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Tchernobyl : la catastrophe et la désinformation durent depuis plus de 30 ans

Tchernobyl 36 ans plus tard, la situation est plus que jamais préoccupante.




La catastrophe de Tchernobyl qui a démarré le 26 avril 1986 n’en finit pas de se déployer. En ce début d’année 2022, la guerre menée en Ukraine par la Russie a fait peser une menace supplémentaire sur le site accidenté.



L’Ukraine, le Bélarus mais aussi une grande partie de la Russie et de l’Europe restent marqués par la catastrophe nucléaire en cours depuis 36 ans. Scandales sanitaires, mensonges et dénis, milieu naturel atteint, réacteur toujours menaçant : à l’occasion de ce triste anniversaire de l’accident, retrouvez ci-dessous quelques rappels sur l’étendue du désastre.

26 avril 1986 : le début de la catastrophe

Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) explose en projetant dans l’atmosphère des quantités considérables de radioéléments. La première vague d’évacuation ne commencera que le lendemain ; une zone d’exclusion de 30 km de rayon sera ensuite définie. Pendant des mois, pompiers puis « liquidateurs » - de 600 000 à 900 000 personnes, essentiellement des jeunes appelés recrutés sur tous le territoire de l’URSS - se relaient dans des conditions sanitaires catastrophiques pour éteindre l’incendie, puis pour tenter à tout prix d’étouffer la fusion du cœur du réacteur. Comme celui-ci menace de s’enfoncer dans le sol, un tunnel de 167 mètres de long est creusé sous le réacteur pour y construire une dalle de béton. Une deuxième explosion catastrophique aura été évitée, mais au prix de l’irradiation de centaines de milliers de personnes.

Parmi ces personnes, jeunes hommes et femmes, un très grand nombre décédera précocement ou souffre toujours aujourd’hui de maladies chroniques. Quelques documentaires leur donnent la parole, notamment Le Sacrifice d’Emmanuela Andreoli et Wladimir Tchertkoff ou encore Tchernobyl, les combattants oubliés d’Emilie Dietrich. Selon les données collectées par Alexei Yablokov, 20 ans après l’accident, sur les 830 000 et quelques liquidateurs intervenus sur le site, 112 000 à 125 000 étaient déjà décédés.

Les radionucléides mortifères projetés par l’explosion ont touché principalement le Bélarus, l’Ukraine et l’Ouest de la Russie, mais se sont également dispersés, pour 53%, sur une grande partie de l’Europe. Des concentrations élevées se déposent notamment en Allemagne, en Autriche, en Suède et en Finlande [1]. La France n’est pas épargnée : les Alpes, la Corse et l’Alsace seront les régions les plus touchées.

36 ans de désinformation

Très vite, l’appareil de désinformation officiel se met en place en Ukraine, mais aussi en Europe. En France, le Professeur Pellerin, directeur du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI), intervient à de nombreuses reprises pour minimiser la menace sanitaire. Aucune distribution de pastilles d’iode n’aura lieu, et – contrairement à ce qui s’est passé chez nos voisins européens - aucune consigne concernant les aliments contaminés ne sera donnée. Le même Pierre Pellerin fera partie du petit cénacle d’experts internationaux qui s’accorderont sur le nombre de morts de Tchernobyl à communiquer officiellement [2]. Attaqué par l’Association Française des Malades de la Thyroïde, il bénéficiera d’un non-lieu en septembre 2011 et décèdera en 2013, blanchi par la justice.

Pourtant, il existe de lourdes preuves du passage du nuage de Tchernobyl en France et du fait que les autorités en étaient averties. Avant d’être brusquement dessaisie du dossier en mars 2011, la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy a rassemblé de nombreux éléments accablants lors de perquisitions, notamment dans plusieurs ministères.

Concentration en césium-137 dans l’air en avril-mai 1986

De nombreuses études ont tenté de mettre à jour les impacts réels de la catastrophe de Tchernobyl. Mais toutes, ou presque, ont finalement été enterrées par les autorités. En juillet 2013, pourtant, est sortie une étude épidémiologique indépendante menée par l’équipe du Pr Cremonesi, mettant en évidence la forte augmentation des maladies thyroïdiennes en Corse suite à l’accident.

Plus d’informations : https://www.sortirdunucleaire.org/Tchernobyl-retombees-France

La vie durablement contaminée

Dans les zones les plus contaminées, la catastrophe sanitaire n’a pas fini de sévir. Parmi les 600 000 à 900 000 liquidateurs, un grand nombre sont décédés ou tombés rapidement malades des suites de leur irradiation.

Aux pathologies découlant directement du passage du nuage radioactif, il faut ajouter celles qui résultent de l’exposition quotidienne aux substances radioactives toujours présentes. Plus de 3,5 millions de personnes vivent toujours dans des zones contaminées [3] en Ukraine, 2 millions au Bélarus et 2,7 en Russie.

Certains radioéléments projetés en masse lors de l’explosion, toujours présents dans les sols, sont entrés dans la chaîne alimentaire, comme le césium-137 et le strontium-90, dont les effets nocifs ne prendront fin que d’ici trois siècles. Comme ils ne s’infiltrent que progressivement dans le sol, les racines des plantes pourraient continuer à y puiser pendant des décennies.

