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Des accidents nucléaires partout

France : Anomalie générique : Surchauffe de tous les systèmes importants pour la sûreté en cas de séisme : 28 réacteurs concernés




28 novembre 2018


Nouvelle annonce d’EDF fin novembre 2018, la 3ème du genre en une semaine. Après la perte des diesels et donc d’alimentation électrique de secours sur 44 réacteurs, après l’effondrement de passerelles sur des équipements adjacents et nécessaires aux générateurs de vapeur dans 14 réacteurs (et donc la perte du circuit primaire et du refroidissement du combustible), nouvelle annonce d’EDF concernant la (non)tenue aux séismes de ses installations nucléaires le 28 novembre 2018.


Cette fois ce sont les raccords des tuyauteries d’un système essentiel, le circuit d’eau brute secourue (SEC) [1], qui n’auraient pas résisté en cas de séisme. C’est donc le refroidissement des équipements importants pour la sûreté qui est cette fois menacé. Pourtant, les installations nucléaires doivent résister au séisme, et à différents niveaux de séismes (voir notre rubrique Et si la Terre tremble ?). Mais là, même le premier niveau de référence n’est pas atteint. Blayais, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent, Tricastin, au total ce sont 28 réacteurs de 900 MWe répartis sur toute la France qui sont concernés. EDF annonce dans le même temps que sa déclaration d’évènement générique significatif pour la sûreté avoir déjà procédé aux travaux sur au moins une des 2 voies des réacteurs concernés. Les analyses sur l’état de l’autre voie du circuit (2 circuits indépendants, assurant la même fonction) sont encore en cours. Malgré tout, l’exploitant considère que ces défauts aux niveaux des tuyauteries du circuit SEC et les risques encourus ne sont que de simples "écarts". Arguant "aucun impact sur la sécurité des personnes ni sur l’environnement" mais un simple écart aux règles générales d’exploitation (qui sont pourtant censées régir le fonctionnement de l’installation) [2] l’exploitant classe l’évènement au niveau zéro de l’échelle INES [3].

Ce que dit EDF :

Le 28/11/2018

Déclaration d’un évènement significatif sûreté générique de niveau 0 (échelle INES) sur le risque de non tenue au séisme des raccords de tuyauteries du circuit d’eau brute de refroidissement de sûreté – palier CPY

Publié le 28/11/2018

En novembre 2018, EDF a engagé une campagne de contrôle de l’ensemble des raccords de tuyauteries du circuit d’eau brute de refroidissement de sûreté (SEC) de ses 28 réacteurs du palier CPY [4].

Ces contrôles ont mis en évidence que la tenue de ces raccords au séisme SMS [5] ne pouvait pas être démontrée en l’état sur certains réacteurs du palier CPY et des travaux ont été menés afin de corriger l’écart sur une des deux voies SEC [6]. A date, tous les réacteurs du palier CPY ont justifié la conformité d’au moins une des deux voies SEC.

Les analyses de tenue au séisme SMS des raccords de la seconde voie du circuit de d’eau brute de refroidissement de sûreté des réacteurs du palier CPY seront toutes finalisées d’ici fin novembre 2018. Si des travaux de remise en conformité de ces raccords s’avéraient nécessaires, ils seraient alors programmés au plus tôt pour les sites concernés.

Cet événement n’a eu aucun impact sur la sécurité des salariés, ni sur l’environnement. Il constitue néanmoins un écart aux règles d’exploitation. Par conséquent, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le 27 novembre 2018, un événement significatif de sûreté générique pour le palier CPY classé au niveau 0 de l’échelle INES, échelle internationale de classement des événements nucléaires qui en compte 7.

https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/carte-de-nos-implantations-industrielles-en-france/centrale-nucleaire-de-cruas-meysse/actualites/declaration-d-un-evenement-significatif-surete-generique-de-niveau-0-echelle-ines-sur-le-risque-de-non-tenue-au-seisme-des-raccords-de


[1Le circuit d’eau brute secourue (SEC) sert à refroidir un autre circuit, appelé circuit de refroidissement intermédiaire, qui assure le refroidissement de tous les circuits et matériels importants pour la sûreté du réacteur. C’est un circuit "de sauvegarde". II est constitué de deux lignes redondantes, comportant chacune deux pompes et deux échangeurs. De plus, en situation accidentelle le circuit d’eau brute peut être utilisé pour réalimenter le réservoir d’eau de secours des générateurs de vapeur, dans le cas où les moyens de réalimentation normaux et de secours seraient indisponibles.Le circuit d’eau brute fonctionnant en permanence, les échangeurs s’encrassent et nécessitent un nettoyage régulier. https://www.asn.fr/Lexique/C/Circuit-d-eau-brute-secourue-SEC

[2Les RGE (Règles générales d’exploitation) sont un recueil de règles approuvées par l’ASN qui définissent le domaine autorisé de fonctionnement de l’installation et les prescriptions de conduite associées. https://www.asn.fr/Lexique/R/Regles-generales-d-exploitation

[3L’échelle INES - International nuclear and radiological event scale - est l’échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques. Voir description et niveaux ici (lien ASN)

[4Palier CPY : 28 réacteurs de 900 MW (Les centrales de Blayais, Chinon, Cruas-Meysse, Dampierre-en-Burly, Gravelines, Saint-Laurent-des-Eaux et Tricastin)

[5Le dimensionnement des systèmes d’une centrale nucléaire implique la définition de deux niveaux de séisme de référence : le séisme maximal historiquement vraisemblable (SMHV) qui est supérieur à tous les séismes s’étant produit au voisinage de la centrale depuis mille ans, et le séisme majoré de sécurité (SMS), séisme hypothétique d’intensité encore supérieure.

[6Les circuits des centrales nucléaires sont conçus en redondance (deux voies séparées). Lorsqu’un circuit est indisponible, un autre permet d’assurer des fonctions similaires.





Installations
Blayais Chinon Cruas Dampierre-en-Burly Gravelines Saint-Laurent Tricastin