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Coûts et financement : le "nouveau" nucléaire voit flou
En octobre 2024, dans le cadre du projet de loi de finances (PLF), Maxime Laisney, député LFI-NFP de Seine et Marne, a produit un rapport en deux parties sur le volet énergie du budget 2025 : l’une sur les politiques énergétiques et l’autre sur le nucléaire existant et futur, et son coût pour les consommateurs et les contribuables. Il nous en rapporte les points saillants.
Que nous apprend votre rapport [1] sur le nouveau nucléaire ?
Maxime Laisney : Il y a une incertitude sur les coûts et la faisabilité du nouveau nucléaire. D’après EDF, 6 EPR2 sont prévus entre 2035 et 2043 avec un coût encore inconnu. L’électricien devait rendre sa copie en décembre 2024, il faudra finalement attendre fin 2025.
Le financement des EPR2 se ferait en deux phases, d’abord la phase chantier, puis la phase d’exploitation des réacteurs. EDF devait être en autofinancement à 50%, mais, vu le montant des financements ainsi que le risque de dérapage des coûts, il devrait demander à ce que l’État augmente sa participation (pour passer de 50% à 70%). Le financement par le gouvernement de la phase chantier se ferait par un prêt à taux zéro. Mais, pour fournir ce prêt, l’État va lui-même emprunter à un taux supérieur à 0%. Donc, à la fin, c’est le contribuable qui va payer la différence.
C’est la fin du dogme du nucléaire pas cher : les français·es risquent aussi de voir leur facture d’électricité augmenter à l’occasion de la fin de l’ARENH [2].
M.L. : L’article 4 du PLF [3] présente le dispositif post-ARENH : à partir du 1er janvier 2026, quasiment toute l’électricité française sera vendue sur le marché, ce qui laisse les consommateurs à la merci des prix de marché. Depuis la sortie de mon rapport, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir a produit une étude qui met en évidence un risque d’augmentation de 19 % du tarif réglementé de l’électricité [4], ce que le gouvernement a tenté de démentir, sans toutefois fournir de chiffre.
Vous dénoncez également la différence de traitement entre les énergies renouvelables (EnR) et le nucléaire.
M.L. :L’investissement dans le nucléaire représente des milliards d’euros jetés par les fenêtres, tout ça pour ne pas avoir d’électricité dans les 10 ans qui viennent. Du côté des renouvelables, il n’y a, au mieux, que des effets d’annonce alors que, sur le nucléaire, le gouvernement et les élu·es pro-nucléaires avancent « comme des bourrins ».
À quoi doit-on s’attendre pour la suite ?
M.L. :La décision finale d’investissement dans le nouveau nucléaire sera prise fin 2026, ce qui laisse du temps pour organiser la mobilisation. J’ai par ailleurs obtenu une mission d’information sur le prix de l’électricité.
En attendant, il y a un enjeu à faire connaître le rapport de la Cour des comptes de janvier 2025 [5], qui constate que sa « recommandation, pourtant essentielle, demandant de calculer la rentabilité prévisionnelle de Flamanville 3 et de l’EPR 2 et d’en assurer le suivi, n’a pas été mise en œuvre » et que « la filière nucléaire française [...] est loin d’être prête ».
Propos recueillis par Mathilde Damecour et Damien Renault
Notes
[1] Tome IV - Écologie, développement et mobilité durables : Énergie. Disponible sur assemblee-nationale.fr
[2] L’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH) donne aux autres fournisseurs l’accès à 100 TWh/an de la production électrique d’EDF au prix de 42€/MWh. Il prend fin le 31 décembre 2025.
[3] Article 17 dans la version adoptée par 49.3.
[4] Nouvelle régulation du marche de l’électricité : Des aménagements s’imposent pour éviter une nouvelle flambée des factures, UFC-Que choisir, février 2025
[5] La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants, Cour des comptes, janvier 2025
