Depuis l’année 1999, la mesure du niveau de radioactivité en Loire en aval de la centrale de Chinon n’est pas toujours représentative de la réalité. En effet, la centrale nucléaire de Chinon ne dispose pas d’un système de mesure de l’environnement lui permettant d’assurer la surveillance de ses eaux de rejets lorsque le débit de la Loire est supérieur à 100 m³/s.
Le Réseau "Sortir du nucléaire" a déposé une citation directe contre EDF et le directeur de la centrale pour que ces manquements graves soient condamnés ainsi que pour contraindre les personnes poursuivies à mettre en place un système de surveillance réellement efficace.
Une surveillance inopérante au-delà de 100 m³/s
Une centrale nucléaire ne peut fonctionner que si son impact sur l’environnement fait l’objet d’un suivi et d’une surveillance constante. En effet, sans cette surveillance, il devient impossible de vérifier que les prescriptions qui s’imposent à elles (notamment les prescriptions limitant les pollutions en milieu naturel) sont bien respectées.
En Loire, EDF est chargée elle-même de cette surveillance de la radioactivité du fleuve aux abords de ses centrales, qu’elle mesure au moyen d’un hydro-collecteur (ou station multi-paramètres -SMP- aval) pour chaque centrale.
Or, plusieurs études menées par l’IRSN [1] entre 2020 et 2024 ont démontré que certaines SMP en Loire n’étaient pas situées dans des endroits qui permettent une mesure représentative de la pollution du fleuve.
En particulier, nous avons appris que, depuis 1999, la SMP située en aval de la centrale de Chinon ne détecte pas les rejets de la centrale dès que le débit du fleuve dépasse 100 m³/s [2].
Cette situation est malheureusement fréquente car au cours de cette dernière année jusqu’au 1er juillet 2025, le débit de la Loire au niveau de la SMP aval de Chinon est resté continuellement au-dessus de 100 m³/s, rendant la surveillance inopérante [3].
Ce manquement soulève une double problématique : d’une part, une faille dans la détection des rejets radioactifs, et d’autre part, une négligence persistante pour remédier à cette carence.
Un enjeu de transparence et de surveillance à ne pas minimiser
Pour prévenir et repérer au plus vite toute pollution accidentelle, un double système de surveillance doit être mis en place par EDF sur chacune de ses centrales :
▸ un contrôle interne : EDF recense, pour chaque rejet, des données précises dans un registre de rejet (date, heure, volume du rejet, concentration en substances chimiques et radioactives, débit du fleuve, etc.) afin de s’assurer du respect des seuils autorisés.
▸ un contrôle extérieur : une Station Multi-Paramètres (SMP), située en aval du point de rejet, mesure directement le niveau de radioactivité en Loire.
Loin d’être redondant, le contrôle extérieur permet de vérifier la cohérence entre les données déclarées dans le registre de rejet et la réalité environnementale. Ce double contrôle est censé garantir la transparence et doit permettre de repérer rapidement tout dépassement des seuils autorisés.
Actuellement, le contrôle extérieur en aval de la centrale de Chinon est défaillant. A cet endroit, la Loire n’est donc pas surveillée de manière fiable, cela signifie :
▸ qu’il n’y a pas d’alerte en cas de pollution accidentelle,
▸ que les associations n’ont pas de levier pour vérifier que les registres de rejet de Chinon contiennent des informations exactes.
Il s’agit d’un risque inacceptable pour l’environnement et la transparence vis-à-vis du public. Le Réseau "Sortir du nucléaire" a donc déposé une citation directe à l’encontre d’EDF et du directeur de la centrale auprès du tribunal de police de Tours.
Contacts presse :
- Samuel Delalande - avocat au barreau de Paris - 02 99 60 69 11
- Lisa Pagani - juriste du Réseau "Sortir du nucléaire - 07 62 58 01 23