L’accumulation du césium-137 dans l’organisme va de pair avec une augmentation spectaculaire du taux de cancers et de pathologies cardiovasculaires, en particulier chez les enfants, mais atteint aussi l’ensemble des systèmes des organes vitaux. Elle provoque également des malformations congénitales, cancers et leucémies, maladies neuropsychiques, endocriniennes, ophtalmologiques, infectieuses ou auto-immunes, augmentation de la mortalité périnatale.

Loin d’être épargnées, les générations nées après 1986 sont de plus en plus touchées, attestant du caractère héréditaire et dégénératif de certaines pathologies. En 2008, le bulletin de janvier-février du bureau biélorusse de l’ONU rapportait déjà que « selon le Directeur-adjoint de l’Hôpital central de Stolyn, le docteur Raisa Misura, 60% des femmes en âge d’enfanter (18-40 ans) et plus de 84% des femmes enceintes ont une pathologie […] Presque 90% des nouveaux-nés tombent dans les groupes de santé II et III [santé moyenne, mauvaise santé et maladies chroniques] ».

Et comme le démontrent des données fournies en 2018 par la pédiatre Galina Bandazhevskaïa, les malformations cardiaques congénitales chez les enfants suivis par la polyclinique de Minsk sont maintenant 10 à 20 fois supérieures à la normale (voir les données mentionnées par l’association Enfants de Tchernobyl Belarus dans son bulletin de mars 2018).

Ces données doivent également prendre en compte le taux extrêmement élevé d’avortements thérapeutiques pratiqués à partir de l’accident. En 1986 et 1987, celui-ci s’élevait à 77 pour 100 naissances, avant de redescendre progressivement les années suivantes.

La désinformation est toujours à l’œuvre concernant les impacts sanitaires réels de Tchernobyl. Devant l’élévation du taux de malformations congénitales (passé entre 2000 et 2009 de 3,5 pour 1000 à 5,5 pour 1000), la réponse du ministère de la Santé du Bélarus fut de fermer l’unique Institut de recherche sur les maladies héréditaires et congénitales [4], ainsi que l’Institut de radio-pathologie de Gomel.

En 2005, le « Forum Tchernobyl », réuni à Vienne sous l’égide de l’AIEA, avait affirmé qu’à long terme, le nombre de décès attribuables à Tchernobyl atteindrait un maximum de 4000 victimes. L’augmentation des pathologies et la dégradation de l’état de santé des populations y sont mises sur le compte du stress, de l’alcoolisme, de la "radiophobie" et de la détérioration des conditions économiques et sociales dans les régions concernées.

Pourtant, les recherches menées par des scientifiques indépendants mettent au jour des chiffres autrement plus élevés. Selon une étude de trois éminents scientifiques russe et biélorusses, publiée dans les annales de l’Académie des Sciences de New-York en 2011, la catastrophe et ses suites seraient responsables de 985 000 morts prématurées entre 1986 et 2004 [5].

Par ailleurs, depuis plusieurs années, d’étranges « ONG » comme le CEPN [6] mettent en place des programmes destinés à prouver que l’on peut vivre en zone contaminée. Ainsi, le programme « ETHOS », en vigueur à Tchernobyl, est maintenant exporté… à Fukushima, pour appuyer le retour de populations dans des régions où la radioactivité ambiante devrait pourtant interdire tout séjour prolongé !

Les milieux naturels aussi sont touchés

La zone d’exclusion touche un périmètre de 2600 km à cheval sur l’Ukraine et la Biélorussie, soit plus ou moins la superficie du Luxembourg. En 2010, le reportage « Tchernobyl, une histoire naturelle » a contribué à populariser la thèse d’une nature intacte qui reprendrait ses droits. Pourtant, cette théorie va à l’encontre des observations scientifiques réalisées dans la zone contaminée (Lire l’analyse détaillée du professeur Michel Fernex : https://www.sortirdunucleaire.org/Tchernobyl-Fernex).

Après avoir mis en évidence l’existence de malformations importantes chez les hirondelles de Tchernobyl [7], Timothy Mousseau, chercheur à l’Université de Caroline du Sud a récemment découvert que la croissance des arbres pouvait aussi être affectée par les radiations [8]. Selon ce même chercheur, il apparaît également que les radiations nuisent aux micro-organismes, empêchant la décomposition des végétaux [9]. Cette accumulation de bois mort pose un nouveau risque : les incendies se déclenchent plus facilement, relâchant dans l’atmosphère une fumée chargée de radioéléments. En février 2015, une étude du Norvegian Institute for Air Research a ainsi confirmé que les feux de forêts plus fréquents contribuaient à répandre à nouveau la radioactivité [10].

Des graves incendies autour de Tchernobyl injectent à nouveau la radioactivité accumulée sur le site - © Sputnik. Yuriy Strelec

Le 28 avril 2015, quasi 29 ans après l’explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl, un important feu de forêt s’est déclenché autour de la centrale sur une surface de 10 000 hectares d’après les images satellites.

