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Sortir du nucléaire n°87

Automne 2020

La vie (rêvée ?) de ceux qui n’ont pas voulu vivre à côté de la centrale




Population méconnue, non dénombrée de celles et ceux qui n’ont pas pu se résigner à un tel voisinage, imposé brutalement par un plan de l’exécutif français au début des années 1970.

Partis dans l’ignorance de tous, sans demander leur reste, sans bénéficier de compensation ni d’aide…



Souvent, un destin chaotique et inattendu

Ainsi de Dominique, fille de paysan, riche d’une exploitation en polyculture-élevage de trois lopins de terre équipés pour deux d’entre eux d’un puits et jouxtant un ruisseau pour le plus grand. Au milieu des années 1970, elle s’interroge sur l’opportunité de reprendre l’exploitation familiale, en bio, avec des cultures vivrières. Mais avec la construction en cours d’une centrale nucléaire à 10 km en aval, était-ce le bon choix ?

Renonciation devant l’inconnu, départ à la retraite de son père, mise en location des trois parcelles à trois agriculteurs.

Et début des années 1990, branle-bas de combat, face à un remembrement qui va faire voler en éclat toute possibilité de retour à la terre : face à un “propriétaire non-exploitant“, les terres louées sont versées à l’espace agricole des locataires, englouties dans des immenses surfaces en monoculture.

Bataille perdue contre la logique de l’agrandissement parcellaire au bénéfice des “exploitants“.

Les années passent, à oublier cette ferme, à s’adapter à un mode de vie “hors-sol“ jusqu’à ce qu’Aurore, la plus jeune de ses deux filles rencontre Guillaume avec qui elle partage les bancs d’une école relevant du ministère de l’agriculture. Celui-ci, avec deux autres étudiants, nourrit le projet de produire sainement fruits et légumes. Après quelques années de travaux de maraîchage chez des producteurs bio, les trois garçons cherchent un lieu où s’installer. La ferme du grand-père, décédé après une fin de vie tourmentée par le sentiment de perte de son outil de travail ?

Douloureux réveil des conséquences du remembrement : des parcelles tout en longueur, noyées au milieu d’une surface immense, indistinctes, même pas bornées, inidentifiables, uniformément couvertes de maïs.

Inexploitables, trop étroites, sans accès à une source d’eau.

Départ du trio des garçons à l’autre bout de la France, où une ville du Sud-Ouest leur a alloué une petite parcelle de deux hectares qu’ils transforment en production maraîchage bio, qui leur permet de vivre en accord avec leurs valeurs. Après des mois de recherche d’un job, Aurore finit par répondre à une offre d’emploi dans sa région d’origine. Où son compagnon la suit, passe une année à préparer le CAPES de maths. Et les voilà tous deux, une génération plus tard, hors-sol eux aussi, en situation de dépendance vis-à-vis de la société alors qu’ils auraient voulu contribuer à sa résilience et à son autonomie.

Histoire isolée ?

Certainement pas. Au hasard des manifestations antinucléaires, seul moyen d’expression, seul cri contre une injustice niée au nom d’un soi-disant progrès, au hasard donc de ces rencontres fortuites, la surprise de rencontrer des personnes originaires du même coin, parties, elles aussi, pour fuir l’inconnu d’une “première“ centrale. Fuir où ? Dans le sens opposé aux vents dominants ?

S’éloigner à quelle distance ?

“Small is beautiful“

Ainsi titrait Ernst-Friedrich Schumacher pendant que nos “sachants“ s’obstinaient dans une course effrénée à la puissance tous azimuts, qui aujourd’hui assassine notre planète et notre lieu de vie.

Et cela au prix de l’éloignement des générations, de souffrances ignorées, de l’insécurité alimentaire, du sentiment d‘impuissance face à un écrasant rouleau compresseur, absurde, et contreproductif.

Ysaline

Souvent, un destin chaotique et inattendu

Ainsi de Dominique, fille de paysan, riche d’une exploitation en polyculture-élevage de trois lopins de terre équipés pour deux d’entre eux d’un puits et jouxtant un ruisseau pour le plus grand. Au milieu des années 1970, elle s’interroge sur l’opportunité de reprendre l’exploitation familiale, en bio, avec des cultures vivrières. Mais avec la construction en cours d’une centrale nucléaire à 10 km en aval, était-ce le bon choix ?

Renonciation devant l’inconnu, départ à la retraite de son père, mise en location des trois parcelles à trois agriculteurs.

Et début des années 1990, branle-bas de combat, face à un remembrement qui va faire voler en éclat toute possibilité de retour à la terre : face à un “propriétaire non-exploitant“, les terres louées sont versées à l’espace agricole des locataires, englouties dans des immenses surfaces en monoculture.

Bataille perdue contre la logique de l’agrandissement parcellaire au bénéfice des “exploitants“.

Les années passent, à oublier cette ferme, à s’adapter à un mode de vie “hors-sol“ jusqu’à ce qu’Aurore, la plus jeune de ses deux filles rencontre Guillaume avec qui elle partage les bancs d’une école relevant du ministère de l’agriculture. Celui-ci, avec deux autres étudiants, nourrit le projet de produire sainement fruits et légumes. Après quelques années de travaux de maraîchage chez des producteurs bio, les trois garçons cherchent un lieu où s’installer. La ferme du grand-père, décédé après une fin de vie tourmentée par le sentiment de perte de son outil de travail ?

Douloureux réveil des conséquences du remembrement : des parcelles tout en longueur, noyées au milieu d’une surface immense, indistinctes, même pas bornées, inidentifiables, uniformément couvertes de maïs.

Inexploitables, trop étroites, sans accès à une source d’eau.

Départ du trio des garçons à l’autre bout de la France, où une ville du Sud-Ouest leur a alloué une petite parcelle de deux hectares qu’ils transforment en production maraîchage bio, qui leur permet de vivre en accord avec leurs valeurs. Après des mois de recherche d’un job, Aurore finit par répondre à une offre d’emploi dans sa région d’origine. Où son compagnon la suit, passe une année à préparer le CAPES de maths. Et les voilà tous deux, une génération plus tard, hors-sol eux aussi, en situation de dépendance vis-à-vis de la société alors qu’ils auraient voulu contribuer à sa résilience et à son autonomie.

Histoire isolée ?

Certainement pas. Au hasard des manifestations antinucléaires, seul moyen d’expression, seul cri contre une injustice niée au nom d’un soi-disant progrès, au hasard donc de ces rencontres fortuites, la surprise de rencontrer des personnes originaires du même coin, parties, elles aussi, pour fuir l’inconnu d’une “première“ centrale. Fuir où ? Dans le sens opposé aux vents dominants ?

S’éloigner à quelle distance ?

“Small is beautiful“

Ainsi titrait Ernst-Friedrich Schumacher pendant que nos “sachants“ s’obstinaient dans une course effrénée à la puissance tous azimuts, qui aujourd’hui assassine notre planète et notre lieu de vie.

Et cela au prix de l’éloignement des générations, de souffrances ignorées, de l’insécurité alimentaire, du sentiment d‘impuissance face à un écrasant rouleau compresseur, absurde, et contreproductif.

Ysaline



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