Le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) a lancé hier, jeudi 18 janvier, une concertation publique sur la prolongation des réacteurs nucléaires de 1300 MW au-delà de 40 ans. L’objectif d’informer le public et de lui demander son avis est louable. Mais nous dénonçons vivement le fait même d’envisager la prolongation de ces réacteurs : ils présentent déjà des dysfonctionnements qui vont s’accentuer avec le temps.
Cette prolongation est au cœur de la stratégie énergétique du gouvernement depuis le discours de Belfort d’E. Macron le 10 février 2022.
Le 13 juin 2023, l’ASN a émis un avis très critique à ce sujet, et notamment en ce qui concerne les réacteurs de 1300 MW. Leurs enceintes à double paroi présentent des taux de fuite élevés. L’ASN estime "ne [pas] disposer des justifications associées" aux propos d’EDF estimant que les mesures mises en œuvre pour prolonger la durée de vie des réacteurs de 900 MW puissent justifier la prolongation de ceux de 1300 MW.
Le gouvernement souhaite par ailleurs augmenter la production des réacteurs nucléaires pour atteindre 400 TWh (alors même qu’elle ne fait que décroître depuis 2005 [1] et que ce phénomène risque bien de continuer).
Cela aurait pour conséquence d’augmenter la sollicitation de certaines pièces, dont certaines sont déjà sous tension selon l’avis de l’ASN, notamment du fait d’un vieillissement accéléré. En ce qui concerne des portions de tuyauterie du circuit primaire, elle estime ainsi que "la démonstration du caractère suffisant [des pistes d’actions présentées par EDF] n’est pas acquise à ce stade dans la perspective de la poursuite du fonctionnement de certains réacteurs au-delà de leur cinquième visite décennale". Rappelons également que certaines pièces, dont la cuve du réacteur, ne sont pas remplaçables. Ces cuves ont initialement été conçues pour durer 40 ans. De plus, elles sont soumises au principe d’exclusion de rupture. C’est-à-dire que les exigences au moment des processus de conception et de fabrication étaient telles qu’elles n’étaient pas censées pouvoir rompre. Et ces exigences n’ont pas toujours été respectées.
Le gouvernement a voté l’accélération des procédures administratives avec la loi d’accélération en juin 2023. Il pousse pour que soient également accélérées les procédures de contrôle de la sûreté avec la loi prévoyant la fusion de l’ASN et de l’IRSN. Dans ce contexte, nous dénonçons donc le fait que cette prolongation de l’ensemble du parc nucléaire risque de se faire au détriment de la sûreté des citoyen.ne.s qui est déjà malmenée. Et au vu de la manière dont leur avis est pris en compte, leur consultation risque malheureusement de ne rien changer.
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