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Sortir du nucléaire n°107



Automne 2025
Crédit photo : Réseau "Sortir du nucléaire"

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Septembre infini et manifestation du futur à Bure

Face aux expropriations et pour un autre futur que celui d’une poubelle nucléaire pour l’éternité que promet Cigéo, une large manifestation a été appelée le 20 septembre 2025 par toutes les composantes de la lutte antinucléaire contre ce projet. Dans le même temps, tout au long du mois, le campement de Septembre infini proposait une riche programmation à la Gare de Luméville, menacée imminemment d’expulsion.

Luttes et actions Organisations antinucléaires françaises Nucléaire et démocratie Déchets radioactifs Bure - CIGEO

Depuis quelques mois les choses s’accélèrent à Bure : au terme d’un an de tractations pour arracher à des dizaines de propriétaires terriens des centaines d’hectares qu’il manque au projet Cigéo pour entamer ses premiers travaux, les expropriations des propriétaires qui ont refusé les offres d’échange et rachat, se sont précisées au printemps.
Visites du juge des expropriations et procédures se sont enchaînées rapidement : dès la fin de l’été, le terrain de lutte historique de l’ancienne gare de Luméville, situé sur le tracé projeté de la voie ferrée devant acheminer les colis radioactifs vers le centre d’enfouissement, est déjà menacé d’une possible expulsion de ses habitant·es. Terrain incontournable de toutes les mobilisations à Bure depuis maintenant 20 ans, il a vu passer des dizaines de milliers de personnes lors des nombreux événements qui s’y déroulent tout au long de l’année.

Au-delà de la Gare, avec l’accaparement et l’expropriation de centaines d’hectares de terres, il était important pour l’opposition à Cigéo de signifier que la lutte parvient à un nouveau tournant décisif de mobilisation, que d’ici quelques mois Cigéo pourrait cesser d’être un monstre de papier et qu’il pourrait prendre corps très rapidement avec la mise en chantier tous azimuts des tracés de dessertes routières, de voies ferroviaires, d’un transformateur électrique et d’installations de surface du centre d’enfouissement.
La lutte contre le projet Cigéo est donc à un moment charnière : en expropriant surface et tréfonds, l’Andra artificialise et bétonne les terres et leurs sous-sols, les premières pour des décennies, les seconds pour une éternité. Ce sont tout à la fois générations passées, présentes et futures qui sont expropriées de leur histoire et leur avenir.

La Manif du futur à Bure

La "manifestation du futur" convoquée par l’opposition le 20 septembre s’est voulue le point de convergence et de rencontre entre toutes ces générations pour faire bifurquer ensemble le futur, en manifestant côte à côte simultanément hier, aujourd’hui et demain. Un moment symbolique pour donner rendez-vous à toutes celles et ceux qui sont venu·es à Bure au cours des 30 dernières années de lutte, y habitent, sont engagé·es aujourd’hui, et y vivront demain.
Avec un cortège au départ de Mandres-en-Barrois de plus de 1500 participant·es, venu·es de toute la France et même au-delà, c’est un pari réussi de mobilisation pour les composant·es de la lutte contre Cigéo qui se sont retrouvé·es en assemblées au cours des cinq mois passés pour organiser cette mobilisation. La pression était de taille, avec le souvenir encore brûlant de la manifestation du 15 août 2017 lourdement réprimée et qui avait alors occasionné des blessures graves et la mutilation de Robin Pagès. Sans compter les suites judiciaires à l’encontre de ses organisateur·ices présumé·es dans la tristement notoire "association de malfaiteurs de Bure", qui auront duré près de huit ans avant d’aboutir à une relaxe générale et définitive.

Chars du futur, figure géante de l’Hydre des luttes pour l’eau, banderoles et déguisements futuristes se sont rassemblés à partir de midi devant l’Augustine, haut lieu d’activités de la lutte à Mandres-en-Barrois, dans une ambiance chaleureuse de chants et fanfares. Cantines et stands ont transformé le temps d’un repas, le centre du village de 140 habitant·es en un lieu fourmillant de vie.

Réseau "Sortir du nucléaire"

Le matin un cortège de dizaines de vélos, qui a fait le tour des villages environnant le laboratoire de l’Andra pour y déposer des "capsules temporelles" contenant les messages des opposant·es à Cigéo adressés à l’avenir, a fait son arrivée remarquée dans une foule déjà dense.

