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Des accidents nucléaires partout

Russie : Nionoska : Explosion nucléaire sur une base militaire




10 août 2019


Une explosion a eu lieu jeudi 8 août 2019 dans le nord de la Russie, sur une base militaire. Selon l’AFP, les autorités russes ont reconnu, après 2 jours de silence, que l’explosion, survenue lors du test d’un moteur de missile à source d’énergie isotopique, était nucléaire. L’agence nucléaire russe Rosatom a annoncé un bilan de plusieurs victimes* : 5 morts et 3 blessés, mais le nombre exact reste incertain. Selon le ministère des Situations d’urgence, des pics de radiations largement supérieurs à la normale ont été enregistrés, allant jusqu’à 2 microsieverts/heure (la limite réglementaire est à 0.6 microsievert/heure). Mais là encore les éléments communiqués par les autorités ne sont pas clairs : le ministère de la Défense affirme qu’aucun produit radioactif ne s’est dégagé dans l’atmosphère. La population, inquiète, a tenté de s’approvisionner en pastilles d’iodes dont les stocks locaux ont rapidement été épuisés. Mais l’iode stable n’est d’aucune protection contre les contaminations engendrées par les radionucléides habituellement utilisés comme source d’énergie (isotopes radioactifs du plutonium, du polonium, de l’américium, du cérium…).

Greenpeace Russie a décidé d’envoyer ses experts sur place. Dans un communiqué, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) s’interroge sur la puissance des sources radioactives possiblement utilisées. Elle appelle les autorités à préciser la nature de la source radioactive utilisée dans le missile et les concentrations dans l’air respiré par les personnes exposées. En effet, les radionucléides sélectionnés pour constituer des sources d’énergie sont des émetteurs de rayonnement très puissants - et souvent de rayonnement alpha qui sont très radiotoxiques dès lors qu’ils sont incorporés, en particulier s’ils sont inhalés. La Criirad et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) soulignent la nécessité de disposer de ces éléments pour évaluer les risques pour la santé et l’environnement. L’IRSN a affirmé qu’aucune balise de surveillance atmosphérique en Europe occidentale n’a relevé la présence de radionucléide inhabituel ni d’augmentation du niveau de radioactivité observé classiquement. Les informations manquantes ne seront peut être jamais connues. Mais dans le doute et par précaution, la première nécessité est de protéger les populations et de s’assurer que personne n’ait pu consommer d’aliments contaminés par les dépôts radioactifs sur les sols et les eaux.


Ce que disent les médias :

  • AFP : La Russie reconnait le caractère nucléaire de l’explosion sur une base militaire

Publié le 10 août 2019

Après deux jours de silence, la Russie a reconnu samedi que l’explosion survenue jeudi sur une base de lancement de missiles dans le Grand Nord avait un caractère nucléaire, revoyant aussi à la hausse le bilan, désormais d’au moins cinq morts.

Dans un communiqué, l’agence nucléaire russe Rosatom a annoncé que cinq membres de son personnel ont été tués dans cette explosion, ajoutant que trois autres personnes, victimes de brûlures, avaient été blessées.

Rosatom a précisé que ses personnels fournissaient de l’ingénierie et du support technique pour "la source d’énergie isotopique" du moteur du missile, alors que l’armée n’avait pas décrit l’accident comme impliquant du combustible nucléaire.

Immédiatement après l’accident, le ministère de la Défense avait seulement indiqué que les faits s’étaient produits lors de l’essai d’un "moteur-fusée à ergols liquides" et fait état de deux "spécialistes morts des suites de leurs blessures" et six autres blessés.

Il n’était pas clair samedi si les cinq morts évoqués par Rosatom incluaient aussi les "spécialistes" dont la mort a été annoncé par l’armée.

Les autorités n’ont jusqu’à présent publié que peu de détails sur l’accident qui a touché une base du village de Nionoksa, ouverte en 1954 et spécialisée dans les essais de missiles de la flotte russe, notamment des missiles balistiques.

Si l’armée russe et un porte-parole du gouverneur régional ont déclaré jeudi qu’il "n’y a pas eu de contamination radioactive", la mairie de Severodvinsk, ville de 190.000 habitants à une trentaine de kilomètres de la base, avait assuré sur son site internet que ses capteurs avaient "enregistré une brève hausse de la radioactivité".

