Réseau Sortir du nucléaire
BoutiqueAgendaFaire un donEN

Revue de presse

Septembre 2004 / Ouest-France

Le plutonium s’offrira un tour de France



La cargaison américaine attendue à Cherbourg, puis transportée à Cadarache

Le plutonium s’offrira un tour de France

Stoppé par l’Autorité de sûreté nucléaire, en juillet 2003, pour « absence de démonstration satisfaisante de tenue au séisme », le site de Cadarache (Bouches-du-Rhône) vient d’obtenir une nouvelle autorisation de fonctionnement sans qu’aucune mesure parasismique nouvelle n’ait été prise.
On y fabriquera un combustible test avec 140 kg de plutonium militaire américain qui vont transiter par Cherbourg.

o Pourquoi 140 kg de plutonium militaire américain arrivent-ils en France ?

En septembre 2000, Russes et Américains ont signé un accord qui prévoit d’éliminer, chacun, 34 tonnes de plutonium militaire en excès. Ils auraient pu le stocker ou le neutraliser en le mélangeant à des déchets nucléaires.
Le groupe français Areva (ex-Cogema) les a convaincus d’en faire du combustible Mox. L’opération ne permet pas d’éliminer le plutonium puisqu’en « brûlant », le Mox en fabrique autant qu’il en consomme. Celui qu’il produit n’a plus les qualités militaires. Mais sa capacité de nuisance reste importante.

o Qu’est-ce que le Mox ?

Il s’agit d’un combustible qui assemble environ 4 % de plutonium - issu du retraitement des combustibles usés réalisé à la Hague - avec de l’uranium.
Une trentaine de centrales en utilisent en Europe depuis une quinzaine d’années. L’anglais BNFL et surtout Areva sont les deux seuls fabricants au monde. Cependant, à ce jour, personne n’a produit de Mox à partir de plutonium militaire nettement plus virulent. Areva et les autorités de sûreté assurent que le procédé est rodé et nécessite juste quelques adaptations. Les écologistes s’inquiètent des risques potentiels de ce produit hautement radioactif. Ils plaident pour sa neutralisation rendant toute utilisation ultérieure quasi impossible.


o Comment ce plutonium est-il transporté actuellement ?

Il a été chargé sous forme de poudre à Charleston (États-Unis) à bord de deux cargos appartenant à la compagnie anglaise PNTL dont Cogema détient 15 %. Ces navires, âgés d’une vingtaine d’années, ont été spécialement construits pour les transports nucléaires. Par mesure de sécurité, ils sont équipés de canons rapides servis par des forces spéciales britanniques embarquées avec l’équipage anglais. Partis lundi, les bâtiments sont attendus en fin de semaine prochaine à Cherbourg. Sur mer comme sur terre, l’opération relève du secret-défense. Les écologistes crient à l’inconscience.

o Pourquoi passer par Cherbourg ?

Malgré l’opposition écologiste qu’elle rencontre en Normandie (1), Cogema s’y sent chez elle. Le port dispose d’installations de manutention spécifiques utilisées pour ses relations nucléaires avec le Japon. Il semble cependant fort probable que les opérations se déroulent dans l’enceinte du port militaire, comme ce fut le cas en 1993 pour le retour du plutonium vers le Japon. Un dispositif impressionnant de sécurité maritime et terrestre se met actuellement en place. L’autre raison à cette escale normande, c’est la présence de l’usine de la Hague. Les conteneurs radioactifs vont y changer d’emballage de transport avant de traverser la France, par camions, pour rallier Cadarache dans les Bouches-du-Rhône.

o Pourquoi Cadarache ?

La quantité de plutonium à traiter (140 kg) est faible sur le plan industriel même si elle permet de fabriquer quelques dizaines de bombes.
Avant sa fermeture, en juillet 2003, l’atelier ATPu traitait trois tonnes par an. L’Autorité de sûreté estime que cette reprise d’activité provisoire ne présente aucun risque et ne remet pas en cause le processus d’arrêt définitif et de démantèlement du site, qui reprendra aussitôt le Mox américain fabriqué. Areva n’a sans doute pas voulu, non plus, prendre le risque d’un incident dans son usine de Marcoule (Gard) où elle fabrique du Mox pour EDF et ses clients étrangers. L’assemblage du combustible américain se fera toutefois dans le Gard avant de reprendre le chemin de la Hague pour être expédié, par mer, aux États-Unis début 2005. Les assemblages seront ensuite utilisés dans une centrale américaine appartenant à Duke Power.

o Combien ça rapporte ?

Mis en place par le Department of Energy américain, le programme « Mox for Peace » prévoit la construction, si le test Areva fonctionne, d’une usine de fabrication de Mox à Savannah River (Caroline du Sud) avec la technologie française. Budget global : 2 milliards de dollars, dont 300 millions pour Areva. La première étape, qui va démarrer à Cadarache, va rapporter 27 millions de dollars au groupe français. En termes d’emplois, le résultat est des plus maigres. Quant au projet russe, il est en suspens, faute de financement. Aucun projet de ce type n’est envisagé avec le plutonium militaire français.


Jean-Pierre BUISSON.


Thèmes
Déchets radioactifs