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Des accidents nucléaires partout

France : Orano Tricastin : Fuite d’uranium en poudre

Des contrôles incomplets, une alarme faussée et un camion mal fermé




14 juin 2021


Le 7 juin 2021, une importante fuite d’uranium a eu lieu dans une usine Orano sur le site du Tricastin (Drôme). L’accident est survenu lors du déchargement d’un camion citerne provenant du site Orano Malvési près de Narbonne (Aude). Le bouchon de la citerne remplie d’uranium en poudre était mal fermé, mais aucun des contrôles faits par Orano, ni au départ, ni à l’arrivée du camion, n’a permis de le détecter. Quand la citerne a été mise sous pression pour la vider de son chargement ("dépotage"), le bouchon a sauté et une partie du contenu du camion a été projetée dans le hall. Quelle quantité exactement ? On ne sait pas.
Les alarmes de surveillance dans le hall se sont bien déclenchées, signalant un niveau de radioactivité ambiante trop élevé. Mais le déchargement a été poursuivi normalement, comme si de rien n’était. Pourquoi ? Parce que les opérateurs pensaient que le système de surveillance n’était pas fiable, des "alarmes intempestives" s’étant souvent déclenchées régulièrement dans l’usine.


Les opérations de déchargement ont donc été poursuivies dans une atmosphère baignée de radioactivité. Les communications d’Orano et de l’Autorité de sûreté (ASN) ne précisent pas si le personnel était équipé de dispositifs de protection adaptés à la projection de cette poudre radioactive (l’usine Orano de Malvési transforme l’uranium arrivé de l’étranger sous forme de pâte concentré, le yellow cake, en une poudre verte, l’UF4. C’est ensuite dans les usines du Tricastin que l’UF4 est transformé en UF6 pour être ensuite enrichi (voir ici plus d’informations pour tout comprendre sur la chaîne de l’uranium, de la mine aux déchets).

Les déclarations officielles n’expliquent pas non plus pourquoi les contrôles effectués sur le chargement n’ont pas détecté que le bouchon du camion citerne était mal fixé. Ce point de contrôle parait logiquement être un élément central à vérifier lors de transport de substances radioactives. Ne pas vérifier l’étanchéité des contenant lorsqu’on transporte de telles matières relève du non-sens industriel. Les équipes d’Orano sont-elles suffisamment nombreuses et suffisamment formées aux risques liées à leurs activités ?
De même, aucune justification n’est apportée concernant les dysfonctionnements récurrents de systèmes de surveillance de la radioactivité dans une usine qui transforme de l’uranium. Depuis combien de temps les alarmes dysfonctionnent ? Pourquoi Orano n’a-t-il pas immédiatement fait réparer un système qui participe non seulement à la protection de ses travailleurs mais aussi à celle des populations riveraines et de l’environnement ?

En revanche, le communiqué de l’ASN - toujours plus détaillé que celui des exploitants - précise bien que le hall où s’est fait le déchargement d’uranium était confiné. Il ne dit toutefois pas si les systèmes concourant à cet isolement total du bâtiment étaient bien tous opérationnels et enclenchés. Ni si les balises de surveillance à l’extérieur du hall ont détecté ou non une augmentation de la radioactivité.

Le hall de déchargement de l’usine Orano du Tricastin a dû être entièrement décontaminé, de même que le camion citerne. De nouvelles opérations exposant encore du personnel à de la radioactivité. On ne sait ni quelle quantité d’uranium s’est répandue, ni combien a été récupérée, ni quel laps de temps les travailleurs ont poursuivis le déchargement d’uranium avant de se rendre compte de la fuite d’uranium par le haut du camion. Pas plus qu’on ne sait s’ils étaient protégés correctement, suffisamment du moins pour leur éviter une contamination interne par inhalation ou ingestion de radioéléments. On ne sait pas comment de tels faits, significatifs pour la sûreté, ont pu survenir, mais on sait qu’ils auraient pu être évités. Ils n’auraient même pas dû arriver. "La gestion de l’événement sur le site a connu quelques écarts ou retards" dira l’ASN. Des erreurs qui ont pour origine des "défauts de culture de sûreté". Orano ne donne manifestement pas les moyens, ni humains, ni matériels, ni en terme de connaissances à son personnel d’éviter des accidents dans ses usines nucléaires.