Le post a ensuite été retiré du site internet de la mairie, qui n’a pas non plus précisé jusqu’à quel niveau était montée la radioactivité.

"Brève" hausse de la radioactivité

Un responsable local de la défense civile, Valentin Magomedov, a lui déclaré à l’agence de presse TASS que le niveau de radiation était monté jusqu’à 2.0 microsievert par heure pendant trente minutes, la limite règlementaire d’exposition étant de 0,6 microsievert par heure.

Samedi, Greenpeace Russie a publié une lettre de responsables d’un centre de recherche nucléaire donnant le même chiffre, mais affirmant que les radiations ont duré au moins une heure, sans que cela présente de risques pour la santé selon les responsables.

Les habitants de Severodvinsk se sont en tout cas rués dès vendredi sur les stocks d’iode et d’iodifères vendus en pharmacie.

"Les événements d’hier (jeudi, ndlr) ont bouleversé la ville. Les gens ont paniqué. En une heure on a vendu tous les stocks", a déclaré à l’AFP une pharmacienne de la ville, Elena Varinskaïa, précisant avoir "distribué des fiches contenant toutes les règles à suivre en cas de contamination radioactive".

Des médias russes ont publié une vidéo non sourcée affirmant qu’elle montrait des files d’ambulances traversant Moscou vers un centre spécialisé dans le traitement des victimes de radiations.

Selon Rosatom, les blessés sont soignés dans "un centre médical spécialisé".

Un expert de l’Institut pour la recherche nucléaire de Moscou, Boris Jouïkov a déclaré au site du quotidien RBK que les sources d’énergie isotopiques servaient principalement dans l’industrie spatiale et ne présentaient habituellement pas de danger pour les utilisateurs.

"Si elles sont endommagées, les personnes alentour pourraient être blessées. Différents éléments peuvent être utilisés en qualité de combustible dans les sources isotopiques : plutonium, promethium ou cerium", a-t-il ajouté.

Les niveaux de radioactivité impliqués n’ont "absolument rien de comparable avec ceux d’accidents sérieux dans des réacteurs", a-t-il assuré.

Le pire accident nucléaire de l’histoire a eu lieu en 1986 en Union soviétique, dans la centrale ukrainienne de Tchernobyl, les autorités ayant été accusées d’avoir cherché plusieurs semaines à cacher l’ampleur du désastre.

https://www.afp.com/fr/infos/334/la-russie-reconnait-le-caractere-nucleaire-de-lexplosion-sur-une-base-militaire-doc-1jg2xb3

  • RFI : Base militaire accidentée en Russie : inquiétude sur une contamination radioactive

Publié le 10 août 2019

En Russie, le dernier bilan de l’accident sur un site d’essais militaires dans le Grand nord est de cinq morts et trois blessés. Et la population s’inquiète d’une éventuelle pollution radioactive. Greenpeace Russie a décidé d’envoyer sur place ses propres experts.

En Russie, après la très forte explosion jeudi sur une base militaire, la population s’inquiète et tente de s’approvisionner en pastilles d’iode pour contrer d’éventuelles radiations. Le ministère russe de la Défense assure pourtant que dans cet accident qui a fait selon un dernier bilan cinq morts et 3 blessés, aucun produit radioactif ne s’est dégagé dans l’atmosphère.

Mais les autorités locales contactées par l’organisme de défense de l’environnement Greenpeace ont constaté des pics de radiation bien supérieurs à la normale après l’explosion. « Juste après l’explosion, il y a eu un pic de radiation, nous explique Rach Alimov de Greenpeace Russie, joint par téléphone. Le ministère de la Défense a tout de suite nié. Mais l’administration régionale a publié cette information. Et cette information a maintenant disparu de son site.

Mais cette information nous a été confirmée par le ministère des Situations d’urgence. Sa branche locale admet une augmentation des radiations à un niveau 20 fois supérieur à la normale. Une telle augmentation pourrait indiquer que des actifs radioactifs ont été émis dans l’air. Nous devons donc savoir quelles sont ces substances et savoir aussi ce qu’il s’est vraiment passé. »

Aussi l’ONG a décidé d’envoyer sur place ses propres experts pour effectuer des mesures.

