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Revue de presse

Mars 2016 / Arte

Corinne Lepage : « Le contribuable paye pour subventionner une filière nucléaire de plus en plus coûteuse »



Facture salée

« La France a mené une politique de très bas prix de l'électricité pour justifier le nucléaire, avec des tarifs parmi les plus faibles d'Europe. Elle a misé aussi sur le développement du chauffage électrique afin d'assurer un débouché constant à EDF, qui détient le monopole de l'énergie, une situation unique en Europe. En France, le tarif du kilowatt n'est pas cher, même s'il a augmenté ces dernières années, mais la consommation est importante. La facture est donc très élevée. Par comparaison, celle d'un Allemand est plus basse, avec un prix du kilowatt pourtant 40 % plus cher, mais une efficacité énergétique supérieure de 35 %. »

Coûts abyssaux

« EDF ne cesse d'augmenter ses tarifs car le nucléaire coûte très cher. Pour autant, le prix du kilowatt ne reflète pas la réalité de ses coûts abyssaux. Le groupe est dans une équation financière impossible. Premièrement, parce qu'il est appelé au sauvetage d'Areva, à hauteur de 2,7 milliards d'euros ; deuxièmement, parce que l'État exige qu'il retraite ses déchets à La Hague, pour subventionner l'usine de recyclage ; et, troisièmement, parce que l'État l'oblige aussi à acheter son combustible chez Areva, dont les prix sont élevés. »

Investissements calamiteux

« Ces quinze dernières années, EDF a mené une politique d'investissement délirante. La “rente nucléaire”, c'est-à-dire la différence entre le prix de vente d'une électricité qui était tout à fait amortie et le prix de revient, a servi à des investissements à l'étranger tous plus calamiteux les uns que les autres. Aux États-Unis, EDF a par exemple investi en pure perte 6 milliards de dollars dans Constellation Energy, avec l'ambition de construire des centrales nucléaires, puis y a renoncé en raison du tarif prohibitif des assurances américaines. EDF prévoit aussi de réaliser deux réacteurs EPR en Angleterre pour un coût de 20 milliards d'euros, soit plus que sa valorisation boursière. Sans compter l'EPR de Flamanville, estimé à 9 milliards d'euros. »

Effet ciseau

« Il règne beaucoup d'incertitudes sur la capacité actuelle d'investissement d'EDF, c'est-à-dire sur sa maîtrise de notre sûreté nucléaire. En France, les centrales nucléaires sont vieillissantes et un accident n'est pas à exclure. L'opération de “grand carénage”, qui doit permettre de mettre le parc aux normes, est estimée à 100 milliards d'euros par la Cour des comptes. Comment EDF va-t-elle pouvoir faire face à ce mur d'investissement alors que son endettement atteint 38 milliards d'euros ? Cela dans un contexte où l'énergie renouvelable devient compétitive. C'est un effet ciseau : le prix de cette dernière ne cesse de baisser, tandis que celui du nucléaire ne cesse de monter. Le contribuable français doit ainsi payer pour subventionner une filière nucléaire de plus en plus coûteuse, qui licencie parce que son activité n'est pas suffisante, et qui devient dangereuse. »

Dépendance au nucléaire

« Dans L'État nucléaire* je tente de montrer pourquoi, depuis soixante ans, la France est dépendante de cette énergie.. L'une des raisons est qu'au sein de l'État le Corps des mines est extrêmement puissant et que le nucléaire est son bébé. Ce Corps est aussi aux manettes des plus grandes entreprises. Ce système totalement endogame est propre à la France. Les syndicats, en particulier la CGT, sont également des soutiens très forts de cette énergie et les partis politiques, mis à part Europe Écologie - Les Verts, sont tous pro-nucléaires. »

Énergies renouvelables, le surplace

« La France se classe au 16e rang en Europe pour la production d'énergies renouvelables, avec 14 % de sa production totale d'électricité, contre 52 % pour la Suède. Quand j'étais ministre de l'Environnement, il y a vingt ans, nous étions à 13 %. Nous faisons du surplace. La filière photovoltaïque a été tuée au moment où elle se mettait en place car EDF ne veut pas de concurrence. Le jour où EDF va demander au consommateur de payer trois fois plus cher ce qu'il pourrait avoir à un prix inférieur avec de l'énergie renouvelable, celui-ci ira chercher ailleurs. Il se tournera vers des fournisseurs comme Enercoop, une entreprise française qui offre de l'électricité renouvelable à des prix compétitifs. »

Propos recueillis par Laure Naimski pour ARTE Magazine

* L'État nucléaire, éditions Albin Michel, 2014. Ancienne ministre de l'Environnement (1995-1997) et ancienne élue Modem au Parlement européen (2009-2014), Corinne Lepage préside aujourd'hui le parti du Rassemblement citoyen - Cap 21.

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Thèmes
Nucléaire et économie