La Suisse a expulsé les "grille-pains" des logements
Les chauffages électriques dits "grille-pains" sont des boulets financiers pour les personnes qui en dépendent et un boulet pour la transition énergétique vers les renouvelables. En Suisse, la plupart des cantons ont voté l’interdiction de ces chauffages dépassés. De quoi inspirer la France.
Apprendre à remplacer
Dans les années 1970, en France comme en Suisse, la priorité énergétique était de se libérer du mazout devenu hors de prix. On a alors tout misé sur le chauffage électrique, dit "grille-pain", alimenté au nucléaire. Un tiers des foyers français en sont équipés et reçoivent aujourd’hui une facture de chauffage bien plus élevée qu’avec une chaudière au gaz, au fioul ou une pompe à chaleur (PAC). Isoler les passoires et remplacer ces chauffages voraces par une source de chaleur efficace et propre constitue une urgence sociale et écologique.
Le chauffage électrique représente le plus gros secteur de consommation hivernale, avec un autre mastodonte qui menace : les centres de données pour l’IA. Tant que ces méga-consommateurs seront maintenus et développés, tout déploiement des renouvelables ne servira qu’à alimenter ces monstres, au lieu de remplacer le trio mortel du XXe siècle : nucléaire, fioul et gaz.
Des obligations légales et des subventions sont nécessaires pour remplacer le chauffage électrique, avec un système tenant compte des capacités financières des propriétaires, des zones climatiques, et modulé selon une formule "carotte - bâton". On pourrait imaginer, par exemple, des subventions décroissantes les premières années, puis des pénalités croissantes les années suivantes.
S’inspirer de l’expérience
La Suisse subit aussi la facture sociale et écologique des chauffages électriques. Les cantons et la société civile disposent d’autonomie politique. Cela permet aux cantons progressistes d’agir en pionniers. Il y a 40 ans (1986), les citoyen·nes de Genève votaient à 59 % "oui" au référendum d’initiative citoyenne L’énergie, notre affaire, interdisant l’installation de chauffages électriques.
Depuis ce vote pionnier, d’autres ont suivi, avec des décisions prises par les parlements cantonaux de Neuchâtel, Jura, Bâle, Zürich et Schaffhouse. Le canton de Vaud alloue depuis 2022 l’équivalent de 15 000 euros à chaque propriétaire qui décide de remplacer son chauffage à fioul, gaz ou type "grille-pain". Les prescriptions énergétiques mises en place depuis 2014 par la Confédération pour harmoniser les lois cantonales sur l’énergie, préconisent l’interdiction au plus tard en 2033 des chauffages électriques et le subventionnement de leur remplacement. Les subventions fédérales sont souvent complétées par des aides cantonales, également pour le diagnostic personnalisé du bâtiment. En Suisse, il ne reste plus que 3 % des ménages chauffés à l’électricité.
Trumpisation de la Suisse
En décembre 2022, le parlement fédéral élisait au gouvernement Albert Rösti, qui jusque-là était président... du lobby pétrolier Swissoil ! Devenu ministre de l’Énergie, il détricote les politiques de transition énergétique mises en place précédemment. Pour un temps encore indéfini, le trumpisme en Suisse met des bâtons dans les roues des renouvelables, tente de renverser la décision de sortir du nucléaire et a fait acheter une centrale à gaz mobile "de réserve" de 250 MW.
Aujourd’hui, les foyers suisses se chauffent encore principalement au fioul et au gaz, mais la plupart des cantons rendent impossible l’installation de nouvelles chaudières à fossiles et les PAC air-eau progressent fortement : elles viennent en 3e position, avant le chauffage au bois (pellets) et le solaire thermique. Sortir du nucléaire et des fossiles ? Oui, c’est possible ! À condition d’avoir des politiques stables et d’éliminer les gaspillages.
Philippe de Rougemont, Sortir du nucléaire Suisse romande