Mais c’est en 2020 que s’est déroulé pendant près de 2 semaines le pire incendie jamais déclaré dans la région : selon l’institut hydrométéorologique ukrainien, 870 km2 sont partis en fumée, dont 65 km2 à proximité immédiate de la centrale. Les flammes ont quasiment atteint les portes du lieu de la catastrophe.

Dans la zone interdite, la ville abandonnée de Pripyat a aussi été touchée par cet incendie. Une radioactivité 16 fois supérieure à la normale y a été mesurée par Yegor Firsov, directeur du Service d’inspection écologique d’Ukraine (2,3 μSv/h) : un taux de radioactivité 5 fois plus élevé que le maximum admissible par les normes en vigueur en Ukraine. Du césium-137 et d’autres radionucléides issus de la catastrophe ont été dispersés par la fumée de ces incendies et seraient à l’origine de cette augmentation de la radioactivité, selon la CRIIRAD.

Au 13 avril 2020, les flammes de cet incendie d’origine vraisemblablement criminelle (un individu qui jouait à mettre le feu aux herbes...) n’étaient plus qu’à quelques centaines de mètres du lieu de la catastrophe d’après les données satellite de ce site de la NASA dédié au suivi des incendies :

Par chance la pluie a calmé cet emballement mais une épaisse fumée noire s’est répandu sur toute la région, allant même jusqu’à atteindre Kiev ; des particules radioactives ont survolé toute l’Europe, d’après cette modélisation de l’IRSN .

Si aucune conséquence ne semble à craindre pour la France, où le niveau de radioactivité lié à ce nuage est resté en-dessous des seuils de détection, de nouveaux impacts sur les populations ne sont pas exclus (voir ici les communiqués de la CRIIRAD à ce sujet). Ces incendies récurrents sont de plus en plus préoccupants et pourraient voir leur fréquence s’accroître avec le changement climatique, avec des conséquences sanitaires pour les populations, comme le pointait déjà cette étude réalisée en 2014.

Un nouveau sarcophage

Le réacteur éventré, qui contiendrait encore 97 % des éléments radioactifs, constitue toujours une menace : le sarcophage de béton construit à la va-vite au-dessus de ses ruines se fissurant de toutes parts, la crainte de dispersions radioactives sur l’Europe s’est réveillée .

En 2013, une partie du toit s’est déjà effondré [11].

La construction d’une arche métallique géante de 92 mètres de haut et 245 mètres de long destinée à recouvrir le réacteur, a donc commencé en 2010. Ce chantier pharaonique, mené par un consortium formé de Vinci et Bouygues, aura couté plus de 2 milliards d’euros. L’Ukraine ne pouvant y contribuer qu’à hauteur de 8 %, le reste a du être financé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement et le reste de la communauté internationale. Cette couverture supplémentaire montée sur rail a été officiellement inaugurée en novembre 2016.

Ce cache-misère n’est en rien une solution pérenne pour la mise en route du démantèlement de la centrale et il a seulement pour but de confiner les projections d’éléments radioactifs lors d’un chantier qui devrait s’étaler sur plusieurs décennies.

Prévu pour résister 100 ans, il ne fait que décaler l’échéance pour la gestion des tonnes de radio-éléments encore présents dans l’enceinte du bâtiment. Ces 100 ans ne représentent qu’un instant comparés aux centaines de milliers d’années pendant lesquels ces matériaux pourraient à nouveau se retrouver dans l’environnement.

L’être humain aura-t-il trouvé un moyen de maîtriser le démantèlement du site d’ici 100 ans ? Rien n’est moins sûr...

Les soins aux malades, victimes collatérales de la crise politique.

La crise politique et le spectre d’opérations militaires ont également de lourdes conséquences humanitaires. Selon l’ONG autrichienne Global 2000, l’État ukrainien n’est plus à même de financer un système de santé déjà faible et certaines thérapies contre le cancer destinées aux enfants ne sont plus disponibles dans le nord du pays [12].

Fondé en 1990 par le Professeur Vassily Nesterenko, l’institut Belrad est considéré comme le seul organisme qui assure une radioprotection effective des populations vivant sur les territoires contaminés. Il permet notamment aux enfants de bénéficier de soins et de mesures de la radioactivité présente dans leur corps. Confronté à des difficultés chroniques de financement, il est maintenant entièrement tributaire des fonds récoltés par des fondations et associations, en particulier l’association Enfants de Tchernobyl Belarus (Pour soutenir financièrement Belrad : https://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=adhesion_don). Voir une présentation de ces deux organismes en bas de l’article.

À partir de 2014 des tensions très graves ont pris naissance en Ukraine suite à l’annexion de la Crimée par la Russie. Le conflit démarre dans plusieurs régions séparatistes pro-russes à l’est du pays.
Fin 2021, des milliers de soldats russes ont été massés aux frontières ukrainiennes, notamment aussi en Biélorussie. Les ambassadeurs anglais et américains ont quitté le territoire ukrainien en prévision d’une invasion imminente.

Une escalade des tensions géopolitiques est alors apparue peu à peu jusqu’à aboutir à un paroxysme en février 2022.

