Pas de centrales nucléaires dans un monde fluctuant !
Le XXIe siècle sera fluctuant, nous le voyons déjà dans notre quotidien rythmé par les crises socio-écologiques. Selon Olivier Hamant, la réponse à apporter n’est pas plus de performance ou d’optimisation, mais plus de robustesse, c’est-à-dire maintenir le système stable malgré les fluctuations, comme un roseau qui ploie sous la tempête mais ne se casse pas.
Olivier Hamant est biologiste, philosophe des sciences du vivant et directeur de recherche INRAE. Selon lui, si les sociétés humaines ont développé leur robustesse, notamment avec les politiques sociales, elles se sont surtout enfermées dans l’idéologie d’une performance soi-disant positive, qui nous mène dans le mur. L’ultra-libéralisme, avec son "objectif de croissance" construit un burn-out des êtres humains comme des écosystèmes. La croissance et le progrès donnent l’illusion de l’abondance, alors qu’ils créent la pénurie et menacent la viabilité de l’humanité sur Terre. En France, on gouverne maintenant par ordonnance, pour faire passer des "lois d’accélération", notamment sur les questions nucléaires, grâce aux articles 47-1 et 49-3 de la Constitution. Pour justifier ces raccourcis, le gouvernement brandit systématiquement l’exigence d’efficacité.
L’histoire a montré que quand on a beaucoup d’énergie à disposition, elle nous donne un avantage compétitif ; on fait donc la guerre ! Les deux guerres mondiales ont été déclenchées à l’ère du charbon et du pétrole abondants. Ce qui nous protège de la Troisième guerre aujourd’hui, qui nécessiterait des quantités d’énergie phénoménales, c’est le manque de moyens. Selon Olivier Hamant, il est donc primordial que le projet ITER, dans lequel on dépense des milliards, échoue, tant il est inquiétant qu’un tel projet voie le jour dans un monde peuplé de Trump, Poutine, Netanyahou et autre Erdogan…
Le renouvellement des centrales à fission nucléaire dans un monde fluctuant n’est pas non plus réaliste : c’est un point de faiblesse extrême évident ‒ la centrale ukrainienne de Zaporijjia en est un exemple actuel criant. Et un micro-réacteur n’est rien moins qu’une potentielle bombe sale que l’on disperse.
La robustesse crée un espace de viabilité, c’est-à-dire les conditions dans lesquelles on ne tombe pas. Elle se distingue de la résilience qui implique la chute avant le rebond. Dans notre monde néolibéral, la résilience est même devenue une injonction à tomber et à se relever. La politique nationale au Japon après Fukushima a été très frappante ; elle se résume en une phrase "pour ne pas avoir peur des radiations, il faut s’exposer". On voit dans ce cas précis les limites de la résilience !
Et si, au lieu de produire et de consommer toujours plus, nous apprenions à construire des systèmes capables de s’adapter, de coopérer et de se régénérer sur le long terme ? Comment penser une société qui valorise la robustesse ? Interrogeons-nous sur la part d’énergie utilisée à des fins toxiques pour l’environnement. Si l’on construit aujourd’hui des centrales pour alimenter par exemple l’industrie de la fast-fashion, quel est l’intérêt ? Olivier Hamant serait favorable à mettre un plafond sur nos consommations d’énergie, au-delà duquel la ressource devient bien plus chère, comme cela a été fait pour l’eau dans certaines villes (premiers m³ gratuits, puis tarif standard, et bien plus cher au-delà d’un seuil).
Nous nous trouvons à un moment de bascule, avec un grand mouvement de masse partout dans le monde [1], qui privilégie les interactions humaines, au service de la robustesse du groupe. Le rôle des instances publiques et politiques est de l’accompagner. Bien heureusement la bifurcation est déjà entamée : agroécologie, réparation des biens de consommations, économie de la fonctionnalité, bioéconomie circulaire, recherche participative, etc., sont autant de premiers pas vers le monde robuste de demain. Dans le champ énergétique, cela implique la promotion de systèmes divers, circulaires, et décentralisés, c’est-à-dire des sources d’énergies renouvelables, et non le nucléaire.
Myriam Battarel
