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Des accidents nucléaires partout

France : Orano Tricastin : Trouvailles radioactives, brides d’informations, aucune explication

Règles prises à la légère et délai de déclaration




8 mars 2023


On ne sait pas grand chose de l’incident survenu dans l’usine Orano du Tricastin (Drôme). Mais les règles d’entreposage de matières radioactives ont été prises à la légère, ce qui démontre d’un manque de connaissances de bases en matière nucléaire, un manque de surveillance des installations et des opérations. Qui plus est, le traitement par Orano de l’incident et l’information de l’autorité de sûreté et du public ont largement laissé à désirer.


Qui dit matière fissile, dit possibilité de démarrage spontané d’une réaction nucléaire en chaîne. C’est le risque de criticité [1] . C’est pour ça que les entreposages et les stocks de matières nucléaires sont strictement réglementés. Dans la vieille usine Orano du Tricastin chargée de l’enrichissement de matière fissile aujourd’hui en démantèlement  [2] , la règle est de laisser au moins 1,5 mètres entre les fûts contenant des restes d’uranium.

Le 19 janvier 2023, on a retrouvé des petits surplus radioactifs déposés entre les fûts. Depuis combien de temps ils étaient là, qui les y a mis, pourquoi... Aucune explication. Manifestement, quelqu’un qui ne savait pas que si il y a de l’espace vide, ce n’est pas pour rien. Manque de formation, manque de surveillance des installations, manque d’accompagnement des intervenants... C’est la gestion de l’industriel responsable de l’usine qui est en question.
Orano n’a apparemment pas géré non plus correctement l’information des autorités. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’a en effet reçu la déclaration officielle de l’incident que le 8 mars 2023. Le "gendarme" constate que "la gestion de cet écart, jusqu’à sa déclaration, a nécessité un délai anormalement important". Mais n’en dira et n’en fera pas plus. Si son communiqué est un peu plus détaillé que celui de l’industriel (qui ne cite pas une fois le mot "radioactivité" mais parle de "déchets industriels"), il reste pour le moins laconique. Ce qui se passe entre les murs d’Orano reste d’abord entre Orano et Orano. Puis entre Orano et l’ASN. Quant au public... Il devra se contenter de brides d’informations, sans explication.

Ce que dit Orano :

Communiqué local Tricastin

Non-respect d’un référentiel d’entreposage lors d’opérations de démantèlement

Le 08/03/2023

Lors d’un contrôle sur un atelier dans l’ancienne usine d’enrichissement EURODIF, aujourd’hui en cours de démantèlement, un opérateur a identifié la présence d’emballages de déchets industriels non conforme aux dispositions d’entreposage. Il s’agit de déchets industriels comprenant des éléments de calorifuge et des équipements métalliques. Dès détection, les équipes d’exploitation ont remis en conformité la zone.

Dans le cadre du programme de démantèlement de l’usine EURODIF, des opérations sont actuellement en cours afin de préparer l’implantation d’un atelier de déconstruction à l’intérieur de l’usine. Elles consistent notamment à découper les équipements présents dans la future zone d’implantation et à les entreposer dans une aire dédiée à l’intérieur de l’usine.

L’exploitant a proposé à l’Autorité de sûreté de classer cette non-conformité aux règles d’entreposage, sans conséquence sur le personnel et l’environnement, au niveau 1 de l’échelle internationale des événements nucléaires (INES) graduée jusqu’à 7.

https://www.orano.group/fr/actus/nos-actualites-locales/actualites-tricastin/2023/mars/non-respect-d-un-referentiel-d-entreposage-lors-d-operations-de-demantelement


Ce que dit l’ASN :

Non-respect d’une règle relative à la maîtrise du risque de criticité

Publié le 13/03/2023

Usine Georges Besse de séparation des isotopes de l’uranium par diffusion gazeuse Transformation de substances radioactives - Eurodif

La société Orano Chimie Enrichissement a déclaré le 8 mars 2023 à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un événement significatif relatif au non-respect d’une règle relative à la maîtrise du risque de criticité dans son usine de diffusion gazeuse « Georges Besse I » qui est en cours de démantèlement.

Dans le cadre du démantèlement de l’usine, lors de certaines opérations de découpe et de conditionnement en déchets des matériels présents, des aspirateurs dédiés sont utilisés pour récupérer de la matière uranifère dans des pots décanteurs. Ces pots décanteurs peuvent contenir de la matière enrichie, qui, en quantité suffisante, peut conduire à un risque de criticité. En application des règles générales d’exploitation, l’exploitant a défini dans une consigne permanente des règles d’entreposage « à la maille » imposant notamment le respect d’une distance de 1.5m entre chaque fût contenant un pot décanteur sans interférence avec d’autres matériels.

Le 19 janvier 2023, un chargé de surveillance a constaté la présence d’un caisson métallique et d’un big-bag entre les rangées de fûts entreposés « à la maille ».

Les masses de matières uranifères réellement présentes dans les pots de décantation étant très inférieures aux limites de sûreté, cet écart n’a entraîné aucune conséquence sur l’installation, le personnel ou l’environnement. L’entreposage a été remis en conformité sans délai, mais l’ASN a constaté que la gestion de cet écart, jusqu’à sa déclaration, a nécessité un délai anormalement important.

Compte tenu du non-respect d’une règle relative à la maitrise de la criticité, l’incident a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des évènements nucléaires graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/non-respect-d-une-regle-relative-a-la-maitrise-du-risque-de-criticite2


[1Le risque de criticité est défini comme le risque de démarrage d’une réaction nucléaire en chaîne lorsqu’une masse de matière fissile trop importante est rassemblée au même endroit. Un milieu contenant un matériau nucléaire fissile devient critique lorsque le taux de production de neutrons (par les fissions de ce matériau) est exactement égal au taux de disparitions des neutrons (absorptions et fuites à l’extérieur).

[2L’installation d’enrichissement de l’uranium Eurodif (INB 93) était constituée principalement d’une usine de séparation des isotopes de l’uranium par le procédé de diffusion gazeuse.
Les enjeux du démantèlement concernent notamment le volume important de déchets de très faible activité (TFA) produits, dont 160 000 tonnes de déchets métalliques.
Désormais, le principal risque résiduel de l’INB 93 est lié aux conteneurs d’UF6 des parcs d’entreposage, appartenant encore au périmètre de l’installation. Ces parcs devraient être rattachés à terme aux parcs uranifères du Tricastin. Source : ASN


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