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Sortir du nucléaire n°110



Été 2026
Crédit photo : © Ch-info.ch - cc by sa 3.0 - Wikipédia

Retour du nucléaire ? La Suisse dit non merci !

En Suisse, il existe un article dans la loi fédérale sur l’énergie nucléaire qui interdit la construction d’une nouvelle centrale nucléaire et un deuxième qui interdit la modification générale de centrales nucléaires existantes. Mais le Conseil fédéral veut proposer un contre-projet indirect pour supprimer ces deux articles. La relance du nucléaire en Suisse se profile-t-elle ?

Sortie du nucléaire Organisations antinucléaires étrangères

Ces deux articles de la loi fédérale sur l’énergie nucléaire [1] ont été introduits en 2017 par une votation populaire, sur proposition du Conseil fédéral (gouvernement suisse), dans le cadre d’une nouvelle stratégie énergétique 2050 suite à la catastrophe de Fukushima. 58 % de la population a accepté cette stratégie, et par là même l’interdiction de construire une nouvelle centrale nucléaire. Le gouvernement a aussi introduit une limitation à la durée de l’exploitation (50 ans et puis 60 ans).

En février 2024, une initiative populaire de l’extrême droite, intitulée "De l’électricité pour tous en tout temps (Stop au blackout)", a été déposée, visant à permettre tous les modes de production d’électricité "respectueux du climat", comme le nucléaire pour sa faible production de CO2. Dans cette lignée, le Conseil fédéral a proposé un contre-projet indirect qui supprime purement et simplement les deux articles adoptés en 2017. Ce contre-projet a déjà été accepté par la Chambre des cantons (Conseil des États) et va passer à la Chambre du peuple (Conseil national) lors de la session du mois de juin, où la majorité de droite va probablement aussi l’accepter.

Mais ce changement est soumis au référendum.

La coalition « Non aux nouvelles centrales nucléaires » a lancé un référendum contre le contre-projet pour la relance du nucléaire. Il faudra parvenir à 50 000 signatures récoltées en 100 jours afin que le référendum ait lieu lors de prochaines votations fédérales.

La récolte de signatures a débuté le 30 juin 2026. Aidez-les à récolter ces signatures !

Notre stratégie est basée sur les arguments suivants : le nucléaire est trop cher, pas sûr (beaucoup de risques d’accident) ; c’est une énergie importée (pas d’uranium en Suisse, ni d’installation locale de retraitement) et sans solution pour les déchets. Nous nous appuyons sur un réseau local suisse des mouvements antinucléaires, écologistes, alternatifs, certains partis politiques, des organisations environnementales, sous l’égide de la SES (fondation pour l’énergie suisse), de Greenpeace et des Vert·es.

Mais attention, les pro-nucléaires ont beaucoup d’argent et vont faire peur à la population en brandissant la menace d’une pénurie d’électricité. Les faits : la production d’électricité suisse en 2024 était environ 60 % hydraulique, 28 % nucléaire, 7 % photovoltaïque et le reste biogaz, éoliennes, couplage chaleur-force, etc. La consommation globale est quasiment stable depuis 15 ans, mais présente une réduction de 15 % par habitant [2].

Plusieurs grands barrages d’accumulation ont été construits dans les années soixante dans les Alpes suisses, mais en même temps, nos exploitants – la Suisse a une multitude de sociétés d’exploitation de production d’électricité, dont la majorité est contrôlée par les cantons, les villes et les villages – ont aussi prévu un développement nucléaire.

En 1978, un rapport officiel de la sécurité d’approvisionnement de la Suisse prévoyait de construire dix centrales nucléaires, dont une au bord du Rhône à la sortie de Genève (Verbois). Mais en 1975, les antinucléaires ont occupé le chantier de la future centrale nucléaire de Kaiseraugst (à 20 km de Bâle) avec succès : la centrale fut abandonnée et le programme nucléaire réduit à quatre centrales, dont une est en démantèlement depuis 2019 (Mühleberg). De plus, la fin d’exploitation des réacteurs Beznau 1 et Beznau 2 est définie (2033 et 2032). Malheureusement, notre gouvernement vient de prolonger l’exploitation des deux centrales nucléaires restantes (Goesgen et Leibstadt) à 80 ans ! Ce détour historique montre que nous pouvons gagner, mais cela nécessite du travail et de la pédagogie.

Erwin / ContrAtom Genève


Notes

[1] Art. 12a et art. 106, al. 1 de la loi LENu, RS 732.1

[2] En 2009 nous étions 7 744 000 habitants pour une consommation électrique de 57 494 MWh et en 2024, 9 060 000 habitants pour une consommation de 57 512 MWh.



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