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L’Espagne programme sa sortie du nucléaire pour 2035
La filière nucléaire espagnole est moribonde, mais certains politiciens et lobbyistes s’accrochent à la défendre.
L’Espagne compte cinq centrales électronucléaires, totalisant sept réacteurs à eau sous pression en fonctionnement. Ces réacteurs représentent une puissance installée totale de 7400 MW et fournissent environ 20% de l’électricité du pays. Les principaux propriétaires sont des entreprises privées : Iberdrola, Endesa, Naturgy. Comme en France, l’essentiel du parc électronucléaire espagnol, décidé dans les années 1970 et mis en service entre 1983 et 1988, est vieillissant. Se posent donc de multiples questions : fiabilité, sûreté nucléaire, coût de maintenance, rentabilité, gestion des déchets radioactifs. Mais contrairement à la France, l’Espagne a choisi de s’engager vers la sortie du nucléaire.
En 2020, le ministère de la Transition écologique a présenté le Plan national global énergie-climat 2021-2030, fixant l’objectif de fermeture progressive des centrales nucléaires encore en activité dans le pays. Le PNIEC (Plan National Intégré Energie Climat) programme l’arrêt des sept réacteurs entre 2027 et 2035, justifié par le coût élevé de la prolongation de la durée de vie des centrales et des préoccupations en matière de sécurité et de gestion des déchets.
Bien sûr, les membres du lobby nucléaire s’insurgent contre ce programme d’arrêt et la Droite espagnole a déposé à plusieurs reprises des motions visant à prolonger la vie des centrales nucléaires, mais la Gauche et ses alliés les ont repoussées, estimant que « l’énergie nucléaire n’est ni bon marché, ni propre, ni sûre ».
Droites et pro-nucléaires espagnols caricaturent la situation, reprenant les polémiques des années 2012 à 2017, date à laquelle la vieille centrale de Garoña a finalement été arrêtée. De plus, les questions d’approvisionnement énergétique liées à la guerre en Ukraine deviennent prétextes à la remise en avant du nucléaire, et référence est faite au voisin français qui relance son programme électronucléaire.
Le 28 avril 2025, la grande panne qui a privé l’Espagne, le Portugal et une partie de la France d’électricité a servi d’excuse aux pronucléaires pour accuser les énergies renouvelables et argumenter insidieusement sur les avantages du nucléaire. Pourtant, les experts sont nombreux à estimer que les déséquilibres production/consommation ayant entrainé l’écroulement du réseau électrique ibérique ne sont pas dus aux variations de production électrique d’origine renouvelable. Est pointée du doigt la structure même du réseau, lequel doit être modernisé, renforcé et complété par des moyens de stockage. À noter lors de cette panne que certains générateurs, notamment des réacteurs nucléaires, ont été déconnectés du réseau par sécurité… Preuve que ces derniers ne peuvent garantir la stabilité du réseau.
En mai 2025, la ministre de la Transition écologique, Sara Aagensen, et la présidente du Réseau électrique, Beatriz Corredor, ont été confirmées dans leurs tâches. L’actuel gouvernement espagnol maintient donc le cap de sortie du nucléaire et le recours aux énergies renouvelables pour décarboner le secteur énergétique et respecter les objectifs européens.
- Bernard Cottier, SDN49
Sources
- France24, 07/03/2025 AFP : En Espagne, la fin programmée du nucléaire met le gouvernement sous tension,
- Agenda Pública, 29/03/2025 José Ibáñez : ¿Por qué España quiere cerrar sus centrales de energía nuclear ?
- Público, 15/05/2025 Adhik Arrilucea : Más control público y más renovables : las cinco lecciones que hemos aprendido del gran apagón,
- La Vanguardia, 22/05/2025 Pedro Ruiz : El Parlament se reafirma en su rechazo a la prórroga de la vida útil de las nucleares,
- El País, 14/05/2025 Tribuna de Natalia Fabra : Las cartas sobre la mesa en el debate nuclear.
- Revista Renovables, 16/04/2025 Antonio Barrero F. : Iberdrola, Endesa y Naturgy paran los dos reactores nucleares de la central de Almaraz.