Dans un communiqué diffusé jeudi, le ministère de la Défense indiquait que l’accident s’était produit lors de l’essai d’un « moteur-fusée à ergols liquides ». La base militaire, située à Nionoksa, a ouvert en 1954 et sert à des essais de missiles de la flotte russe. Des missiles balistiques y sont notamment testés, précise l’AFP.

http://www.rfi.fr/europe/20190810-base-militaire-russie-inquietude-contamination-radioactive-greenpeace


Ce que dit la CRIIRAD :

Communiqué du 13 août 2019

EXPLOSION PRÈS DE LA BASE MILITAIRE DE NIONOKSA, EN RUSSIE : Les autorités ont reconnu la présence de matières radioactives mais continuent de nier tout risque radiologique.

Des informations contradictoires

Informée jeudi après-midi de l’explosion survenue le matin sur la base militaire de Nionoksa, en Russie, la CRIIRAD procédait à une certains nombre de recherches et vérifications. Elle récupérait notamment, sur le site de la ville de Severodvinsk, un communiqué faisant état de l’augmentation du niveau de rayonnement gamma enregistré par deux capteurs distincts de la ville, avec retour à la normale 2 heures plus tard. Le communiqué était rapidement retiré et le ministère russe de la Défense démentait toute contamination.

Les simulations réalisées par la CRIIRAD à l’aide du logiciel de modélisation Hysplit [1] montraient que si une explosion avait libéré des substances radioactives à 11h50 heure locale, elles auraient été transportées vers l’Est, et donc en direction de Severodvinsk, située à une trentaine de km à l’est de Nionoksa (cartes explicatives dans le communiqué du 9/07/2019). La CRIIRAD s’interrogeait en conclusion sur un lien éventuel entre l’élévation du niveau de rayonnement gamma et le nouveau missile de croisière Burevestnik, présenté en mars 2018 par Vladimir Poutine comme un engin à propulsion nucléaire.

Rosatom lève un coin du voile

Samedi 10 août, de nouvelles informations étaient apportées par un communiqué de l’agence Rosatom, l’agence fédérale russe de l’énergie nucléaire, puis par un communiqué de l’agence TASS citant les propos d’un responsable de Rosatom sans préciser son nom.

L’explosion s’est produite sur une plateforme installée dans la mer Blanche, au large de la base de Nionoksa. Elle a jeté plusieurs personnes à la mer et « les recherches se sont poursuivies tant qu’il restait de l’espoir de retrouver des survivants ». À leur terme, le bilan de l’explosion a été revu à la hausse : 5 employés de Rosatom ont été tués par l’explosion [2] ; 3 autres spécialistes sont blessés, atteints de brûlures graves, mais leurs jours ne sont pas en danger.

Rosatom a précisé que ses employés apportaient de l’ingénierie et du soutien technique pour « la source d’énergie isotopique » du moteur du missile, confirmant ainsi l’implication de matières radioactives.

Les soupçons de la CRIIRAD semblent confirmés

L’hypothèse envisagée jeudi soir par la CRIIRAD pourrait être la bonne : l’explosion a pu survenir au cours de tests pour un nouveau type de missile de croisière [3], référencé 9M730 Burevestnik par les Russes et SSC-X-9 Skyfall par l’OTAN. Les premiers essais auraient démarré en 2016 et le missile aurait été testé avec succès fin 2017 [4], le président Poutine le présentant ensuite au Parlement russe comme un missile à propulsion nucléaire.

Cette expression peut recouvrir deux réalités distinctes  : 1. l’utilisation de l’énergie produite par une source radioactive ; 2. l’utilisation de l’énergie libérée par les réactions de fission au sein d’un réacteur nucléaire. La CRIIRAD considère que la première hypothèse est la plus probable. À sa connaissance, un seul projet avait prévu de doter un missile de croisière d’un réacteur nucléaire : il émanait de l’armée de l’air américaine et a été abandonné au début des années 1960 [5] En matière d’applications miliaires, il faut cependant rester prudent. De toute façon, qu’il s’agisse d’une source radioactive ou de combustible nucléaire, l’explosion a concerné des matières radioactives.