2022 : la région de Tchernobyl touchée par la guerre

Le 24 février 2022 au matin, Vladimir Poutine a déclenché l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Après des combats dans la zone d’exclusion qui ont fait craindre le pire (si un dépôt de déchets nucléaires ou le sarcophage avaient été touchés), l’armée russe a rapidement pris possession du site de Tchernobyl. Le personnel technique ukrainien a été pris en otage pour continuer d’exercer la surveillance sur les installations.

Les chars russes devant la centrale le 24 février 2022

Pour l’armée russe, passer par la zone de Tchernobyl était le plus court chemin pour viser Kiev en faisant passer les troupes par la Biélorussie. Le soir même de l’invasion russe, des niveaux de radioactivité anormalement élevés ont été relevés dans la région de Tchernobyl.

Le rayonnement gamma mesuré dans la zone d’exclusion de Tchernobyl a explosé sur certains capteurs (20 à 30 fois plus élevé que le rayonnement habituel). Selon plusieurs sources, cette hausse de la radioactivité a été déclenchée par le passage des blindés russes qui ont remué les poussières radioactives du sol. Dans la nuit du 24 février, les capteurs de radioactivité ont été désactivés pour une raison inconnue.

Le 3 mars, des tirs de chars russes ont touché la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus importante d’Europe. Des bâtiments administratifs ont pris feu et des bâtiments techniques ont été également touchés.

Des tirs russes sur le site de la centrale de Zaporijjia

Le 6 mars, L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique, d’ordinaire réticente à sonner l’alarme, s’est inquiétée du sort des employés-otages du site de Tchernobyl, la communication n’étant possible que par mail. Les 200 gardes et membres du personnel technique n’ont pas pu faire de rotation pendant plusieurs semaines d’affilée (alors que la relève est normalement quotidienne). D’ordinaire, 500 personnes assuraient la sûreté à Tchernobyl. Depuis le 23 février, les 200 mêmes personnes sont restés en poste sans relève, épuisées, se contentant apparemment d’un repas par jour.

Le 9 mars un nouvelle complication s’est produite à Tchernobyl, suite à des combats ayant détruit des lignes, l’opérateur ukrainien Ukrenergo a annoncé une rupture d’alimentation électrique sur le site qui nécessitait pour sa sécurité des systèmes de pompes pour le refroidissement du combustible nucléaire usagé et d’autres systèmes de sécurité pour contrôler l’intérieur du réacteur accidenté.

Dans les jours qui suivent, un laboratoire d’analyse servant à caractériser les déchets radioactifs a été détruit et pillé par l’armée russe à Tchernobyl, plusieurs sources radioactives ont disparu. D’importants feux de forêt dans la région se sont manifestés à nouveau cette année, une menace récurrente susceptible de réinjecter de la radioactivité dans l’air ambiant, le conflit ayant sans doute déclenché certains de ces feux ou compliqué leur extinction.

Localisation des incendies en mars 2022

Fin mars, les équipes de techniciens chargées de surveiller Tchernobyl ont reçu enfin du relai après presque un mois de travail non stop sous la menace des armes. Les équipes n’ont été cependant que partiellement remplacées.

Le 4 avril, suite aux difficultés à occuper l’Ouest de l’Ukraine, l’armée russe a fini par quitter la région de Tchernobyl. Le contrôle a été redonné à l’opérateur ukrainien UkrEnergo.

Sur place, c’est la stupeur : des tranchées ont été creusées dans le sol de la « forêt rouge », une des zones les plus radioactives du monde ; des abris et mêmes des cuisines ont été aménagés dans cet espace empoisonné. Tout porte à croire que les soldats russes ne savaient pas réellement dans quoi ils mettaient les pieds et ne possédaient pas les équipements de protection nécessaires pour éviter toute contamination. Des témoignages font état de plusieurs bus remplis de soldats souffrant du mal des radiations qui ont été envoyés se faire soigner en Biélorussie. Des décès liés à un empoisonnement par irradiation auraient été notifiés.


En ce triste anniversaire de la catastrophe, les Ukrainiens ont pu reprendre le contrôle du site et en assurer la sécurité, mais qui peut être certain que le conflit s’arrête dès maintenant pour la région de Tchernobyl ? Le système de surveillance de la radioactivité dans l’environnement a été complètement mis hors service et il est aujourd’hui difficile de connaître l’ampleur réelle des dégâts occasionnés par le passage de l’armée russe.

Plus que jamais la centrale détruite de Tchernobyl représente une menace et doit nous rappeler qu’une catastrophe nucléaire n’est pas gérable et ce sur un très long terme. N’attendons pas que le territoire français en connaisse une !


Notes

[1Plus d’un quart de siècle après, on retrouve encore des sangliers à la chair anormalement chargée en césium en Autriche et en Allemagne : https://www.maxisciences.com/tchernobyl/tchernobyl-les-sangliers-d-039-autriche-sont-toujours-contamines-par-les-rejets-radiocatifs_art13863.html

[2Wladimir Tchertkoff, Le crime de Tchernobyl. Le goulag nucléaire, Actes Sud, avril 2006

[3Il s’agit ici des zones où la contamination est supérieure à 40 000 Becquerels/m2

[4Bandajevski Y, Dubovaya N.F., Les conséquences de Tchernobyl sur la natalité. Césium radioactif et processus de reproduction, Éditions Yves Michel, 2012.

