protégées, menacées ou en danger critique d’extinction. Si ces études listent d’autres espèces menacées comme l’esturgeon et le saumon, leurs captures sont considérées comme tellement « anecdotiques » qu’elles n’ont pas été prises en compte dans les estimations.

D’après une étude de l’IFREMER de 2025 [1], « la grande alose (Alosa alosa) et la lamproie marine (Petromyzon marinus) sont les migrateurs amphihalins (Qualifie les espèces aquatiques passant une partie de leur cycle de vie en mer mais remontant les cours d’eau pour s’y reproduire) qui ont connu le plus grand déclin ces dernières années, notamment en France. Ces espèces sont désormais classées respectivement en danger critique et en danger d’extinction sur la dernière liste rouge des espèces menacées de poissons d’eau douce de France métropolitaine, datant de 2019 (Anonyme, 2019). Ces deux mêmes espèces étaient respectivement classées vulnérable et quasi menacée sur la précédente liste rouge de 2010 (Anonyme, 2010). […]. La lamproie fluviatile (Lampetra fluviatilis), et l’alose feinte de l’Atlantique (Alosa fallax) sont elles aussi dans un état potentiellement préoccupant, puisqu’elles sont respectivement classées vulnérable pour la lamproie fluviatile et quasi menacées pour l’alose. »

Selon l’agence française pour la biodiversité, la quantité d’anguilles dans les eaux hexagonales a diminué de 75 % en 30 ans. Les scientifiques du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) préconisent, depuis 2022, l’arrêt de toute pêche à l’anguille à tous les stades de son développement. Depuis 2008, l’anguille européenne est classée « en danger critique d’extinction » en France et dans le monde. Toutefois, la France signe l’extermination de l’espèce non seulement en continuant d’autoriser la pêche mais aussi en ne mettant rien en place d’efficace pour éviter leur capture par les systèmes de refroidissement des centrales nucléaires. Rien qu’à la centrale du Blayais, plus de 300 000 anguilles sont piégées par an ! Il n’y a aucune amélioration à venir, avec la prolongation des centrales au-delà de 60 ans souhaitée par EDF et le gouvernement ainsi que l’installation de nouveaux EPR2 pour lesquelles le Blayais s’est déjà porté candidat.

Focus – Le Blayais, aspirateur à espèces protégées

Anguilles, bars, aloses… La centrale nucléaire du Blayais est celle qui piège le plus d’espèces protégées ou dans un état de conservation préoccupant. Des mortalités importantes d’alosons (jeunes aloses) dans la prise d’eau de la centrale pouvaient déjà être observées au début des années 90. Des études plus récentes confirment ces données en relevant des mortalités d’alosons de l’ordre de 9,8 tonnes par an. D’autres études ont également montré les effets négatifs des systèmes de pompage de la centrale sur les civelles (alevins de l’anguille) et les aloses.

D’après une étude réalisée par l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (IRSTEA) et financée par EDF [2], « la population de grande alose est en fort déclin sur le bassin et un moratoire sur les pêches a été décrété en 2008. Les données sur l’alose feinte sont plus rares, mais cette espèce semble également en difficulté sur le bassin. »

Avec 2,3 à 2,6 milliards de poissons, méduses et crustacés piégés par an, la centrale nucléaire du Blayais est la plus meurtrière pour la biodiversité aquatique en France actuellement. À ce jour, il s’agit pourtant de la seule centrale à présenter un dispositif de « retour » des organismes piégés au milieu naturel, censé réduire son impact sur les êtres-aquatiques.

En 2024 [3], l’ASNR a constaté un défaut de performance de ce système. Depuis plusieurs années, malgré la mise en place de plusieurs actions de maintenance préventive telles que le remplacement des rampes à chaque arrêt de réacteur et des pompes basse pression tous les deux ans, l’efficacité du dispositif n’est pas à l’attendu du fait notamment :

  • De la présence de boues et de bio-salissures qui bouchent les buses des rampes
  • De pannes récurrentes des pompes basse pression qui entraîne l’arrêt du fonctionnement du lavage basse pression, et ce pendant des durées variables du fait de difficultés à obtenir les pièces de rechange. Ce dispositif n’a donc pas fait ses preuves, et les taux de mortalité annoncés par EDF sur la centrale du Blayais sont donc sous-estimés depuis plusieurs années.

Des espèces insuffisamment protégées

La France accuse un retard important de la protection des animaux aquatiques. L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) alerte sur la faible couverture des espèces menacées par des arrêtés de protection. Le croisement des informations de la Liste rouge nationale avec les arrêtés de protection portant sur les espèces montre que 56 % des espèces menacées de disparition connues en France ne sont pas protégées par un arrêté, soit plus de 1 600 espèces sur la base des résultats disponibles début 2024. Un fort décalage existe donc entre les risques connus de disparition d’espèces en France et leur protection sur le territoire.

De plus, l’analyse menée montre que les groupes d’espèces menacées sont inégalement protégés, avec une très faible proportion des poissons notamment, tandis que la majeure partie des espèces d’oiseaux présentes en France est protégée. Le niveaux de protection des animaux aquatiques n’est pas à la hauteur de leur valeur écologique et de l’état de conservation des populations. Les manquements de la réglementation s’appliquent aussi au nucléaire : EDF n’est pas suffisamment contraint à protéger les espèces aquatiques. À ce jour, les installations continuent de fonctionner :

  • sans dérogation pour les espèces protégées,
  • sans être visées par les actions correctives cherchant à assurer une continuité écologique pour les poissons migrateurs,
  • avec un nombre insuffisant de mesures « Éviter, Réduire, Compenser » (ERC) pour atténuer l’impact sur les espèces capturées.

Pour protéger les animaux non humains du nucléaire, le Réseau "Sortir du nucléaire" demande dès maintenant :

  1. Une surveillance effective et annuelle de la mortalité induite par les centrales nucléaires françaises
  2. L’ajout de cette surveillance aux rapports environnementaux annuels de chaque installation au même titre que les suivis des autres impacts des centrales sur les milieux naturels
  3. Un plan d’action pour la mise en place des meilleures techniques disponibles pour la réduction des piégeages sur les centrales nucléaires
  4. Un engagement fort de l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection et des acteurs de l’eau pour faire cesser ce massacre et mettre la protection de la biodiversité au cœur des enjeux de la filière nucléaire

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Découvrir le rapport complet

Notes

[1DHAMELINCOURT, M., CHARLES, M., BOISNEAU, C., DAVERAT, F., EVANNO, G., LAMBERT, P., … BEAULATON, L. (2025). Expertise sur les populations d’aloses et de lamproies. Sciences Eaux & Territoires, (47), article 8477

[2Philippe Jatteau, D. Heroin, Stéphane Bons, Romaric Le Barh, Patrick Lambert. Suivi des alosons dans les parties aval de la Garonne et de la Dordogne : Année 2016. [Rapport de recherche] irstea. 2017, pp.25

[3Inspection n° INSSN-BDX-2024-0026 des 26 et 27 septembre 2024



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