Les chauffages électriques français consomment 1/3 des TéraWatts-heures du pays, pour le moment...
Faciles à installer dans les habitations et les bureaux, les chauffages électriques sont des gouffres financiers pour les foyers, les entreprises et les bâtiments publics. Chez les ménages les plus modestes, les convecteurs "grille-pain" sont une calamité. Si ces équipements étaient remplacés par des solutions plus efficaces, tout le monde serait gagnant : moins de factures, moins de pics de consommation électrique et moins d’émissions de déchets radioactifs.
Finie l’époque où le chauffage électrique était considéré comme plus émetteur de CO2 que le chauffage au gaz, à cause de son usage saisonnier en pointe couvert par des centrales au charbon, quand le nucléaire ne pouvait plus suivre la hausse de la demande hivernale (pics de grands froids). Car oui, le charbon en France a quasi disparu [1]… et les grands froids aussi. Par contre, les chauffages électriques français sont encore responsables d’environ un tiers des déchets du nucléaire [2].
Ce tiers de la consommation électrique du pays était auparavant assez difficile à prouver en France. Mais on peut désormais le calculer assez simplement depuis le rapport annuel "Bilan électrique 2024" de RTE et surtout grâce à son chapitre complet intitulé "Électrification des usages" dans lequel il est enfin possible de connaître le nombre de TéraWatts-heures (TWh) consommés par les chauffages électriques ("grille-pain" + pompes à chaleur) en France tous les ans. Ainsi, à la page 9 de ce chapitre [3], on obtient pour la France la consommation électrique de ces chauffages électriques et pompes à chaleur (Pac) dans les bâtiments résidentiels.
Cette consommation résidentielle atteint environ 90 TWh/an. Pour être complet au niveau de la consommation nationale, il faut y ajouter la consommation des chauffages électriques et Pac des bâtiments tertiaires. On passe alors de 90 TWh/an à environ 150 TWh/an [4] qui, rapportés aux 440 TWh électriques consommés chaque année en France en moyenne, représentent donc plus d’un tiers de la consommation électrique du pays ! Il y a donc là matière à dénoncer ce scandale des "grille-pains" français, certes alimentés en électricité de plus en plus "décarbonée" (grâce à l’augmentation de la part des renouvelables et la baisse des fossiles dans le mix électrique) mais encore beaucoup trop "irradiée" !
Quelles solutions pour réduire les chauffages électriques d’origine nucléaire ?
Ne soyons pas fatalistes et demandons-nous, dans ce secteur économique du résidentiel et du tertiaire, quelles seraient les solutions pour réduire significativement cette contribution au scandale des déchets du nucléaire. Ces solutions pour décarboner et désirradier le secteur du bâtiment sont connues depuis longtemps et sont toujours aussi urgentes.
- Remplacer un peu de ces "grille-pains" par des Pac 6 qui ne sont pourtant pas très économiques globalement pour les ménages mais cela permettrait de consommer moins d’électricité au niveau national. Ces installations de Pac coûtent plusieurs milliers d’euros, pour une durée de vie rarement supérieure à 20 ans. Si elles consomment deux à trois fois moins d’électricité que des convecteurs "grille-pains", elles subissent en moyenne depuis 20 ans une hausse générale du prix de l’électricité d’un facteur 2, et ne sont donc pas des solutions confortables financièrement et thermiquement.
- Remplacer un peu de ces "grille-pains" par des poêles à granulés de bois, neutres en CO2 (émission par combustion versus piégeage carbone par croissance végétale dont une partie intéressante reste dans le sol : racines, feuilles et humus). Toutefois, tous les bâtiments chauffés électriquement n’ont pas forcément la configuration pour accepter l’installation d’un poêle.
- Recourir à un peu d’autoconsommation solaire photovoltaïque hivernale au moment du pic solaire journalier, afin de réchauffer les murs et/ou les sols des bâtiments. Énergétiquement, ce n’est pas l’idéal mais c’est assez économique et installable partout où les rayons solaires passent.
- Aider financièrement les installations de chauffages solaires thermiques avec stockage d’eau chaude ( 300 litres/habitation). C’est très efficace même les "jours sans soleil" grâce au stockage de l’eau chaude. Mais il faut ressortir les vieux radiateurs en fonte pour y faire passer cette eau chaude (très économique).
- Aider financièrement l’ajout de ventilations double flux dans les bâtiments (centralisées lorsque c’est possible ou réparties ponctuellement dans des percements de murs). Une solution très efficace thermiquement et sanitairement.
- Recourir à un fournisseur d’électricité garantie 100 % renouvelables (Enercoop, etc.). C’est une décision personnelle.
Pour une vraie politique énergétique ambitieuse
Évidemment, en parallèle de ces solutions alternatives au chauffage électro-nucléaire, il faut continuer à exiger des aides financières pour isoler thermiquement les bâtiments "passoires". RTE dans son rapport annuel sur l’année 2024 écrivait ceci : "les dispositifs mis en place par l’État ont permis d’économiser environ 17,6 TWh [d’énergies de chauffage, électrique et thermique] par an depuis 2020" 7. Or, il serait possible d’augmenter très largement ces économies dans notre pays grâce à une vraie politique énergétique de rupture et avec un rythme d’isolation thermique annuelle d’un demi-million de logements par an, versus quelques dizaines de milliers par an en moyenne ces dernières années.
En prospective d’un futur plus lointain, il faudrait évoquer le phénomène irréversible des hivers de plus en plus doux et donc de la diminution irréversible de cet actuel gros secteur de consommation électrique de la France dans les bâtiments. D’ailleurs, dans les rapports annuels de RTE 8, il est bien montré qu’en France les pics de consommation électrique (en hiver) baissent globalement depuis 2012 (même tendance à la baisse pour la consommation électrique annuelle du pays). C’est une piste fiable qui prouve que dans les années à venir, le plus gros secteur de consommation électrique de la France va baisser !
Sylvain Houpert
Notes
[1] Grâce aux renouvelables électriques (et à une certaine surproduction électrique), la part du charbon dans le mix électrique français est passée depuis 2024 sous 0,2 %.
[2] Sauf si les habitations ou les bâtiments sont alimentés par un fournisseur garanti 100 % renouvelables (Enercoop, etc.)
[3] https://assets.rte-france.com/analyse-et-donnees/2025-03/BE2024 - ChapitreÉlectrification.pdf (dans le résidentiel : 90 TWh/an de chauffages électriques dont Pac, 2 TWh/an de climatisation, etc.)
[4] En France, la proportion de consommation énergétique (particulièrement en terme de chauffage) dans les bâtiments est répartie ainsi : 60 % dans les bâtiments résidentiels + 40 % dans les bâtiments tertiaires.
