Les renouvelables électriques dans un pays dirigé par des nucléoristes
La France n’est pas aidée par ses dirigeant·es pour développer les énergies renouvelables sur son territoire, seules options actuellement crédibles pour lutter contre le chaos climatique qui monte.
Tous les ans, l’association Observ’ER publie un bilan de la production renouvelable nationale. Dans son "Baromètre 2025 de l’électricité renouvelable en France", on apprend que les renouvelables électriques représentent désormais 1/3 de l’électricité consommée. Les 2/3 restants étant principalement représentés par du nucléaire, puisque le fioul et le charbon ne sont quasiment plus utilisés pour la production d’électricité (le gaz représentant 3 %).
Du côté de RTE, une analyse du mix de production électrique française, mois par mois, nous enseigne que le développement de l’éolien est à la traîne en France car il ne couvre pas encore assez la consommation électrique hivernale de notre pays aux millions de "passoires thermiques" équipées de "grille-pains" !
En effet, même si 1 GigaWatt éolien (terrestre et marin) supplémentaire installé tous les ans en France produit, à puissance égale et en moyenne annuelle, 2,5 fois plus que le solaire photovoltaïque (PV), ce dernier augmente sa puissance installée de 5,5 nouveaux GW tous les ans. Le solaire PV progresse donc plus vite que l’éolien. Or, il serait logique, vu que l’on consomme plus d’énergie en hiver (chauffage et éclairage), d’avoir plus d’éolien à installer que ce petit GW/an.
D’autre part, le graphique ci-dessous montre combien la surproduction électrique en France (les exports d’électricité en violet) est lourde. La France n’a pas besoin de cette électricité pour fonctionner. Cette surproduction est évacuée vers nos pays voisins. In fine, la réelle part des renouvelables dans la consommation d’électricité est bien de 1/3 et non de seulement 26 % (selon RTE : part des renouvelables dans la production d’électricité dont celle qui ne sert pas au pays car exportée).
Régionalement, les principales puissances installées cumulées sont les suivantes :
- 6,9 GW PV + 2,1 GW éoliens en Nouvelle-Aquitaine,
- 1,2 GW PV + 6,9 GW éoliens dans les Hauts-de-France,
- 2,6 GW PV + 5,1 GW éoliens dans le Grand Est,
- 5,4 GW PV + 1,9 GW éolien en Occitanie,
- 3,9 GW PV + 0,7 GW éolien en Auvergne-Rhône-Alpes,
- 2,1 GW PV + 2,5 GW éoliens en Pays de la Loire,
- 1,9 GW PV + 1,8 GW éolien en Centre-Val de Loire,
- 3,1 GW PV + 0,1 GW éolien en Sud-Provence-Alpes-Côte d’Azur,
- 1,1 GW PV + 2 GW éoliens en Bretagne,
- 1,7 GW PV + 1,2 GW éolien en Bourgogne-Franche-Comté,
- 0,6 GW PV + 1,6 GW éolien en Normandie,
- 0,5 GW PV + 0,1 GW éolien en Île-de-France.
Ces puissances renouvelables pourraient produire plus d’électricité propre si elles n’étaient pas victimes de règles anti-renouvelables qui leur interdisent de produire toute l’année dès que les prix de la bourse européenne de l’électricité (le marché "Spot") passent sous le 0 €/MWh, soit une perte de 2,5 TWh propres en 2025.
L’année 2026 s’oriente vers encore plus de pénalités pour le solaire et l’éolien puisque 0,14 TWh a déjà été perdu en février 2026 alors que ce mois n’est pas habituellement connu pour être riche en surplus solaire ni en épisodes de prix "Spot" négatifs. Ces épisodes sur le marché des exports d’électricité, commençant habituellement bien plus tard dans l’année (vers début avril), il est fort probable que ces règles anti-renouvelables typiques de cette France nucléoriste (seuls le solaire et l’éolien sont concernés ; pas le nucléaire !) finissent par ridiculiser notre pays au sein de nos voisins européens, qui eux s’orientent vers les 100 % renouvelables électriques vers 2035 !
Sylvain Houpert