[5Alexey V. Yablokov, Vassily B. Nesterenko et Alexey V. Nesterenko, Chernobyl. Consequences of the catastrophe for people and the environnement, Annales de l’Académie des Sciences de New York, Volume 1181. La traduction en français de cet ouvrage est désormais téléchargeable sur le site du collectif IndependentWHO.

[6Le « Centre d’étude sur l’Évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire » est une association qui regroupe… EDF, Areva, le CEA et l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire !

L’Ukraine, le Bélarus mais aussi une grande partie de la Russie et de l’Europe restent marqués par la catastrophe nucléaire en cours depuis 36 ans. Scandales sanitaires, mensonges et dénis, milieu naturel atteint, réacteur toujours menaçant : à l’occasion de ce triste anniversaire de l’accident, retrouvez ci-dessous quelques rappels sur l’étendue du désastre.

26 avril 1986 : le début de la catastrophe

Le 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) explose en projetant dans l’atmosphère des quantités considérables de radioéléments. La première vague d’évacuation ne commencera que le lendemain ; une zone d’exclusion de 30 km de rayon sera ensuite définie. Pendant des mois, pompiers puis « liquidateurs » - de 600 000 à 900 000 personnes, essentiellement des jeunes appelés recrutés sur tous le territoire de l’URSS - se relaient dans des conditions sanitaires catastrophiques pour éteindre l’incendie, puis pour tenter à tout prix d’étouffer la fusion du cœur du réacteur. Comme celui-ci menace de s’enfoncer dans le sol, un tunnel de 167 mètres de long est creusé sous le réacteur pour y construire une dalle de béton. Une deuxième explosion catastrophique aura été évitée, mais au prix de l’irradiation de centaines de milliers de personnes.

Parmi ces personnes, jeunes hommes et femmes, un très grand nombre décédera précocement ou souffre toujours aujourd’hui de maladies chroniques. Quelques documentaires leur donnent la parole, notamment Le Sacrifice d’Emmanuela Andreoli et Wladimir Tchertkoff ou encore Tchernobyl, les combattants oubliés d’Emilie Dietrich. Selon les données collectées par Alexei Yablokov, 20 ans après l’accident, sur les 830 000 et quelques liquidateurs intervenus sur le site, 112 000 à 125 000 étaient déjà décédés.

Les radionucléides mortifères projetés par l’explosion ont touché principalement le Bélarus, l’Ukraine et l’Ouest de la Russie, mais se sont également dispersés, pour 53%, sur une grande partie de l’Europe. Des concentrations élevées se déposent notamment en Allemagne, en Autriche, en Suède et en Finlande [1]. La France n’est pas épargnée : les Alpes, la Corse et l’Alsace seront les régions les plus touchées.

36 ans de désinformation

Très vite, l’appareil de désinformation officiel se met en place en Ukraine, mais aussi en Europe. En France, le Professeur Pellerin, directeur du Service Central de Protection contre les Rayonnements Ionisants (SCPRI), intervient à de nombreuses reprises pour minimiser la menace sanitaire. Aucune distribution de pastilles d’iode n’aura lieu, et – contrairement à ce qui s’est passé chez nos voisins européens - aucune consigne concernant les aliments contaminés ne sera donnée. Le même Pierre Pellerin fera partie du petit cénacle d’experts internationaux qui s’accorderont sur le nombre de morts de Tchernobyl à communiquer officiellement [2]. Attaqué par l’Association Française des Malades de la Thyroïde, il bénéficiera d’un non-lieu en septembre 2011 et décèdera en 2013, blanchi par la justice.

Pourtant, il existe de lourdes preuves du passage du nuage de Tchernobyl en France et du fait que les autorités en étaient averties. Avant d’être brusquement dessaisie du dossier en mars 2011, la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy a rassemblé de nombreux éléments accablants lors de perquisitions, notamment dans plusieurs ministères.

Concentration en césium-137 dans l’air en avril-mai 1986

De nombreuses études ont tenté de mettre à jour les impacts réels de la catastrophe de Tchernobyl. Mais toutes, ou presque, ont finalement été enterrées par les autorités. En juillet 2013, pourtant, est sortie une étude épidémiologique indépendante menée par l’équipe du Pr Cremonesi, mettant en évidence la forte augmentation des maladies thyroïdiennes en Corse suite à l’accident.

Plus d’informations : https://www.sortirdunucleaire.org/Tchernobyl-retombees-France

La vie durablement contaminée

Dans les zones les plus contaminées, la catastrophe sanitaire n’a pas fini de sévir. Parmi les 600 000 à 900 000 liquidateurs, un grand nombre sont décédés ou tombés rapidement malades des suites de leur irradiation.