Ce que dit l’ASN :

Perte de confinement lors du dépotage du contenu d’une citerne

Publié le 14/06/2021

Usines Orano Cycle de fluoration de l’uranium - Transformation de substances radioactives - Comurhex

Le 7 juin 2021, une fuite de poudre d’uranium s’est produite dans le hall de dépotage d’une citerne d’uranium naturel, dans les installations de « conversion » d’Orano à Pierrelatte.

Les citernes de transport utilisées entre les sites Orano de Malvési et de Pierrelatte sont dotées de bouchons d’évent, qui sont fermés à Malvési avant expédition. Au titre des procédures liées au transport des substances radioactives, un contrôle des citernes est effectué avant l’expédition. À réception, un autre contrôle est mené sur ces citernes sur le site de Pierrelatte avant les opérations de dépotage, qui sont effectuées dans un hall confiné.

Le 7 juin, les équipes de Pierrelatte ne se sont pas aperçues, lors des contrôles, que la chainette retenant le bouchon de l’évent d’une citerne contenant de l’uranium naturel sous forme solide s’était partiellement insérée, lors de sa fermeture à Malvési, entre le bord inférieur du bouchon et le bord de l’ouverture, provoquant une inétanchéité. Lors de la montée en pression de la citerne pour son dépotage, une dispersion de poudre s’est produite, ce qui a entraîné le déclenchement de l’alarme de la balise de surveillance atmosphérique du hall. Les équipes n’ont cependant pas immédiatement suspendu le dépotage car cette balise avait provoqué des alarmes intempestives les fois précédentes. Une fois la dispersion de poudre identifiée, les opérations ont été suspendues, la citerne a été mise dans une configuration sure et des opérations d’assainissement du hall et de la citerne ont été engagées.

Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Toutefois, la gestion de l’événement sur le site a connu quelques écarts ou retards, traduisant des défauts de culture de sûreté. Sur proposition de l’exploitant, cet événement a donc été classé au niveau 1 de l’échelle INES.

https://www.asn.fr/Controler/Actualites-du-controle/Avis-d-incident-des-installations-nucleaires/Perte-de-confinement-lors-du-depotage-du-contenu-d-une-citerne


Ce que dit Orano :

Écart détecté au niveau de la partie supérieure d’une citerne

Le 10 juin 2021

Le lundi 7 juin, lors d’une opération de vidange d’une citerne d’uranium naturel sous forme solide, à l’intérieur d’un bâtiment industriel du site Orano Tricastin, un équipement de surveillance atmosphérique a détecté une anomalie à l’occasion de la mise en pression de la citerne. L’opérateur en charge de l’opération a alors constaté un dysfonctionnement au niveau d’un bouchon en partie supérieure de la citerne. La vidange a été suspendue et l’installation mise à l’arrêt dans l’attente de sa remise en conformité.

Le bouchon ferme l’ouverture permettant d’évacuer l’air présent dans la citerne, il est attaché par une chainette. Un maillon de cette chainette s’est inséré entre le bord inférieur du bouchon et le bord de l’ouverture. Le bouchon a ainsi pu être fermé et serré, sans assurer une complète étanchéité lors de la mise en pression de la citerne.

L’exploitant a proposé à l’Autorité de sûreté de classer cet écart au référentiel d’exploitation, sans conséquence sur le personnel et l’environnement, au niveau 1 de l’échelle internationale des évènements nucléaires (INES) graduée jusqu’à 7.

https://www.orano.group/fr/actus/nos-actualites-locales/actualites-tricastin/2021/juin/ecart-detecte-au-niveau-de-la-partie-superieure-d-une-citerne


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