Le Creusot, lieu emblématique des scandales et défaillances de l’industrie nucléaire
Ce déplacement à l’usine Framatome du Creusot est révélatrice du soutien inconditionnel de nos gouvernants à l’industrie nucléaire. Celle-ci a été le théâtre d’un scandale colossal dévoilé en 2016, avec la perpétuation pendant des années de mauvaises pratiques et la falsification de dossiers de fabrication de pièces pour couvrir des malfaçons [1]. Nous avions déposé plainte à ce sujet en 2016 et l’Autorité de sûreté nucléaire avait également saisi la justice. Une instruction est en cours.
Emmanuel Macron veut-il faire croire que les phénomènes de fraude et de perte de compétences au sein de l’industrie nucléaire française appartiennent au passé ? Une telle mise en scène ne doit tromper personne. Les problèmes qui affectent la filière n’ont pas disparu comme par magie avec quelques audits et belles déclarations. Comme en atteste un rapport de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, certaines mauvaises pratiques perdurent au Creusot [2]. En outre, des anomalies ont encore été découvertes récemment sur des pièces provenant d’usines de Framatome [3]
Quand la défense vient au service d’une industrie mal en point
Selon plusieurs sources, cette visite est destinée à annoncer la construction d’un nouveau porte-avion à propulsion nucléaire. La défense viendra donc, aux frais des contribuables, au secours d’une industrie en perte de vitesse et au carnet de commande dégarni. Alors qu’un million de personnes vient de basculer dans la pauvreté avec la crise sanitaire, n’y avait-il pas une meilleure utilisation des deniers publics à faire ?
S’il est construit, ce porte-avion représentera deux réacteurs nucléaires de plus en circulation, avec leur lot de déchets ingérables, de risque d’accident et de risques pour le personnel. Il pourra emporter à son bord des missiles nucléaires et servir de plate-forme pour les Rafales pour effectuer une "frappe d’avertissement", avec une arme nucléaire de 20 fois la puissance de la bombe larguée sur Hiroshima ! Alors que le Traité d’interdiction des armes nucléaires devrait entrer en vigueur d’ici trois mois, notre pays devrait avoir d’autres priorités que d’assurer le transport d’engins de mort.
Et une déclaration d’amour de plus pour le nucléaire ?
"Moi, j’ai besoin du nucléaire", a déclaré Emmanuel Macron dans son interview récemment accordée à Brut., parsemant son plaidoyer de mensonges éhontés sur le nucléaire "bon pour le climat" ou l’Allemagne qui aurait remplacé l’atome par le charbon [4]. Les déboires de l’EPR de Flamanville le montrent pourtant : trop lent, trop cher, trop dangereux et lui-même vulnérable aux agressions climatiques, le nucléaire est hors jeu pour faire face à l’urgence climatique.
Aveugle au fiasco du chantier de l’EPR (auquel il faut maintenant ajouter les failles de sécurité dévoilées par Greenpeace France), le gouvernement travaille avec EDF à différents scénarios pour la construction de six nouveaux réacteurs dans les années à venir. Faut-il encore s’attendre à de nouvelles déclarations lors de sa visite au Creusot ? Nous dénonçons fermement cette tentative de préparer l’opinion publique à la construction soit-disant "inéluctable" de nouvelles installations, et le soutien répété du gouvernement à la filière depuis plusieurs mois.
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Martial Chateau - 06 45 30 74 66