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Ne le saviez-vous pas ? Le média de base est pro-nucléaire

Publié initialement dans la revue Sortir du nucléaire n°99 le 1er octobre 2023, mis en ligne le 17 janvier 2024



Le nucléaire, énergie « puissante, pilotable, disponible », versus une énergie éolienne « meurtrière et inutile » : dans les médias, le traitement entre nucléaire et éolien diffère largement. C’est ce que révèle une étude rendue publique par le média généraliste indépendant The Conversation en 2023.



Enfonçons une porte ouverte : les médias mainstreams livrent la plupart du temps une vision positive du nucléaire. Pour autant, quand un pro-nucléaire vous sommera de lui fournir des chiffres pour étayer votre propos, comme cela arrive souvent, vous pourrez lui citer cet article intitulé « Nucléaire, éolien : quelle évolution du discours médiatique en France ? », publié par The Conversation. [1] Après analyse de plus de 17 années de presse écrite en France, soit plus de 34 000 articles publiés entre 2005 et 2022, deux universitaires de l’école de management de Grenoble (GEM) établissent avec clarté la construction médiatique du nucléaire comme solution énergétique privilégiée.

Les médias : un « quatrième pouvoir » trop rassurant sur le nucléaire

Jusqu’en 2010, l’étude note le thème de la sûreté comme prépondérant dans les articles traitant du nucléaire, mais ce thème disparaît peu à peu. Même l’accident de Fukushima ne suscite pas tant d’émoi à ce sujet, et n’aura produit que des promesses réversibles, comme celle de la réduction à 50 % de la production d’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2025 avancée par François Hollande. [2]

L’étude remarque que certes, on peut lire des titres de presse peu élogieux sur Flamanville, ses retards et ses coûts, mais atteste d’un « point de bascule » en 2017, avec un net retour en grâce du nucléaire, bénéficiant d’un « regain d’intérêt ».

Macron est donc bien le président du nucléaire : le discours sur la nécessité d’une énergie qui serait soi-disante « puissante, pilotable, disponible » s’impose et permet la justification de la relance. Il faut relever aussi que malgré la guerre en Ukraine et la situation critique autour de la centrale de Zaporijia, le nombre d’articles traitant de la sûreté nucléaire est en chute libre à cette période.

Versus la construction d’un imaginaire anti-éolien

En comparaison, le traitement médiatique de l’éolien est catastrophique. La presse met son focus dès le début des années 2000 sur les contestations de l’éolien, le « développement anarchique » de projets, et la description de toutes les nuisances visuelles, sonores. Les médias se réapproprient des arguments que les écologistes pourraient avancer pour faire basculer l’opinion : nuisance à la biodiversité, faible productivité, etc. L’étude rappelle la tribune effarante co-rédigée par Stéphane Bern dans Le Figaro en 2020, qui fustigeait « une politique éolienne meurtrière pour nos paysages et nos pêcheurs, inutile pour la défense du climat et bientôt insupportable pour les finances des particuliers comme pour celles de l’État ».

À Lire aussi :
Éolien : face aux idées reçues

L’étude conclue, sans surprise, à « une prépondérance persistante (dans les médias) des certitudes et du discours technique des nucléocrates » qui serait le reflet d’un « attachement historique du pays au nucléaire ».

Alors comment construire, dans ces conditions, une conversation citoyenne sereine sur l’énergie ?

Pour lire l’étude, cliquer ici.

Élisabeth Laporte


Notes

[1« Issu d’une étroite collaboration entre journalistes, universitaires et chercheurs, The Conversation France propose d’éclairer le débat public grâce à des analyses indépendantes sur des sujets d’actualité. » https://theconversation.com/fr/who-we-are

[2La loi du 22 juin 2023 a supprimé l’objectif de réduction à 50% de la part du nucléaire dans le mix électrique, déjà repoussée à l’horizon 2035.

Enfonçons une porte ouverte : les médias mainstreams livrent la plupart du temps une vision positive du nucléaire. Pour autant, quand un pro-nucléaire vous sommera de lui fournir des chiffres pour étayer votre propos, comme cela arrive souvent, vous pourrez lui citer cet article intitulé « Nucléaire, éolien : quelle évolution du discours médiatique en France ? », publié par The Conversation. [1] Après analyse de plus de 17 années de presse écrite en France, soit plus de 34 000 articles publiés entre 2005 et 2022, deux universitaires de l’école de management de Grenoble (GEM) établissent avec clarté la construction médiatique du nucléaire comme solution énergétique privilégiée.

Les médias : un « quatrième pouvoir » trop rassurant sur le nucléaire

Jusqu’en 2010, l’étude note le thème de la sûreté comme prépondérant dans les articles traitant du nucléaire, mais ce thème disparaît peu à peu. Même l’accident de Fukushima ne suscite pas tant d’émoi à ce sujet, et n’aura produit que des promesses réversibles, comme celle de la réduction à 50 % de la production d’électricité d’origine nucléaire à l’horizon 2025 avancée par François Hollande. [2]

L’étude remarque que certes, on peut lire des titres de presse peu élogieux sur Flamanville, ses retards et ses coûts, mais atteste d’un « point de bascule » en 2017, avec un net retour en grâce du nucléaire, bénéficiant d’un « regain d’intérêt ».

Macron est donc bien le président du nucléaire : le discours sur la nécessité d’une énergie qui serait soi-disante « puissante, pilotable, disponible » s’impose et permet la justification de la relance. Il faut relever aussi que malgré la guerre en Ukraine et la situation critique autour de la centrale de Zaporijia, le nombre d’articles traitant de la sûreté nucléaire est en chute libre à cette période.

Versus la construction d’un imaginaire anti-éolien

En comparaison, le traitement médiatique de l’éolien est catastrophique. La presse met son focus dès le début des années 2000 sur les contestations de l’éolien, le « développement anarchique » de projets, et la description de toutes les nuisances visuelles, sonores. Les médias se réapproprient des arguments que les écologistes pourraient avancer pour faire basculer l’opinion : nuisance à la biodiversité, faible productivité, etc. L’étude rappelle la tribune effarante co-rédigée par Stéphane Bern dans Le Figaro en 2020, qui fustigeait « une politique éolienne meurtrière pour nos paysages et nos pêcheurs, inutile pour la défense du climat et bientôt insupportable pour les finances des particuliers comme pour celles de l’État ».

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L’étude conclue, sans surprise, à « une prépondérance persistante (dans les médias) des certitudes et du discours technique des nucléocrates » qui serait le reflet d’un « attachement historique du pays au nucléaire ».

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Pour lire l’étude, cliquer ici.

Élisabeth Laporte



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