Quelques précisions

Les communiqués officiels évoquent des tests sur un « moteur-fusée à ergols liquides ». Il s’agit là d’un dispositif de propulsion classique : le « moteur-fusée » est une catégorie de moteur à réaction : les gaz produits dans la chambre de combustion par une réaction chimique exothermique sont expulsés par l’arrière provoquant une poussée de force égale dans la direction opposée. Ce mécanisme est adapté au lancement des fusées et des missiles. Les moteurs-fusées peuvent être alimentés par des ergols solides ou liquides. Le moteur-fusée à ergols liquides utilise un ou plusieurs ergols [6] stockés à l’état liquide. Une fois injectés dans la chambre de combustion, ils brûlent et produisent des gaz qui sont accélérés puis éjectés à grande vitesse, ce qui produit la poussée. Cette réaction chimique classique ne peut pas conduire à la formation de produits radioactifs.

On peut en revanche imaginer que ce dispositif classique a été complété par un second dispositif permettant au missile de disposer de deux sources d’alimentation : une source d’énergie conventionnelle pour le lancement ; une source radioactive pour le maintien en vol du missile. L’avantage est qu’une petite quantité de matière radioactive permet de fournir de l’énergie pendant une très longue durée.

Il ne faut pas confondre l’énergie libérée par une « source radioactive » et celle produite par un « réacteur nucléaire ». Ce dernier produit de l’énergie à partir d’un combustible nucléaire contenant des radionucléides fissiles : la fission des noyaux d’uranium 235 ou plutonium 239 produit de la chaleur et toute une série de produits de fission très radioactifs. Il faut contrôler le flux de neutrons pour éviter l’emballement de la réaction en chaîne.

Rien de tel avec les sources radioactives puisque l’énergie provient de la désintégration spontanée du noyau des atomes radioactifs. Les radionucléides sélectionnés pour ces applications sont des radionucléides qui se désintègrent en émettant des rayonnements de très forte énergie. Dans les dispositifs qui équipent les sondes spatiales, la chaleur dégagée est ensuite convertie en électricité. Dans le cas d’un missile, la chaleur pourrait être utilisée directement pour la propulsion, sans avoir à la convertir en électricité.

L’inconvénient est évidemment la présence d’une source radioactive très radiotoxique. Elle pourra être endommagée ou perdue en mer lors des essais de mise au point, dispersée si le missile explose accidentellement ou dans le cadre d’une action militaire (provoquant une contamination radioactive même si la charge du missile est un explosif conventionnel).

Quels radionucléides et quels risques ?

Toutes les déclarations officielles concluent à l’absence de tout risque radiologique mais sans produire les chiffres qui le prouveraient.

Les rares chiffres disponibles ne concernent que l’exposition externe

Selon le chef du département de la défense civile de l’administration de Severodvinsk, Valentin Magomedov, le niveau de radiation est monté jusqu’à 2 microsieverts par heure pendant trente minutes, soit une multiplication par 20 du niveau ambiant habituel ; d’après Greenpeace Russie, cette élévation est confirmée par les données du ministère des situations d’urgence et par le responsable d’un centre de recherche (mais pour une durée d’au moins une heure et non plus de 30 mn).

Pour les autorités, ces niveaux d’exposition sont sans conséquence pour la santé. Si l’on se limite à l’exposition externe, l’impact sanitaire est effectivement très limité (en tout cas à plusieurs dizaines de km du lieu de l’explosion) mais qu’en est-il de la contamination interne ?

Pour déterminer les risques pour la santé et pour l’environnement, on ne peut se contenter des relevés de débits de dose ; il faut impérativement connaître la nature du (ou des) radionucléide(s) mis en œuvre, l’activité totale présente dans le missile et les concentrations dans l’air qu’ont respiré les personnes présentes dans les différents secteurs impactés. Il faudrait également s’assurer que personne n’a pu consommer d’aliments contaminés par les dépôts radioactifs sur les sols et les eaux.
Les radionucléides sélectionnés pour constituer des sources d’énergie sont des émetteurs de rayonnement très puissants. Il s’agit souvent de radionucléides émetteurs de rayonnement alpha qui sont très radiotoxiques dès lors qu’ils sont incorporés, en particulier s’ils sont inhalés. C’est notamment le cas du plutonium 238 et du polonium 210 [7].