Après une conférence de presse unitaire à 13h des composantes de la lutte aux côtés de Greenpeace France, du Réseau "Sortir du nucléaire" et du syndicat Solidaires, une prise de parole sur la place centrale de Mandres-en-Barrois a donné le coup d’envoi de la manifestation. L’occasion pour les portes-paroles du jour de rappeler les enjeux à se mobiliser fortement dans les prochaines semaines et mois sur place, à Bure.
Le cortège s’est étiré vers 14h sous une myriade de parapluies jaunes et noirs, en direction de Bure, avant de se scinder en sortie de village, avec un cortège autonome de près de plusieurs centaines de participant·es qui s’est dirigé vers le laboratoire et son impressionnant dispositif policier. Nouveaux blindés de la gendarmerie, drones, et près d’un millier de gendarmes, la moitié armurée de pied en cap, ont transformé le périmètre en un véritable camp retranché. Il faut dire que les communications par voie de presse du préfet, la veille de la manifestation, annonçaient la couleur avec l’évocation de la venue de hordes violentes depuis l’étranger, déterminées à en découdre.
Sous un ciel bleu, sur le vaste plateau céréalier que domine le laboratoire, le tableau était saisissant avec d’un côté la ligne étirée d’un cortège autonome face à une armada en bleu, et en vis-à-vis d’elle, en surplomb de la plaine céréalière, celle colorée du cortège principal, et entre les deux des nuages lacrymogènes, des parapluies jaunes et noirs ponctuant l’horizon de part en part à travers des champs fraîchement moissonnés.

Quelques heures de marche plus tard, après une halte rafraîchissante dans le village de Bure et un nouveau passage mouvementé et gazé aux abords du Bois Lejuc, lourdement gardé lui aussi, la manifestation, fourbue mais heureuse, est parvenue à son terme, les un·es repartant dans les six bus venus pour la journée, les autres rejoignant le campement installé pour l’occasion dans les champs de l’agriculteur Jean-Pierre Simon.

Réseau "Sortir du nucléaire"

Quelques centaines de participant·es à la manifestation se sont partagé·es entre ce campement et celui de Septembre infini pour une soirée de concerts et de repos. Une grosse logistique et un important défi d’articulation des espaces et temporalités pour une lutte qui, en quelques années, a gagné beaucoup d’expérience dans l’organisation collective et d’autonomie matérielle.

Le week-end s’est clos le dimanche sur une assemblée pluvieuse après une nuit diluvienne, mais les perspectives de mobilisation sont posées pour les prochains mois avec un appel à réveiller les comités de soutien et relayer la lutte par des soirées d’information, des actions partout sur le territoire dans les mois à venir.

Dans la continuité d’un mois de septembre infini qui a vu des ateliers, projections, discussions, spectacles, concerts, rencontres de créations d’affiches, d’inter-cantines et la création d’un fanzine avec le lancement d’un centre automédia, l’occupation à la Gare est appelée à se poursuivre, être appropriée largement et collectivement, au-delà de la date d’expulsabilité du 11 octobre 2025.

En conclusion de cet intense et beau mois de mobilisation, l’opposition à Cigéo rappelle dans son communiqué : "Face aux expulsions, face au début des travaux préparatoires, face au saccage du territoire que l’Andra s’apprête à commettre, face au chaos semé par la Préfecture durant toute cette semaine, nous sommes prêt·es à résister et à nous tenir ensemble, comme ce week-end, de manière unitaire et déterminée."

Rendez-vous est donc donné dès maintenant à la Gare pour résister à l’expulsion, demain et partout se mobiliser face aux premiers travaux imminents !

Joël Domenjoud

Depuis quelques mois les choses s’accélèrent à Bure : au terme d’un an de tractations pour arracher à des dizaines de propriétaires terriens des centaines d’hectares qu’il manque au projet Cigéo pour entamer ses premiers travaux, les expropriations des propriétaires qui ont refusé les offres d’échange et rachat, se sont précisées au printemps.
Visites du juge des expropriations et procédures se sont enchaînées rapidement : dès la fin de l’été, le terrain de lutte historique de l’ancienne gare de Luméville, situé sur le tracé projeté de la voie ferrée devant acheminer les colis radioactifs vers le centre d’enfouissement, est déjà menacé d’une possible expulsion de ses habitant·es. Terrain incontournable de toutes les mobilisations à Bure depuis maintenant 20 ans, il a vu passer des dizaines de milliers de personnes lors des nombreux événements qui s’y déroulent tout au long de l’année.

Au-delà de la Gare, avec l’accaparement et l’expropriation de centaines d’hectares de terres, il était important pour l’opposition à Cigéo de signifier que la lutte parvient à un nouveau tournant décisif de mobilisation, que d’ici quelques mois Cigéo pourrait cesser d’être un monstre de papier et qu’il pourrait prendre corps très rapidement avec la mise en chantier tous azimuts des tracés de dessertes routières, de voies ferroviaires, d’un transformateur électrique et d’installations de surface du centre d’enfouissement.
La lutte contre le projet Cigéo est donc à un moment charnière : en expropriant surface et tréfonds, l’Andra artificialise et bétonne les terres et leurs sous-sols, les premières pour des décennies, les seconds pour une éternité. Ce sont tout à la fois générations passées, présentes et futures qui sont expropriées de leur histoire et leur avenir.

