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Sortir du nucléaire n°86

Été 2020

Artistes

Rencontre avec Nicole Le Garrec

Été 2020 | réalisatrice de “Plogoff, des pierres contre des fusils“




Nicole et son mari Félix Le Garrec, deux militants antinucléaires bretons et réalisateurs de cinéma “engagé“, ont suivi les habitants de Plogoff en lutte contre la construction d’une centrale en 1980. L’annulation du projet fait partie des grandes victoires du mouvement antinucléaire.

© Legarrec


Pourquoi vous êtes-vous intéressés à la lutte à Plogoff ?

Avec Félix, on a hésité à un moment. J’étais persuadée qu’il fallait le faire, sinon il n’y aurait pas de film, les médias n’en rendraient pas compte, ça allait se perdre. Il fallait un film pour prolonger la mémoire. Quand on a vu la population face aux forces de l’ordre en surnombre dans ce village, on a sorti la caméra, il n’y avait plus d’hésitation.

Pourquoi la quasi-totalité des citoyens se sont-ils engagés ?

Trop c’était trop. Et ils ont senti qu’ils allaient perdre la maîtrise : le simple citoyen n’aurait rien à dire, puisqu’il fallait des spécialistes pour juger de la question du nucléaire. C’est la démocratie qui en prenait un coup

Dans un combat, on a besoin de tout le monde, des grands-mères et des gens différents. Il faut de la diversité et de la richesse dans la façon de se comporter, de résister. La grand-mère ouvrait sa porte aux jeunes qui fuyaient les gardes mobiles la nuit. C’est toute l’histoire de Plogoff.

Des éléments qui vous ont particulièrement surpris ?

J’ai été marquée par le rôle des femmes, parce qu’elles se sont mobilisées de façon spontanée face aux militaires. Elles ont tenu bon, elles tiraient les jeunes des mains des gardes mobiles quand ils se faisaient arrêter. Les femmes sympathisaient avec les militants qui venaient de l’extérieur, il y avait des choses belles qui se passaient dans les coulisses. Il y a eu des nuits d’affrontements plus violents et physiques, mais je n’y assistais pas. Que pensez-vous de la résistance contre le projet d’enfouissement des déchets à Bure ?

Nous y sommes allés avec l’équipe du film et j’ai été impressionnée. Ils ont restauré une ancienne ferme. On a senti là-bas une vraie organisation pour mettre quelque chose de durable en place. J’ai vu dans ce travail collectif une belle harmonie. Il n’y aura peut-être plus de “Plogoff“.

Aujourd’hui, on bouge plus qu’avant, à Plogoff les familles étaient là depuis des générations, ce qui créé un attachement particulier. À Bure c’est différent. Il y a moins d’habitants et moins de ressources. Et puis en Bretagne la marée noire de 1978 avait permis la création d’une mobilisation écologique.

Un message pour les nouveaux militants ?

On a besoin de tout le monde et de toutes les bonnes volontés, il ne faut pas avoir peur d’ouvrir le cercle. Et pour que ça dure, il faut aussi de la légèreté. Quand on s’amuse ça n’empêche pas de se battre au contraire. Dans ce combat pour la planète qui va être long, soyez créatifs ! Il faut surprendre, pour attirer. Parce que ce combat c’est le plus beau qu’on a à mener, on se sauve soi-même et la planète. On est interdépendants et unis. Je suis sûre qu’il va y avoir des victoires qui vont vous donner à vous les jeunes du bonheur.

Propos recueillis par Marie Liger

Pourquoi vous êtes-vous intéressés à la lutte à Plogoff ?

Avec Félix, on a hésité à un moment. J’étais persuadée qu’il fallait le faire, sinon il n’y aurait pas de film, les médias n’en rendraient pas compte, ça allait se perdre. Il fallait un film pour prolonger la mémoire. Quand on a vu la population face aux forces de l’ordre en surnombre dans ce village, on a sorti la caméra, il n’y avait plus d’hésitation.

Pourquoi la quasi-totalité des citoyens se sont-ils engagés ?

Trop c’était trop. Et ils ont senti qu’ils allaient perdre la maîtrise : le simple citoyen n’aurait rien à dire, puisqu’il fallait des spécialistes pour juger de la question du nucléaire. C’est la démocratie qui en prenait un coup

Dans un combat, on a besoin de tout le monde, des grands-mères et des gens différents. Il faut de la diversité et de la richesse dans la façon de se comporter, de résister. La grand-mère ouvrait sa porte aux jeunes qui fuyaient les gardes mobiles la nuit. C’est toute l’histoire de Plogoff.

Des éléments qui vous ont particulièrement surpris ?

J’ai été marquée par le rôle des femmes, parce qu’elles se sont mobilisées de façon spontanée face aux militaires. Elles ont tenu bon, elles tiraient les jeunes des mains des gardes mobiles quand ils se faisaient arrêter. Les femmes sympathisaient avec les militants qui venaient de l’extérieur, il y avait des choses belles qui se passaient dans les coulisses. Il y a eu des nuits d’affrontements plus violents et physiques, mais je n’y assistais pas. Que pensez-vous de la résistance contre le projet d’enfouissement des déchets à Bure ?

Nous y sommes allés avec l’équipe du film et j’ai été impressionnée. Ils ont restauré une ancienne ferme. On a senti là-bas une vraie organisation pour mettre quelque chose de durable en place. J’ai vu dans ce travail collectif une belle harmonie. Il n’y aura peut-être plus de “Plogoff“.

Aujourd’hui, on bouge plus qu’avant, à Plogoff les familles étaient là depuis des générations, ce qui créé un attachement particulier. À Bure c’est différent. Il y a moins d’habitants et moins de ressources. Et puis en Bretagne la marée noire de 1978 avait permis la création d’une mobilisation écologique.

Un message pour les nouveaux militants ?

On a besoin de tout le monde et de toutes les bonnes volontés, il ne faut pas avoir peur d’ouvrir le cercle. Et pour que ça dure, il faut aussi de la légèreté. Quand on s’amuse ça n’empêche pas de se battre au contraire. Dans ce combat pour la planète qui va être long, soyez créatifs ! Il faut surprendre, pour attirer. Parce que ce combat c’est le plus beau qu’on a à mener, on se sauve soi-même et la planète. On est interdépendants et unis. Je suis sûre qu’il va y avoir des victoires qui vont vous donner à vous les jeunes du bonheur.

Propos recueillis par Marie Liger



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Luttes et actions