Une communication fallacieuse sur les émissions du nucléaire
« Eh non, on ne réchauffe pas la planète ! », « Pour faire du nucléaire avec du CO2, il va falloir charbonner »… voilà les messages diffusés par Orano à l’occasion d’une campagne de publicité massive et sur son site dénommé « idées reçues ». De nouveau, l’industrie nucléaire joue sur l’idée fausse d’un nucléaire « décarboné » et donc ami du climat.
Cette communication passe outre le fait que les installations nucléaires émettent bien des gaz à effet de serre – dont certains ont d’ailleurs un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du CO2 [1].
Surtout, en focalisant sur ses émissions peu élevées de CO2, Orano tente de verdir son image, passant ainsi sous silence le risque d’accident, la pollution des mines d’uranium et la production de déchets (dont seule une infime partie est « recyclée », contrairement à ce qu’elle prétend dans une autre publicité [2]). Pour le Groupement Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC), ces nuisances vont d’ailleurs à l’encontre des Objectifs de Développement Durable [3]
Orano n’a rien à vendre aux citoyen.es. Pourquoi ce greenwashing massif à destination du grand public, si ce n’est pour améliorer l’acceptabilité sociale du nucléaire en surfant sans complexe sur la légitime préoccupation pour le climat ? S’agit-il de préparer le terrain, alors que les projets pour 6 nouveaux réacteurs sont dans les cartons ?
Pour dénoncer cette communication fallacieuse, nous déposons plainte devant le Jury de déontologie publicitaire, qui a d’ailleurs condamné plusieurs fois EDF pour des publicités de même teneur [4].
Le nucléaire, une fausse solution pour le climat
Pour Orano, une industrie peu émettrice de gaz à effet de serre est forcément une alliée du climat. Pourtant, comme l’explique le World Nuclear Industry Status Report [5], cela ne suffit pas pour attester la pertinence d’une technologie pour réduire les émissions. Celle-ci doit aussi pouvoir être déployée rapidement et à des coûts non prohibitifs. Or, comme l’illustrent les retards et surcoûts de l’EPR de Flamanville, le nucléaire est hors délai face à l’urgence climatique et bien trop cher.
Investir dans de nouveaux réacteurs – voire dans des travaux hasardeux de prolongation du fonctionnement de centrales en fin de vie - revient à gaspiller des moyens financiers qui font défaut aux vraies solutions plébiscitées par le GIEC, à savoir les économies d’énergie et les énergies renouvelables.
En France, mettre en avant le nucléaire et ses émissions apparaît comme un alibi pour l’inaction, notre pays étant très en retard sur ses objectifs climatique. Mais encenser une option technologique, comme le font Orano et Emmanuel Macron, n’est-ce pas une façon d’esquiver la question du changement de système de production et de consommation requis pour une action climatique ambitieuse ?
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Marie Frachisse - 07 62 58 01 23