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Des accidents nucléaires partout

France : Cattenom : EDF annonce 3 incidents en 3 semaines

Une alimentation électrique HS depuis des mois sur le réacteur 1




13 juillet 2021


La direction EDF de Cattenom a déclaré en 3 semaines 3 incidents significatifs pour la sûreté du site nucléaire. Tous sur le même réacteur. Tous causés par l’exploitant et tous découverts bien après.

Après le redémarrage du réacteur 1 fin juin 2021 avec des capteurs hors-service, après la découverte qu’une pompe servant au refroidissement était bloquée, EDF annonce mi juillet 2021 que le réacteur 1 avait un autre équipement hors service : son turbo-alternateur, une source électrique de secours. Le ventilateur, qui permet au groupe électrogène d’être refroidit et donc de fonctionner, était débranché. Depuis septembre 2020. Étourderies ou problème de fond ?


Tous les réacteurs nucléaires sont équipés de plusieurs systèmes de secours pour leur fournir de l’électricité en cas de problème [1] . Même arrêté, lorsque le combustible nucléaire est sorti de la cuve et qu’il n’y a aucune réaction nucléaire en cours, un réacteur doit en permanence être approvisionné en eau et en électricité. Et c’est un consommateur permanent. Pas question que le combustible nucléaire reste sans eau pour le refroidir. Différents équipements et locaux ont aussi besoin de refroidissement car ils sont exposés à de très fortes températures. Pas question non plus d’une coupure de courant qui laisserait les systèmes - de surveillance et de contrôle mais aussi de refroidissement - incapables de fonctionner. La question d’une coupure de courant dans une centrale nucléaire est si cruciale que les précautions sont multiples pour pallier toute perte d’alimentation électrique. Cependant, leur état d’entretien n’est pas toujours ce qu’il devrait être, et il n’est pas rare que ces équipements de secours ne soient pas aptes à fonctionner.

Outre les groupes électrogènes à moteur diesel, les nouveaux diesels dits d’ultime secours (censés résister à des phénomènes naturels violents) et les turbines à combustion (tous ces systèmes fonctionnant aux énergies fossiles), les sites nucléaires sont aussi équipés d’un turboalternateur qui peut fonctionner avec la vapeur produite par les générateurs de vapeur. Il est là pour alimenter les systèmes minimum en cas de panne de toutes les autres sources électriques. Il doit donc, comme toutes les autres sources de secours, être prêt à fonctionner n’importe quand. Mais à Cattenom, le turboalternateur censé alimenter le réacteur nucléaire n°1 n’aurait pas pu fonctionner bien longtemps en cas de besoin. Son système de ventilation qui évite sa surchauffe était débranché. A priori depuis la dernière intervention de maintenance sur cet équipement, qui remonte à septembre 2020. Comme quoi les problèmes sur une installation nucléaire ne sont pas toujours compliqués. Ce qui n’empêche pas leur sévérité. En ne rebranchant pas ce ventilateur, c’est toute la source d’alimentation électrique qui est HS. La question qui survient alors tout naturellement à l’esprit est elle aussi simple : Comment est-ce possible ? N’y-a-t-il aucune vérification technique, aucun contrôle après les interventions ? Normalement si. Mais là aussi, peut être, y-a-t-il eu une inattention ? Jusqu’où peut-on accepter d’un exploitant nucléaire étourderies et légèreté dans la gestion de son installation ?