Il faut également souligner que les radionucléides utilisés ont le plus souvent des émissions gamma de faible intensité : émission gamma faible pour l’américium 241 ; très faible pour le plutonium 238, les isotopes 142 et
144 du cérium ; nulle pour le polonium 210 et le strontium 90 [8]. Si l’un de ces radionucléides est dispersé par une explosion, l’incidence sur le niveau de rayonnement gamma ambiant mesuré par les capteurs restera limitée et l’air respiré par la population pourra être fortement contaminé sans provoquer d’alerte.

Dans un tel contexte, une multiplication par 20 du bruit de fond ambiant peut correspondre à une contamination de l’air extrêmement élevée. Les autorités doivent impérativement préciser la nature de la source radioactive utilisée dans le missile qui a explosé. Il est impossible de tenir des propos rassurants sur l’absence de risque sans disposer d’information sur la nature et l’intensité de la contamination. À ce jour, aucune information n’a été donnée sur l’activité volumique de l’air que ce soit sur le site d’essai ou dans les communes environnantes.

Certains communiqués ont fait état de la ruée de la population sur les pharmacies pour se procurer des comprimés d’iode stable ou à défaut des médicaments contenant de l’iode stable. L’absorption d’iode stable est sans aucun effet sur les contaminations provoquées par les radionucléides habituellement utilisés comme source d’énergie (isotopes radioactifs du plutonium, du polonium, de l’américium, du cérium…).

Des informations doivent être apportées sur les conditions de dispersion de la matière radioactive par l’explosion. Les débris les plus lourds sont retombés à proximité du lieu de l’explosion mais une partie a pu être vapo- risée et transportée sur de longues distances. Des contrôles doivent être mis en œuvre pour déterminer les éventuelles zones d’impact et procéder, sur les secteurs terrestres, aux opérations de décontamination des zones où les retombées se sont produites. Dans l’attente des résultats, des mesures de précaution doivent être appliquées aux productions alimentaires locales. L’administration des ports de l’Arctique occidental a indiqué que la navigation serait interdite pendant un mois dans la baie de Dvina mais la décision paraît plus axèe sur le secret-défense que sur la protection des personnes.

Complément : l’analyse de l’équipe de Jeffrey Lewis :

Le directeur du programme de non-prolifération pour l’Asie de l’Est à l’Institut d’études internationales de Middlebury a procédé avec son équipe à l’analyse de différentes données et notamment d’images satellitaires. Selon lui, certains équipements du site nucléaire militaire de Nouvelle-Zemble auraient été démontés et réinstallés à Nionoksa. L’examen des signaux [9] émis par les navires situés au large des côtes le jour de l’explosion lui aurait permis d’identifier le Serebryanka, un navire spécialisé utilisé pour la collecte et le stockage de déchets nucléaires, déjà repéré au large de la Nouvelle-Zemble. "Vous n’avez pas besoin de ce vaisseau pour des tests de missiles conventionnels", a déclaré Jeffrey Lewis. "Vous en avez besoin lorsque vous récupérez une unité de propulsion nucléaire sur le fond de la mer." Il souligne également que le Serebryanka était situé à l’intérieur d’une "zone d’exclusion" établie au large de la côte un mois avant l’essai, afin d’empêcher les navires non autorisés d’entrer.

http://2pckq.r.ca.d.sendibm2.com/mk/cl/f/X4hfS2-JFUB5-pF-QX4tCO4jwLOIm_MaFU8xqqNIWI1uYu0t5QRoEcHtmnx9UgMl8BZ5MXbtxNFAdvKVs-wPNNY1T9jfGqqLgIhnosnVIJXZlyKHtp_GboHOwElbvzdoCj_C70JCZlmP3lc_C9Q0JUr1r0IH9N0k2ClOa9d9Z0oD1p3r8usKE3gSGjGu1q8dt_ubfnnFJ5YDxwh624Qc6t54mFi9HwztkPOWrDe81GlIzqoueyWNdWN8y-PcxfI5XibQyKIObUyTJ9WRWh2y8JxiPES0Ysc4sHAq80wspu7Xnu2z-ew9X4HPv2E7qUTIas0zAAHHr6jhpXfvfy9iBAy4urlqmtOjucQpi5Wn_ezQ76XPmviSxwmfwOauQnyg5g


Ce que dit l’IRSN :

Note d’information de l’IRSN sur l’incident nucléaire du 8 août 2019 ayant affecté une installation militaire dans la région d’Arkhangelsk en Russie

15/08/2019

Un incendie et une explosion se sont produits le 8 août 2019 au sein d’installations militaires situées à proximité de la ville de Nyonoksa dans la province d’Arkhangelsk, à l’extrémité nord-ouest de la Fédération de Russie. Ces évènements auraient causé cinq morts et au moins trois blessés, ils s’inscriraient dans le cadre de l’essai d’un missile.

