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Sortir du nucléaire n°87

Automne 2020

Changer

Vers une Armée écolo ?

Automne 2020




Les armées, acteur de la transition écologique ? Surprenant. Telle est en tout cas l’ambition défendue par la ministre des Armées le 25 septembre dernier en présentant la nouvelle stratégie énergétique des armées. Mais de quelle transition parle-t-on ?

© Shutterstock - Kishigin


Les armées sont le premier consommateur énergétique de l’État, dont 73 % de carburants rien que pour les entraînements et interventions militaires. Les 27 % restant concernent l’énergie consommée par les infrastructures, notamment le chauffage. Or, ce n’est un secret pour personne, les énergies fossiles se raréfient. C’est pourquoi, il y a un an, en septembre 2019, la ministre des Armées a mis en place un groupe de travail afin de “sortir de la dépendance au pétrole“  [1].

En fait, pour les armées, la transition écologique est avant tout perçue comme un risque en termes de vulnérabilité et de dépendance et non comme une véritable opportunité : risques de blocage des approvisionnements, pression sur les prix, raréfaction des matières premières. Elles craignent également que la lutte contre le changement climatique entraîne l’élaboration de nouvelles contraintes qui viendraient peser sur les militaires et leur liberté d’action.

Alors, fidèles à elles-mêmes, les armées se sont emparées de la transition écologique afin de montrer qu’elles prennent en compte la question… pour mieux éviter de se retrouver contraintes d’appliquer des normes élaborées ailleurs comme par exemple celles qui pourraient être issues de la pression citoyenne.

L’objectif ? Faire de la transition un atout opérationnel pour que les armées ne se retrouvent pas entravées dans leurs opérations militaires. Trois axes d’actions sont mis en avant : “consommer moins, consommer mieux, consommer sûr“.

Pour moins consommer, on retrouve les mesures classiques de remplacement des anciennes chaudières fioul et charbon encore en service, l’utilisation du solaire, la réduction des pertes et l’amélioration énergétique des bâtiments. Le tout à des échéances plus ou moins rapprochées en fonction des crédits disponibles.

Il ne s’agit pas d’en nier l’utilité. Sauf que le véritable gouffre à venir ne se situe pas là ! D’une part, l’essentiel de la consommation énergétique militaire est liée aux interventions qui sont en augmentation et, d’autre part, chaque nouvelle génération des principaux systèmes d’armes, à l’inverse du matériel civil, est plus gourmande en énergie. Cela sera le cas, par exemple, pour le Système de combat aérien du futur (Scaf) qui va remplacer vers 2040 les Rafales : sa consommation énergétique selon certaines sources, sera supérieure de 30 %. L’utilisation de “bio-carburant“, comme ce fut le cas pour le dernier défilé du 14 juillet, sera loin de compenser l’augmentation.

Une “conversion écologique“ des armées n’est pas à l’ordre du jour ! La préoccupation de la ministre des Armées n’est pas la survie de la planète, mais que les armées voient leur “efficacité“ amputée par une diminution des ressources.

Patrice Bouveret,

Observatoire des armements

Les armées sont le premier consommateur énergétique de l’État, dont 73 % de carburants rien que pour les entraînements et interventions militaires. Les 27 % restant concernent l’énergie consommée par les infrastructures, notamment le chauffage. Or, ce n’est un secret pour personne, les énergies fossiles se raréfient. C’est pourquoi, il y a un an, en septembre 2019, la ministre des Armées a mis en place un groupe de travail afin de “sortir de la dépendance au pétrole“  [1].

En fait, pour les armées, la transition écologique est avant tout perçue comme un risque en termes de vulnérabilité et de dépendance et non comme une véritable opportunité : risques de blocage des approvisionnements, pression sur les prix, raréfaction des matières premières. Elles craignent également que la lutte contre le changement climatique entraîne l’élaboration de nouvelles contraintes qui viendraient peser sur les militaires et leur liberté d’action.

Alors, fidèles à elles-mêmes, les armées se sont emparées de la transition écologique afin de montrer qu’elles prennent en compte la question… pour mieux éviter de se retrouver contraintes d’appliquer des normes élaborées ailleurs comme par exemple celles qui pourraient être issues de la pression citoyenne.

L’objectif ? Faire de la transition un atout opérationnel pour que les armées ne se retrouvent pas entravées dans leurs opérations militaires. Trois axes d’actions sont mis en avant : “consommer moins, consommer mieux, consommer sûr“.

Pour moins consommer, on retrouve les mesures classiques de remplacement des anciennes chaudières fioul et charbon encore en service, l’utilisation du solaire, la réduction des pertes et l’amélioration énergétique des bâtiments. Le tout à des échéances plus ou moins rapprochées en fonction des crédits disponibles.

Il ne s’agit pas d’en nier l’utilité. Sauf que le véritable gouffre à venir ne se situe pas là ! D’une part, l’essentiel de la consommation énergétique militaire est liée aux interventions qui sont en augmentation et, d’autre part, chaque nouvelle génération des principaux systèmes d’armes, à l’inverse du matériel civil, est plus gourmande en énergie. Cela sera le cas, par exemple, pour le Système de combat aérien du futur (Scaf) qui va remplacer vers 2040 les Rafales : sa consommation énergétique selon certaines sources, sera supérieure de 30 %. L’utilisation de “bio-carburant“, comme ce fut le cas pour le dernier défilé du 14 juillet, sera loin de compenser l’augmentation.

Une “conversion écologique“ des armées n’est pas à l’ordre du jour ! La préoccupation de la ministre des Armées n’est pas la survie de la planète, mais que les armées voient leur “efficacité“ amputée par une diminution des ressources.

Patrice Bouveret,

Observatoire des armements



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Maîtrise de l’énergie