Un manque flagrant de vision stratégique
Si la stratégie n’est pas nouvelle, force est de constater qu’elle n’est plus gagnante. A force de soutenir une fuite en avant vers le « tout nucléaire », EDF et Areva se rapprochent dangereusement de la banqueroute. En se lançant dans des projets qu’elles sont incapables d’assumer, ces multinationales ont vu leurs caisses se vider jusqu’à un niveau dramatique.
Cette dégringolade est la conséquence d’un manque flagrant de vision stratégique. Pour tenter de maintenir l’image de champions industriels, les entreprises du nucléaire ont investi des sommes extravagantes dans des projets irréalistes. Alors que le chantier du réacteur EPR de Flamanville accuse déjà six années de retard (au moins dix ans pour celui d’Olkiluoto en Finlande), EDF persiste dans son aveuglement en tentant d’imposer la construction d’un nouveau réacteur EPR à Hinkley Point, en Angleterre. Cette fuite en avant est désormais dénoncée au sein même des sphères décisionnelles de l’entreprise !
Car, si ces projets sont une aberration environnementale, ils sont aussi parfaitement irréalistes au regard de la perte de compétences que connaissent ces entreprises. En témoignent les accidents à répétition sur les chantiers de « rafistolage » des centrales vieillissantes. A Paluel, le 31 mars 2016, la chute d’un générateur de vapeur de 465 tonnes de plus de 20 mètres de hauteur a prouvé, s’il en était besoin, la dangerosité de ces travaux de rafistolage sur les vieux réacteurs.
Le parc nucléaire français est devenu un fardeau industriel totalement ingérable !
A la recherche de la rentabilité fantasmée
Pour compenser les pertes de la filière, les opérateurs suivent une stratégie de réduction des coûts au détriment de la sûreté des installations et de la sécurité des travailleurs du nucléaire. En témoigne le plan d’économies annoncé par Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF, qui doit revoir à la hausse l’annonce de la suppression de 3 500 postes sur la période 2016-2018 dans le but d’économiser près d’un milliard d’euros.
Dans ce contexte, le recours abusif à la sous-traitance, et l’imposition de cadences infernales, est devenue monnaie courante. L’accident de Paluel cité ci-dessus n’est qu’une des nombreuses illustrations de cette stratégie du moindre coût.
En vérité, le nucléaire n’est pas rentable et engloutit des milliards. Aussi, il ne peut qu’avoir recours à des pratiques de baisse des coûts qui dans un tel contexte sont alors imparablement dangereuses et parfois à la limite de la légalité. Le 3 mai 2016, Areva est ainsi contrainte de reconnaître avoir falsifié des certificats de contrôle concernant des pièces, fabriquées au sein de l’usine du Creusot, destinées à être intégrées à des équipements nucléaires. Cette énième affaire fait écho aux malfaçons que présentent le couvercle et le fond de la cuve du réacteur de l’EPR de Flamanville, fabriqués par Areva. Loin de freiner les travaux, la découverte des matériaux défectueux est totalement ignorée, EDF, maître d’œuvre du projet, ne souhaitant pas ralentir un chantier qui accumule les retards depuis son ouverture.
Une filière économiquement insoutenable et fuie par les investisseurs
Après les organisations de la société civile, ce sont désormais les organismes publics qui se rendent à l’évidence de l’insoutenabilité du nucléaire français. Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, alerte de plus en plus régulièrement sur les « graves difficultés économiques, financières ou budgétaires des acteurs industriels du nucléaire ». De son côté, en février 2016, la Cour des Comptes a publié un rapport pointant l’impréparation d’EDF à la veille du lancement de son « Grand carénage ». Il faut dire que l’entreprise, qui cumule une dette de 37,4 milliards d’euros, doit faire face à un véritable mur d’investissements de l’ordre de 250 milliards d’euros.
Sur les marchés financiers aussi, la fuite des investisseurs est révélatrice de la très mauvaise santé des entreprises de l’atome. Après avoir perdu 90% de sa valeur boursière depuis 2007, le groupe Areva a vu sa note à nouveau dégradée à B+ par Standard & Poor’s en décembre 2015. Dans le même temps, le titre EDF a perdu plus de 40% de sa valeur rien que sur l’année 2015. Depuis décembre 2015, l’électricien ne fait plus partie du CAC 40. Ainsi, même les places financières mondiales considèrent désormais les investissements dans le nucléaire comme très risqués.
Nos impôts et nos factures en ligne de mire derrière le mythe du nucléaire bon marché
Trois milliards pour EDF, cinq milliards pour Areva… Il s’agit des montants des recapitalisations engagées par l’Etat au profit d’une industrie dépassée. Plus qu’une erreur stratégique, cette attitude irresponsable s’apparente à un soutien complice. A l’heure où l’on martèle la nécessité de la réduction des dépenses publiques, ces opérations financières seront inévitablement financées par l’ensemble des contribuables français.
Par ailleurs, le mythe de l’électricité nucléaire bon marché a vécu. L’argument utilisé pour faire accepter à la population le risque nucléaire est en réalité fondé sur des subventions publiques abondantes. Elles permettent de compenser les pertes accumulées par EDF, obligé de vendre son électricité moins cher que ce qu’elle coûte à produire. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant. En effet, de nombreuses études estiment que le prix de revient de l’électricité censée être produite par le réacteur EPR de Flamanville serait 30% plus élevé que celui de l’électricité provenant des installations éoliennes terrestres.
Dans ce contexte, le manque à gagner se répercutera inévitablement sur les factures d’électricité de la population si l’Etat s’entête à soutenir le tout-nucléaire au détriment du développement des énergies renouvelables.