Faire un don

Sortir du nucléaire n°109



Printemps 2026

PPE3 : le gouvernement Lecornu freine le développement des énergies renouvelables

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est un décret qui vise à fixer une sorte de "feuille de route" sur dix ans en matière énergétique. La troisième du genre a été publiée le 13 février 2026 pour la période 2026-2035. Mais sa portée réelle concerne essentiellement le rythme de déploiement des énergies renouvelables, qui se voit ralenti.

Alternatives et sortie du nucléaire Energies renouvelables Maîtrise de l’énergie Nucléaire et économie Subventions Projets nucléaires EPR2

La PPE3 intervient alors que l’étude de RTE de 2021, "Futurs énergétiques 2050", qui avait servi à cautionner les six EPR2 en projet, doit être mise à jour, à échéance de fin 2026, ce que prévoit d’ailleurs l’action COÛT.1 du document annexé à la PPE.

D’ores et déjà, le Bilan prévisionnel 2025-2035 de RTE, publié le 9 décembre 2025, reconnaît que les moyens de production d’électricité les plus coûteux, en particulier le nucléaire, ne pourraient être justifiés que dans le cas de la forte hausse de la consommation d’électricité initialement anticipée par RTE [1]. Or, à travers ce Bilan prévisionnel 2025-2035, RTE reconnaît que cette consommation est plus faible qu’il ne l’avait anticipé !

Les projets de réacteurs nucléaires EPR2 hors jeu

Avec une hausse de 41 % de leur coût (+ 21,1 milliards d’euros), avant même prise en compte de l’inflation et du coût du financement, les six EPR2 en projet sont définitivement hors jeu, y compris face à l’éolien offshore flottant. Alors que l’ADEME avait calculé en février 2022 un surcoût de 9 milliards pour 24 GW d’éoliennes offshore supplémentaires par rapport à 6 EPR2, le surcoût de 21,1 milliards d’euros des EPR2 a depuis effacé ce différentiel. Si la consommation d’électricité augmente réellement, on pourra donc utilement opter en dernier lieu pour des éoliennes offshore flottantes plutôt que pour des EPR2.

La France est en procédure de déficit excessif, elle ne peut logiquement pas proposer de prêt à taux zéro ou à taux bonifié à EDF pour financer ces EPR2, alors que les énergies renouvelables n’exigent pas ce type de financement. De plus, il n’y a pas eu de marché public pour les six EPR2 en projet, ni contre un mix 100 % renouvelable, ni même contre un concurrent de Framatome. La Commission européenne ne pourra logiquement pas accepter le subventionnement d’EPR2 par la France, conformément à la jurisprudence Paks II de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) du 11 septembre 2025.

Enfin, si la France suivait réellement la mauvaise trajectoire de ce décret PPE3, elle violerait ses engagements européens (directive RED III sur les énergies renouvelables qui fixe à 44 % la part de renouvelables dans la consommation brute d’énergie en 2030 et directive sur l’efficacité énergétique [2]), qui sont autant de garde-fous.

Pour rappel, les six EPR2 en projet n’ont pas encore obtenu de décret d’autorisation de création (DAC) ni de décision finale d’investissement.

Damien Renault


Notes

[1Page 67 sur 72 des principaux résultats et page 27 sur 34 du résumé exécutif.

[2Consommation énergétique finale à 1 243 TWh en 2030, toutes énergies confondues, et consommation maximale d’énergie primaire de 158,6 Mtep (soit 1 845 TWh) en 2030.



Soyez au coeur de l'information !

Tous les 3 mois, retrouvez 36 pages (en couleur) de brèves, interviews, articles, BD, alternatives concrètes, actions originales, luttes antinucléaires à l’étranger, décryptages, etc.

Je m'abonne à la revue du Réseau