Aux pathologies découlant directement du passage du nuage radioactif, il faut ajouter celles qui résultent de l’exposition quotidienne aux substances radioactives toujours présentes. Plus de 3,5 millions de personnes vivent toujours dans des zones contaminées [3] en Ukraine, 2 millions au Bélarus et 2,7 en Russie.

Certains radioéléments projetés en masse lors de l’explosion, toujours présents dans les sols, sont entrés dans la chaîne alimentaire, comme le césium-137 et le strontium-90, dont les effets nocifs ne prendront fin que d’ici trois siècles. Comme ils ne s’infiltrent que progressivement dans le sol, les racines des plantes pourraient continuer à y puiser pendant des décennies.

L’accumulation du césium-137 dans l’organisme va de pair avec une augmentation spectaculaire du taux de cancers et de pathologies cardiovasculaires, en particulier chez les enfants, mais atteint aussi l’ensemble des systèmes des organes vitaux. Elle provoque également des malformations congénitales, cancers et leucémies, maladies neuropsychiques, endocriniennes, ophtalmologiques, infectieuses ou auto-immunes, augmentation de la mortalité périnatale.

Loin d’être épargnées, les générations nées après 1986 sont de plus en plus touchées, attestant du caractère héréditaire et dégénératif de certaines pathologies. En 2008, le bulletin de janvier-février du bureau biélorusse de l’ONU rapportait déjà que « selon le Directeur-adjoint de l’Hôpital central de Stolyn, le docteur Raisa Misura, 60% des femmes en âge d’enfanter (18-40 ans) et plus de 84% des femmes enceintes ont une pathologie […] Presque 90% des nouveaux-nés tombent dans les groupes de santé II et III [santé moyenne, mauvaise santé et maladies chroniques] ».

Et comme le démontrent des données fournies en 2018 par la pédiatre Galina Bandazhevskaïa, les malformations cardiaques congénitales chez les enfants suivis par la polyclinique de Minsk sont maintenant 10 à 20 fois supérieures à la normale (voir les données mentionnées par l’association Enfants de Tchernobyl Belarus dans son bulletin de mars 2018).

Ces données doivent également prendre en compte le taux extrêmement élevé d’avortements thérapeutiques pratiqués à partir de l’accident. En 1986 et 1987, celui-ci s’élevait à 77 pour 100 naissances, avant de redescendre progressivement les années suivantes.

La désinformation est toujours à l’œuvre concernant les impacts sanitaires réels de Tchernobyl. Devant l’élévation du taux de malformations congénitales (passé entre 2000 et 2009 de 3,5 pour 1000 à 5,5 pour 1000), la réponse du ministère de la Santé du Bélarus fut de fermer l’unique Institut de recherche sur les maladies héréditaires et congénitales [4], ainsi que l’Institut de radio-pathologie de Gomel.

En 2005, le « Forum Tchernobyl », réuni à Vienne sous l’égide de l’AIEA, avait affirmé qu’à long terme, le nombre de décès attribuables à Tchernobyl atteindrait un maximum de 4000 victimes. L’augmentation des pathologies et la dégradation de l’état de santé des populations y sont mises sur le compte du stress, de l’alcoolisme, de la "radiophobie" et de la détérioration des conditions économiques et sociales dans les régions concernées.

Pourtant, les recherches menées par des scientifiques indépendants mettent au jour des chiffres autrement plus élevés. Selon une étude de trois éminents scientifiques russe et biélorusses, publiée dans les annales de l’Académie des Sciences de New-York en 2011, la catastrophe et ses suites seraient responsables de 985 000 morts prématurées entre 1986 et 2004 [5].

Par ailleurs, depuis plusieurs années, d’étranges « ONG » comme le CEPN [6] mettent en place des programmes destinés à prouver que l’on peut vivre en zone contaminée. Ainsi, le programme « ETHOS », en vigueur à Tchernobyl, est maintenant exporté… à Fukushima, pour appuyer le retour de populations dans des régions où la radioactivité ambiante devrait pourtant interdire tout séjour prolongé !

Les milieux naturels aussi sont touchés

La zone d’exclusion touche un périmètre de 2600 km à cheval sur l’Ukraine et la Biélorussie, soit plus ou moins la superficie du Luxembourg. En 2010, le reportage « Tchernobyl, une histoire naturelle » a contribué à populariser la thèse d’une nature intacte qui reprendrait ses droits. Pourtant, cette théorie va à l’encontre des observations scientifiques réalisées dans la zone contaminée (Lire l’analyse détaillée du professeur Michel Fernex : https://www.sortirdunucleaire.org/Tchernobyl-Fernex).

Après avoir mis en évidence l’existence de malformations importantes chez les hirondelles de Tchernobyl [7], Timothy Mousseau, chercheur à l’Université de Caroline du Sud a récemment découvert que la croissance des arbres pouvait aussi être affectée par les radiations [8]. Selon ce même chercheur, il apparaît également que les radiations nuisent aux micro-organismes, empêchant la décomposition des végétaux [9]. Cette accumulation de bois mort pose un nouveau risque : les incendies se déclenchent plus facilement, relâchant dans l’atmosphère une fumée chargée de radioéléments. En février 2015, une étude du Norvegian Institute for Air Research a ainsi confirmé que les feux de forêts plus fréquents contribuaient à répandre à nouveau la radioactivité [10].