Les premiers éléments d’information relayés par l’Agence France Presse (AFP) notamment, indiquent qu’une légère augmentation du débit de dose radiologique a été enregistrée quelques heures après l’événement dans la ville voisine de Severodvinsk, située à une trentaine de kilomètres à l’est du site, et que, dans les 3 heures qui ont suivi cette hausse, le débit de dose était revenu à sa valeur habituelle.

À ce jour, depuis que s’est produit l’événement en Russie, aucune balise du réseau Téléray (réseau de télésurveillance de la radioactivité dans l’air de l’IRSN) n’a relevé d’activité radiologique anormale.

Au-delà du territoire national et pour l’Europe, l’IRSN s’appuie sur le réseau Ring of Five (Ro5), réseau d’échange rapide d’informations entre scientifiques travaillant dans les organismes en charge de la surveillance de la radioactivité. A ce jour, aucune des stations de surveillance de la radioactivité de l’atmosphère située en Europe occidentale et aucun des membres du réseau Ro5 n’a signalé d’augmentation des niveaux de la radioactivité habituellement constatée dans l’air ou n’a signalé la présence d’un radionucléide inhabituel.

Télécharger la note d’information de l’IRSN du 13 août 2019 "Informations de l’IRSN sur l’incident nucléaire ayant affecté une installation militaire dans la région d’Arkhangelsk (Russie) le 8 août 2019" (pdf)

En savoir plus sur l’organisation de la surveillance de la radioactivité de l’environnement en France

https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Pages/20190815_Note-information-IRSN-incident-nucleaire-du-8-aout-2019-installation-militaire-Russie.aspx


* Voir le communiqué de l’agence Rosatom du 10 août 2019 (en anglais) :
http://www.rosatom.ru/en/press-centre/news/rosatom-department-of-communications-statement/


[1Logiciel mis gracieusement à disposition sur le site du National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

[2Les 2 morts précédemment annoncés par le ministère de la Défense ne sont pas forcément inclus dans ce chiffre

[3Voir in fine quelques éléments de l’analyse de Jeffrey Lewis

[4Selon des sources américaines, en revanche, les 4 essais réalisés entre novembre 2017 et février 2018 n’auraient pas été concluants. Dans le meilleur des cas, le missile aurait parcouru 35 km avant de s’écraser après une perte de contrôle. L’accident se serait produit en mer de Barents, dans le secteur de l’île Ioujny qui forme le sud de la Nouvelle- Zemble.

[5Le projet SLAM (pour Supersonic Low Altitude Missile) a été conçu dans les années 50 et abandonné en 1964 (peut- être au vu des risques malgré des essais réussis et des dépenses colossales). Il s’agissait d’équiper le missile d’un réacteur utilisant la fission nucléaire comme source d’énergie plutôt qu’un carburant chimique. Le réacteur a été conçu au Laboratoire national Lawrence-Berkeley et deux prototypes (Tory-IIA et Tory-IIC) auraient été testés dans le désert du Nevada.

[6Par exemple du peroxyde d’hydrogène ou une association d’acide nitrique et de kérosène, d’hydrogène liquide et d’oxygène liquide (LOX), de peroxyde d’azote et de kérosène, de peroxyde d’azote et d’hydrazine, etc.

[7Le plutonium 238 est le radionucléide les plus utilisés pour les sondes spatiales : sa puissance spécifique est de 567 W/kg et sa période radioactive est d’environ 88 ans (temps nécessaire pour que son activité diminue de moitié) ; le polonium 210 a une puissance spécifique supérieure (140 000 W/kg) mais sa période radioactive n’est que de 138 jours, une décroissance trop rapide pour des utilisations sur le long terme.

[8L’utilisation du curium 242 (163 jours) et du curium 244 pose problème du fait d’un taux trop élevé de fissions spontanées, source d’émission de neutrons.

[9Système d’identification automatique (AIS).