Après un discours recyclant de nombreux clichés sur les bienfaits supposés du nucléaire (présenté comme garant de l’indépendance énergétique, « décarboné » [1] et « à bas coût ») et appelant à développer massivement l’électrification, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture de 14 réacteurs d’ici à 2035. Cette annonce ne l’engage pas beaucoup, toutes ces fermetures (à part celle de Fessenheim) étant repoussées après son quinquennat. Loin d’être ambitieuse, sa déclaration acte 10 ans de retard sur les objectifs de la loi votée en 2015. Pire, en maintenant l’horizon d’un « nouveau nucléaire », elle va à l’encontre de toute transition énergétique digne de ce nom.
François de Rugy appelait à une « opération vérité » ? Rappelons que ce projet signifierait la prolongation de 20 réacteurs jusqu’à 50 ans et plus [2]. Pourtant, certains composants essentiels à la sécurité ne sont pas conçus pour fonctionner plus d’une quarantaine d’années et 1775 anomalies ont déjà été recensées sur le parc nucléaire. Alors qu’EDF, actuellement, n’est même pas en mesure d’assurer une maintenance correcte de ses installations, un tel projet signifierait un accroissement inacceptable des risques. Il nécessiterait soit des investissements colossaux pour des travaux lourds et inédits avec un résultat incertain, soit une sûreté bradée.
Contrairement à ce que prétend Emmanuel Macron, le nucléaire est bien un verrou à une véritable transition énergétique. La France ne pourra pas « en même temps » développer les énergies renouvelables, maintenir en fonctionnement des centrales à bout de souffle et se lancer dans un « nouveau nucléaire », dont il est illusoire de croire qu’il sera peu coûteux [3]. S’entêter dans cette voie, c’est faire peser sur les Français un risque démesuré et une facture écrasante. Pourtant, ceux-ci y sont majoritairement opposés et l’ont exprimés à de nombreuses reprises [4] ; où est la démocratie ? Loin du « nouveau modèle axé sur les territoires, venant de la base » mentionné par Emmanuel Macron, il s’agit de donner des gages à EDF SA, dont un des objectifs majeurs est d’augmenter fortement ses exportations et ses ventes de réacteurs à l’étranger.
Ce n’est pas une transition que nous propose le gouvernement, mais une stagnation dans l’impasse nucléaire. Sans attendre 2021, c’est dès maintenant qu’il faut abandonner les projets de « nouveau nucléaire » - à commencer par l’EPR de Flamanville - et engager rapidement la fermeture de nombreux réacteurs.