Des graves incendies autour de Tchernobyl injectent à nouveau la radioactivité accumulée sur le site - © Sputnik. Yuriy Strelec

Le 28 avril 2015, quasi 29 ans après l’explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl, un important feu de forêt s’est déclenché autour de la centrale sur une surface de 10 000 hectares d’après les images satellites.

Mais c’est en 2020 que s’est déroulé pendant près de 2 semaines le pire incendie jamais déclaré dans la région : selon l’institut hydrométéorologique ukrainien, 870 km2 sont partis en fumée, dont 65 km2 à proximité immédiate de la centrale. Les flammes ont quasiment atteint les portes du lieu de la catastrophe.

Dans la zone interdite, la ville abandonnée de Pripyat a aussi été touchée par cet incendie. Une radioactivité 16 fois supérieure à la normale y a été mesurée par Yegor Firsov, directeur du Service d’inspection écologique d’Ukraine (2,3 μSv/h) : un taux de radioactivité 5 fois plus élevé que le maximum admissible par les normes en vigueur en Ukraine. Du césium-137 et d’autres radionucléides issus de la catastrophe ont été dispersés par la fumée de ces incendies et seraient à l’origine de cette augmentation de la radioactivité, selon la CRIIRAD.

Au 13 avril 2020, les flammes de cet incendie d’origine vraisemblablement criminelle (un individu qui jouait à mettre le feu aux herbes...) n’étaient plus qu’à quelques centaines de mètres du lieu de la catastrophe d’après les données satellite de ce site de la NASA dédié au suivi des incendies :

Par chance la pluie a calmé cet emballement mais une épaisse fumée noire s’est répandu sur toute la région, allant même jusqu’à atteindre Kiev ; des particules radioactives ont survolé toute l’Europe, d’après cette modélisation de l’IRSN .

Si aucune conséquence ne semble à craindre pour la France, où le niveau de radioactivité lié à ce nuage est resté en-dessous des seuils de détection, de nouveaux impacts sur les populations ne sont pas exclus (voir ici les communiqués de la CRIIRAD à ce sujet). Ces incendies récurrents sont de plus en plus préoccupants et pourraient voir leur fréquence s’accroître avec le changement climatique, avec des conséquences sanitaires pour les populations, comme le pointait déjà cette étude réalisée en 2014.

Un nouveau sarcophage

Le réacteur éventré, qui contiendrait encore 97 % des éléments radioactifs, constitue toujours une menace : le sarcophage de béton construit à la va-vite au-dessus de ses ruines se fissurant de toutes parts, la crainte de dispersions radioactives sur l’Europe s’est réveillée .

En 2013, une partie du toit s’est déjà effondré [11].

La construction d’une arche métallique géante de 92 mètres de haut et 245 mètres de long destinée à recouvrir le réacteur, a donc commencé en 2010. Ce chantier pharaonique, mené par un consortium formé de Vinci et Bouygues, aura couté plus de 2 milliards d’euros. L’Ukraine ne pouvant y contribuer qu’à hauteur de 8 %, le reste a du être financé par la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement et le reste de la communauté internationale. Cette couverture supplémentaire montée sur rail a été officiellement inaugurée en novembre 2016.

Ce cache-misère n’est en rien une solution pérenne pour la mise en route du démantèlement de la centrale et il a seulement pour but de confiner les projections d’éléments radioactifs lors d’un chantier qui devrait s’étaler sur plusieurs décennies.

Prévu pour résister 100 ans, il ne fait que décaler l’échéance pour la gestion des tonnes de radio-éléments encore présents dans l’enceinte du bâtiment. Ces 100 ans ne représentent qu’un instant comparés aux centaines de milliers d’années pendant lesquels ces matériaux pourraient à nouveau se retrouver dans l’environnement.

L’être humain aura-t-il trouvé un moyen de maîtriser le démantèlement du site d’ici 100 ans ? Rien n’est moins sûr...

Les soins aux malades, victimes collatérales de la crise politique.

La crise politique et le spectre d’opérations militaires ont également de lourdes conséquences humanitaires. Selon l’ONG autrichienne Global 2000, l’État ukrainien n’est plus à même de financer un système de santé déjà faible et certaines thérapies contre le cancer destinées aux enfants ne sont plus disponibles dans le nord du pays [12].

Fondé en 1990 par le Professeur Vassily Nesterenko, l’institut Belrad est considéré comme le seul organisme qui assure une radioprotection effective des populations vivant sur les territoires contaminés. Il permet notamment aux enfants de bénéficier de soins et de mesures de la radioactivité présente dans leur corps. Confronté à des difficultés chroniques de financement, il est maintenant entièrement tributaire des fonds récoltés par des fondations et associations, en particulier l’association Enfants de Tchernobyl Belarus (Pour soutenir financièrement Belrad : https://enfants-tchernobyl-belarus.org/doku.php?id=adhesion_don). Voir une présentation de ces deux organismes en bas de l’article.