La Manif du futur à Bure

La "manifestation du futur" convoquée par l’opposition le 20 septembre s’est voulue le point de convergence et de rencontre entre toutes ces générations pour faire bifurquer ensemble le futur, en manifestant côte à côte simultanément hier, aujourd’hui et demain. Un moment symbolique pour donner rendez-vous à toutes celles et ceux qui sont venu·es à Bure au cours des 30 dernières années de lutte, y habitent, sont engagé·es aujourd’hui, et y vivront demain.
Avec un cortège au départ de Mandres-en-Barrois de plus de 1500 participant·es, venu·es de toute la France et même au-delà, c’est un pari réussi de mobilisation pour les composant·es de la lutte contre Cigéo qui se sont retrouvé·es en assemblées au cours des cinq mois passés pour organiser cette mobilisation. La pression était de taille, avec le souvenir encore brûlant de la manifestation du 15 août 2017 lourdement réprimée et qui avait alors occasionné des blessures graves et la mutilation de Robin Pagès. Sans compter les suites judiciaires à l’encontre de ses organisateur·ices présumé·es dans la tristement notoire "association de malfaiteurs de Bure", qui auront duré près de huit ans avant d’aboutir à une relaxe générale et définitive.

Chars du futur, figure géante de l’Hydre des luttes pour l’eau, banderoles et déguisements futuristes se sont rassemblés à partir de midi devant l’Augustine, haut lieu d’activités de la lutte à Mandres-en-Barrois, dans une ambiance chaleureuse de chants et fanfares. Cantines et stands ont transformé le temps d’un repas, le centre du village de 140 habitant·es en un lieu fourmillant de vie.

Réseau "Sortir du nucléaire"

Le matin un cortège de dizaines de vélos, qui a fait le tour des villages environnant le laboratoire de l’Andra pour y déposer des "capsules temporelles" contenant les messages des opposant·es à Cigéo adressés à l’avenir, a fait son arrivée remarquée dans une foule déjà dense.

Après une conférence de presse unitaire à 13h des composantes de la lutte aux côtés de Greenpeace France, du Réseau "Sortir du nucléaire" et du syndicat Solidaires, une prise de parole sur la place centrale de Mandres-en-Barrois a donné le coup d’envoi de la manifestation. L’occasion pour les portes-paroles du jour de rappeler les enjeux à se mobiliser fortement dans les prochaines semaines et mois sur place, à Bure.
Le cortège s’est étiré vers 14h sous une myriade de parapluies jaunes et noirs, en direction de Bure, avant de se scinder en sortie de village, avec un cortège autonome de près de plusieurs centaines de participant·es qui s’est dirigé vers le laboratoire et son impressionnant dispositif policier. Nouveaux blindés de la gendarmerie, drones, et près d’un millier de gendarmes, la moitié armurée de pied en cap, ont transformé le périmètre en un véritable camp retranché. Il faut dire que les communications par voie de presse du préfet, la veille de la manifestation, annonçaient la couleur avec l’évocation de la venue de hordes violentes depuis l’étranger, déterminées à en découdre.
Sous un ciel bleu, sur le vaste plateau céréalier que domine le laboratoire, le tableau était saisissant avec d’un côté la ligne étirée d’un cortège autonome face à une armada en bleu, et en vis-à-vis d’elle, en surplomb de la plaine céréalière, celle colorée du cortège principal, et entre les deux des nuages lacrymogènes, des parapluies jaunes et noirs ponctuant l’horizon de part en part à travers des champs fraîchement moissonnés.

Quelques heures de marche plus tard, après une halte rafraîchissante dans le village de Bure et un nouveau passage mouvementé et gazé aux abords du Bois Lejuc, lourdement gardé lui aussi, la manifestation, fourbue mais heureuse, est parvenue à son terme, les un·es repartant dans les six bus venus pour la journée, les autres rejoignant le campement installé pour l’occasion dans les champs de l’agriculteur Jean-Pierre Simon.

Réseau "Sortir du nucléaire"

Quelques centaines de participant·es à la manifestation se sont partagé·es entre ce campement et celui de Septembre infini pour une soirée de concerts et de repos. Une grosse logistique et un important défi d’articulation des espaces et temporalités pour une lutte qui, en quelques années, a gagné beaucoup d’expérience dans l’organisation collective et d’autonomie matérielle.

Le week-end s’est clos le dimanche sur une assemblée pluvieuse après une nuit diluvienne, mais les perspectives de mobilisation sont posées pour les prochains mois avec un appel à réveiller les comités de soutien et relayer la lutte par des soirées d’information, des actions partout sur le territoire dans les mois à venir.

Dans la continuité d’un mois de septembre infini qui a vu des ateliers, projections, discussions, spectacles, concerts, rencontres de créations d’affiches, d’inter-cantines et la création d’un fanzine avec le lancement d’un centre automédia, l’occupation à la Gare est appelée à se poursuivre, être appropriée largement et collectivement, au-delà de la date d’expulsabilité du 11 octobre 2025.

En conclusion de cet intense et beau mois de mobilisation, l’opposition à Cigéo rappelle dans son communiqué : "Face aux expulsions, face au début des travaux préparatoires, face au saccage du territoire que l’Andra s’apprête à commettre, face au chaos semé par la Préfecture durant toute cette semaine, nous sommes prêt·es à résister et à nous tenir ensemble, comme ce week-end, de manière unitaire et déterminée."

Rendez-vous est donc donné dès maintenant à la Gare pour résister à l’expulsion, demain et partout se mobiliser face aux premiers travaux imminents !

Joël Domenjoud



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