Depuis 1999, la mesure du niveau de radioactivité en Loire en aval de la centrale de Chinon n’est pas représentative de la réalité. En effet, la centrale nucléaire de Chinon ne dispose pas d’un système de mesure environnement lui permettant d’assurer la surveillance de ses eaux de rejets lorsque le débit de la Loire est supérieur à 100 m³/s.
Le 11 septembre 2025, le Réseau "Sortir du nucléaire" a déposé une citation directe contre EDF et le directeur de la centrale de Chinon auprès du tribunal de police de Tours.
Une centrale nucléaire ne peut fonctionner que si son impact sur l’environnement est surveillé en continu. Sans cette surveillance, il est tout simplement impossible de garantir que les rejets dans la nature sont bien maîtrisés. C’est pourquoi EDF, l’exploitant des centrales nucléaires françaises, est tenue d’assurer un suivi rigoureux de la radioactivité au niveau de ses points de rejet.
Pour cela, EDF utilise des stations de mesure spécifiques appelées SMP (stations multi-paramètres), aussi appelées hydro-collecteurs, qui surveillent l’eau en aval des centrales.
Entre 2020 et 2024, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) a mené une étude approfondie sur la représentativité des mesures réalisées par les SMP situées en Loire. Le constat est sans appel pour la centrale de Chinon dont la station de mesure aval, censée surveiller les rejets de cette centrale, n’est pas toujours capable de les détecter.
Le 18 juin 2019, le laboratoire indépendant ACRO publiait les résultats d’une campagne de mesures citoyennes menées sur le bassin de la Loire. Surprise : à Saumur, en aval de la centrale de Chinon, une mesure inhabituelle de tritium atteignant 310 Bq/L est détectée dans le fleuve. Un chiffre très largement au-dessus des valeurs habituellement mesurées dans la région.
Alertée, l’IRSN confirme que cette mesure « sort clairement des gammes habituelles » constatées depuis dix ans. Et pourtant, la station officielle de mesure d’EDF n’a rien vu passer.
L’explication vient d’un rapport de l’IRSN publié en 2022. Il révèle que l’hydro-collecteur d’EDF est situé trop près de la rive gauche, dans une zone où les courants du fleuve ne transportent pas forcément les rejets radioactifs de la centrale.
Résultat : dès que le débit de la Loire dépasse 100 m³/s – ce qui est toujours le cas hors période de sécheresse –, les rejets se diluent au centre du fleuve sans jamais atteindre la zone de prélèvement. La station mesure alors uniquement l’eau « propre » venant de l’amont… et passe à côté d’éventuelles anomalies.
L’IRSN est formel : dans ces conditions, il n’est pas garanti que la SMP détecte un rejet anormal de la centrale. En l’état actuel, la Loire n’est pas surveillée de manière fiable et cela signifie :
Il s’agit d’un risque inacceptable pour l’environnement et la transparence vis-à-vis du public. Le Réseau "Sortir du nucléaire" a donc déposé une citation directe contre EDF et le directeur de la centrale de Chinon auprès du tribunal de police de Tours.