À partir de 2014 des tensions très graves ont pris naissance en Ukraine suite à l’annexion de la Crimée par la Russie. Le conflit démarre dans plusieurs régions séparatistes pro-russes à l’est du pays.
Fin 2021, des milliers de soldats russes ont été massés aux frontières ukrainiennes, notamment aussi en Biélorussie. Les ambassadeurs anglais et américains ont quitté le territoire ukrainien en prévision d’une invasion imminente.

Une escalade des tensions géopolitiques est alors apparue peu à peu jusqu’à aboutir à un paroxysme en février 2022.

2022 : la région de Tchernobyl touchée par la guerre

Le 24 février 2022 au matin, Vladimir Poutine a déclenché l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Après des combats dans la zone d’exclusion qui ont fait craindre le pire (si un dépôt de déchets nucléaires ou le sarcophage avaient été touchés), l’armée russe a rapidement pris possession du site de Tchernobyl. Le personnel technique ukrainien a été pris en otage pour continuer d’exercer la surveillance sur les installations.

Les chars russes devant la centrale le 24 février 2022

Pour l’armée russe, passer par la zone de Tchernobyl était le plus court chemin pour viser Kiev en faisant passer les troupes par la Biélorussie. Le soir même de l’invasion russe, des niveaux de radioactivité anormalement élevés ont été relevés dans la région de Tchernobyl.

Le rayonnement gamma mesuré dans la zone d’exclusion de Tchernobyl a explosé sur certains capteurs (20 à 30 fois plus élevé que le rayonnement habituel). Selon plusieurs sources, cette hausse de la radioactivité a été déclenchée par le passage des blindés russes qui ont remué les poussières radioactives du sol. Dans la nuit du 24 février, les capteurs de radioactivité ont été désactivés pour une raison inconnue.

Le 3 mars, des tirs de chars russes ont touché la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus importante d’Europe. Des bâtiments administratifs ont pris feu et des bâtiments techniques ont été également touchés.

Des tirs russes sur le site de la centrale de Zaporijjia

Le 6 mars, L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique, d’ordinaire réticente à sonner l’alarme, s’est inquiétée du sort des employés-otages du site de Tchernobyl, la communication n’étant possible que par mail. Les 200 gardes et membres du personnel technique n’ont pas pu faire de rotation pendant plusieurs semaines d’affilée (alors que la relève est normalement quotidienne). D’ordinaire, 500 personnes assuraient la sûreté à Tchernobyl. Depuis le 23 février, les 200 mêmes personnes sont restés en poste sans relève, épuisées, se contentant apparemment d’un repas par jour.

Le 9 mars un nouvelle complication s’est produite à Tchernobyl, suite à des combats ayant détruit des lignes, l’opérateur ukrainien Ukrenergo a annoncé une rupture d’alimentation électrique sur le site qui nécessitait pour sa sécurité des systèmes de pompes pour le refroidissement du combustible nucléaire usagé et d’autres systèmes de sécurité pour contrôler l’intérieur du réacteur accidenté.

Dans les jours qui suivent, un laboratoire d’analyse servant à caractériser les déchets radioactifs a été détruit et pillé par l’armée russe à Tchernobyl, plusieurs sources radioactives ont disparu. D’importants feux de forêt dans la région se sont manifestés à nouveau cette année, une menace récurrente susceptible de réinjecter de la radioactivité dans l’air ambiant, le conflit ayant sans doute déclenché certains de ces feux ou compliqué leur extinction.

Localisation des incendies en mars 2022

Fin mars, les équipes de techniciens chargées de surveiller Tchernobyl ont reçu enfin du relai après presque un mois de travail non stop sous la menace des armes. Les équipes n’ont été cependant que partiellement remplacées.

Le 4 avril, suite aux difficultés à occuper l’Ouest de l’Ukraine, l’armée russe a fini par quitter la région de Tchernobyl. Le contrôle a été redonné à l’opérateur ukrainien UkrEnergo.

Sur place, c’est la stupeur : des tranchées ont été creusées dans le sol de la « forêt rouge », une des zones les plus radioactives du monde ; des abris et mêmes des cuisines ont été aménagés dans cet espace empoisonné. Tout porte à croire que les soldats russes ne savaient pas réellement dans quoi ils mettaient les pieds et ne possédaient pas les équipements de protection nécessaires pour éviter toute contamination. Des témoignages font état de plusieurs bus remplis de soldats souffrant du mal des radiations qui ont été envoyés se faire soigner en Biélorussie. Des décès liés à un empoisonnement par irradiation auraient été notifiés.


En ce triste anniversaire de la catastrophe, les Ukrainiens ont pu reprendre le contrôle du site et en assurer la sécurité, mais qui peut être certain que le conflit s’arrête dès maintenant pour la région de Tchernobyl ? Le système de surveillance de la radioactivité dans l’environnement a été complètement mis hors service et il est aujourd’hui difficile de connaître l’ampleur réelle des dégâts occasionnés par le passage de l’armée russe.

Plus que jamais la centrale détruite de Tchernobyl représente une menace et doit nous rappeler qu’une catastrophe nucléaire n’est pas gérable et ce sur un très long terme. N’attendons pas que le territoire français en connaisse une !



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