Aucune conséquence réelle affirme EDF, le turboalternateur n’a pas été nécessaire durant la période incriminée. Certes, mais étant donné les faits et la remise en question de la qualité des interventions, de maintenance et de vérifications, la question se pose légitimement : comment être sûr que les autres sources électriques étaient elles bien en état de fonctionner ? Les faits ont d’ailleurs été déclarés comme significatifs pour la sûreté. Et le niveau de gravité de l’incident [2] a été revu à la hausse lorsque l’industriel a réalisé que l’équipement était hors-service depuis si longtemps. Comme l’indique ce reclassement, le plus inquiétant, le plus problématique n’est pas tant d’avoir commis une erreur. C’est qu’EDF ne s’est rendu compte de rien, plusieurs mois durant. Et cette découverte "tardive" d’un problème causé par l’exploitant lui-même n’est pas la seule à Cattenom, comme le montrent les incidents les plus récents. EDF se donne-t-il vraiment les moyens de gérer ses installations nucléaires comme il se doit ? Ou est-ce un problème plus profond et structurel, un manque de moyens humains et organisationnel ?

Ce que dit EDF :

Détection tardive de l’indisponibilité d’un ventilateur dans un local électrique sur l’unité de production n°1

Sûreté

Publié le 13/07/2021

Le 24 décembre 2020, la centrale de Cattenom avait déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire un événement significatif de niveau 0 sur l’échelle INES qui compte 7 échelons. Cette déclaration faisait suite à l’indisponibilité d’un ventilateur assurant le maintien de températures compatibles avec le fonctionnement du turbo alternateur de secours [3] sur l’unité de production n°1.

Des contrôles ont été menés le 22 décembre 2020 et ont permis aux équipes de la centrale de constater une absence de tension sur le ventilateur d’extraction d’air présent dans le local des matériels électriques de secours de l’unité de production n°1. Nos spécifications techniques d’exploitation précisent que le turbo alternateur de secours est disponible si son système de ventilation est aussi disponible. Dès détection, les équipes de la centrale ont remis sous tension le ventilateur.

Cet événement n’a pas eu d’impact sur la sûreté des installations, en effet les autres sources électriques de secours au nombre de six sont toujours restées disponibles.

Après analyse, la direction considère que le matériel était potentiellement indisponible depuis le 16 septembre 2020, date à laquelle un contrôle de fonctionnement a eu lieu et s’est montré concluant. Le délai de détection est évalué rétrospectivement supérieur à ce qui est défini dans nos spécifications techniques d’exploitation. De ce fait, la direction a donc décidé de réévaluer le niveau INES de cet évènement le 12 juillet 2021 à l’Autorité de sûreté nucléaire, au niveau 1 de l’échelle INES qui en compte 7.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-cattenom/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-cattenom/detection-tardive-de-l-indisponibilite-d-un-ventilateur-dans-un-local-electrique-sur-l-unite-de-production-ndeg1


Ce que dit l’ASN :

Détection tardive de l’indisponibilité du ventilateur du local du turbo alternateur de secours

Publié le 21/07/2021

Centrale nucléaire de Cattenom - Réacteurs de 1300 MWe - EDF

Le 9 juillet 2021, l’exploitant de la centrale nucléaire de Cattenom a déclaré à l’ASN un événement significatif pour la sûreté relatif à la détection tardive de l’indisponibilité du ventilateur du local du turbo alternateur de secours (LLS) du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Cattenom.

Les réacteurs sont équipés de deux lignes d’alimentation électrique extérieures en provenance du réseau national et de deux groupes électrogènes de secours à moteur diesel. En cas de perte totale des alimentations électriques, y compris des groupes électrogènes de secours, le turbo-alternateur de secours (système LLS), actionné par de la vapeur issue des générateurs de vapeur, assure l’alimentation électrique des équipements minimaux de conduite, de l’éclairage d’ultime secours et de la pompe de sauvegarde d’injection aux joints des groupes motopompes primaires.

Le système de ventilation limite la montée en température dans le local du turbo alternateur de secours et préserve son fonctionnement normal.

Une défaillance de ce système de ventilation, due au mauvais positionnement d’un disjoncteur, a été identifiée le 22 décembre 2020. Celui-ci a été replacé en position correcte dans un délai alors considéré comme conforme aux règles générales d’exploitation (RGE). L’absence de détection de son mauvais positionnement a toutefois fait l’objet d’une déclaration d’événement significatif pour la sûreté le 24 décembre 2020, classé au niveau 0 de l’échelle INES.

