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Des accidents nucléaires partout

France : Tricastin : Fuites des systèmes de refroidissement et rejets de gaz à effet de serre

Communication minimale pour un problème répandu et récurrent




1er septembre 2023


La centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) a annoncé début septembre 2023 que plusieurs "aléas techniques" sur des équipements servant au refroidissement des installations avaient générés des fuites. Sans les caractériser, sans détailler leurs origines ni leurs conséquences. Communication minimale sur des incidents qui sont pourtant significatifs [1] pour l’environnement puisque chacune de ces fuites génère des rejets de puissants gaz à effet de serre.


Crédit photo : André Paris

Les liquides de refroidissement sont très prisés dans les centrales nucléaires. Ils permettent de refroidir l’air (climatisation) et les équipements qui chauffent en fonctionnant (groupe-froid). Sans ce refroidissement, les températures deviendraient insupportables pour le personnel et pour les matériels. Mais ces fluides frigorigènes sont aussi des produits qui, par leur composition chimique, participent activement au réchauffement climatique. De la famille des hydrofluorocarbures (HFC), sous forme liquide lorsqu’ils sont sous pression, ils passent à l’état gazeux dès qu’ils sont à l’air libre (du fait de n’être plus sous pression). Donc lorsqu’il y a une fuite de liquide de refroidissement il y a des rejets dans l’atmosphère de gaz à effet de serre. Et ces gaz ont un pouvoir de réchauffement global (PRG) des milliers de fois plus puissant que le CO2 ou que le méthane (CH4).

Par exemple, 1 kilo de liquide de refroidissement de type R134A a le même effet en terme de réchauffement sur 20 ans que 3700 kilos de CO2  [2]. Quand EDF constate une fuite de 1 kg de liquide de refroidissement de type R125, c’est l’équivalent d’un rejet de plus de 6000 kilos de CO2 dans l’atmosphère.
Qui plus est, une fois dans l’air, ces substances ont une durée de vie qui se comptent en dizaines d’années. Elles vont donc s’accumuler au fil des ans, sans que leur effet de réchauffement ne diminue rapidement. Par exemple, il faut plus de 28 ans pour que le pouvoir de réchauffement global du R125 diminue de moitié (demi-vie de 28.2 ans  [3] ) ; et encore 28 années de plus pour que son activité diminuée de moitié soit de nouveau divisée par 2, etc. De part leur décroissance lente, leur fort pouvoir de réchauffement et leur accumulation au fil du temps, ces fuites ont donc un réel impact environnemental.

Ces fuites de fluides frigorigènes sont bien connues des industriels. La centrale nucléaire du Tricastin est - d’après notre suivi des déclarations d’évènements significatifs communiqués par EDF - la 6ème centrale nucléaire depuis 2023 à dépasser le seuil annuel fixé à 100 kilos. [4]
Il y a d’abord eu Dampierre (Centre - Val de Loire), qui dès la mi-février a déclaré que suite à une fuite de près de 67 kilos, elle avait dépassé les 100 kilos de rejets. Puis en avril, le réacteur EPR de Flamanville (Normandie) : il manquait pas moins de 250 kilos de liquide de refroidissement dans le système de production d’eau froide. Comme quoi un réacteur nucléaire n’a pas besoin d’être en service pour être polluant. Puis ce fut la centrale de Paluel (Normandie) qui a découvert le 9 juin qu’il manquait 40 kilos de liquide réfrigérant dans un de ses équipements, faisant ainsi dépasser la barre des 100 à son cumul annuel de fuites. Le site côtier détenait le record de ces fuites l’année passée, ayant laissé s’évaporer plus de 1000 kilos de HFC dans la nature... Fin juin, c’était la centrale nucléaire de Golfech (Occitanie) qui déclarait une fuite de plus de 72 kilos, dépassant aussi le quota réglementaire annuel. Puis en août la centrale du Bugey (Ain) annonçait avoir découvert unefuite de 60 kilos, portant à plus de 133 kilos. Et en septembre, la centrale du Tricastin déclarait qu’une fuite de 4 kilos, identifiée en juillet, lui faisait dépasser les 100 kilos de liquide de refroidissement évaporés dans la nature.
En 2022, c’était pas moins de 9 centrales nucléaires qui avaient dépassé les 100 kilos de fuite de HFC (Blayais, Paluel, Golfech, Belleville, Bugey, Tricastin, Civaux, Chooz et Flamanville). Bon nombre d’entre-elles dépassaient déjà le seuil réglementaire en 2021.

Le problème est donc connu, répandu et récurrent. Mais pourtant il perdure d’années en années. Et c’est sans compte les fuites de SF6, le plus puissant de tous les gaz à effet de serre : 23 000 fois plus puissant que le CO2. Utilisé en isolant électrique, notamment dans les postes à haute tension, ces fuites dépassent elles aussi régulièrement les 100 kilos par an.
Sur les fuites survenues au Tricastin, comme ailleurs d’ailleurs, EDF ne donne aucun détail sur les causes, aucune précision sur les mesures prises pour les éviter, ni aucun élément technique qui permette d’estimer leurs conséquences environnementales.
EDF joue la carte d’une communication minimale. En espérant peut-être minimiser le problème ? À quand des moyens de substitution et la fin des gaz fluorés ? À quand des contrôles, un entretien, une surveillance plus rapprochée des équipements liés au refroidissement ? À quand un système de détection immédiate des fuites ? À quand une réelle protection de l’environnement ?

Ce que dit EDF :

Evénements significatifs juillet 2023

Publié le 01/09/2023

19 juillet 2023 événement significatif environnement

Les groupes frigorifiques fonctionnent avec des fluides frigorigènes. Plusieurs aléas techniques sur des équipements ont conduit a dépassé de 4 kg le seuil annuel réglementaire autorisé (100 kg).

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-du-tricastin/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-du-tricastin/evenements-significatifs-juillet-2023


[1Événements significatifs : incidents ou accidents présentant une importance particulière en matière, notamment, de conséquences réelles ou potentielles sur les travailleurs, le public, les patients ou l’environnement. https://www.asn.fr/Lexique/E/Evenement-significatif En dessous des évènements significatifs, il y a les évènements dits « intéressants », et encore en dessous les « signaux faibles ». Un évènement catégorisé « significatif » est donc déjà « en haut de l’échelle » d’importance des évènements

[2Source : "Certains gaz à effet de serre des centrales nucléaires", Bernard Laponche, octobre 2020, Global Chance. * : La courbe de décroissance du CO2, pour une émission de 1 l’année 0 : 0,217+ exponentielles de demi-vies : 173 ans (26%), 18,5 ans (34%), 1,2 ans (2%).

[3Une demi-vie correspond à la période de temps nécessaire pour que l’activité de la substance se réduise de moitié.

[4Comme toutes les industries, les centrales ont acquis le droit de polluer l’environnement, elles ont obtenues des autorités des autorisations de rejets. Mais avec des limites à ne pas dépasser. Pour les fuites de liquides de refroidissement, le quota annuel est fixé à 100 kilos par an. Lors que ce seuil réglementaire est dépassé, l’exploitant simplement doit le déclarer aux autorités. Il n’y a pas de sanction de ce dépassement.


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Installation(s) concernée(s)

Tricastin

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132