Le système de ventilation du local du turbo alternateur de secours n’a pas été sollicité entre le 16 septembre 2020 et le 22 décembre 2020.

Une expertise réalisée ultérieurement au mois d’avril, lors de l’arrêt du réacteur pour rechargement, a par ailleurs confirmé que le disjoncteur lui-même ne présentait pas de dysfonctionnement.

Cependant, après une nouvelle analyse approfondie à froid, l’exploitant n’a pas été en mesure de dater précisément le début de l’indisponibilité du matériel, avant sa détection le 22 décembre. De manière conservatoire, il a donc été estimé que celle-ci a pu débuter à la date de la dernière vérification de bon fonctionnement, à savoir le 16 septembre 2020. Ainsi, le délai de remise en conformité de 3 jours prévu par les RGE n’a pas été respecté, conduisant au reclassement de l’événement.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Cependant, en raison de la détection tardive, cet événement a été reclassé au niveau 1 de l’échelle INES.

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Detection-tardive-de-l-indisponibilite-du-ventilateur-du-local-du-turbo-alternateur-de-secours


[1Base de connaissances IRSN : Les alimentations électriques sur une centrale nucléaire française

Le fonctionnement d’une centrale nucléaire nécessite de disposer d’un système d’alimentation électrique permettant d’assurer l’exploitation et la sûreté de l’installation.

Le système de distribution électrique est conçu pour répondre aux besoins de l’exploitation normale du réacteur lorsqu’il produit de l’électricité ou en période d’arrêt (auxiliaires de marche et auxiliaires permanents) mais aussi pour assurer l’alimentation des équipements assurant les fonctions de sûreté requises lors d’une situation incidentelle ou accidentelle sur l’installation (auxiliaires secourus).

Sur les réacteurs français, ces fonctions de sûreté sont assurées par deux systèmes indépendants (auxiliaires de sûreté voie A et voie B). Un seul de ces deux systèmes est suffisant pour placer le réacteur dans un état sûr et le maintenir dans cet état. Leur alimentation électrique est assurée par deux tableaux secourus (voies A et B) qui peuvent être alimentés par plusieurs moyens (figure 1).

Si un événement rend indisponible les deux sources d’alimentation externes (la ligne principale et la ligne auxiliaire), la centrale s’arrête automatiquement et deux générateurs de secours à moteur diesel (groupes électrogènes : GE) propres à la centrale doivent alimenter en quelques secondes chacun une voie de sûreté (2 sur le parc de génération II). Un seul générateur est suffisant pour accomplir les actions nécessaires

Par ailleurs, sur chaque site, une source dite ultime (GUS) peut être connectée manuellement en quelques heures à la place d’un groupe de secours défaillant d’une quelconque des tranches du site (cette source ultime peut être un groupe électrogène ou une turbine à combustion suivant les paliers).

Enfin pour parer à l’éventualité d’une perte simultanée des deux sources externes et des deux groupes de secours, chaque réacteur a été doté d’un turboalternateur (LLS) alimenté en vapeur par les générateurs de vapeur et qui assure en quelques secondes le secours électrique ultime des fonctions nécessaires pour maîtriser la sûreté en attendant de retrouver une des sources électriques (mise en place de la source ultime, réparation d’un des deux groupes de secours défaillants…).

https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-centrales-nucleaires/Pages/alimentations-electriques-centrales.aspx#.YPBJtTo6_Eo

[2Niveau de gravité des incidents nucléaire : échelle INES : International nuclear and radiological event scale (Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques) - Description et niveaux ici - https://www.asn.fr/Lexique/I/INES

[3turbo-alternateur de secours : permet d’alimenter électriquement certains matériels de sauvegarde en cas de situation dégradée. Ce turbo-alternateur intervient au rang 7 des sources électriques de secours.


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