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Sortir du nucléaire n°86

Été 2020

Alerter

Retour sur les incendies d’avril 2020 à Tchernobyl

Été 2020




Des incendies se sont déclarés sur les territoires contaminés proches de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, en particulier entre le 4 et le 26 avril 2020. Ils ont concerné plusieurs centaines de kilomètres carrés et remis en suspension les substances radioactives accumulées au sol et dans le couvert végétal.

© Shutterstock - Oleksander Popenko


Les risques les plus élevés concernent les pompiers qui interviennent directement dans la zone d’exclusion et pour les habitants des zones proches. Les doses pour les pompiers peuvent dépasser les limites sanitaires pour le public, notamment du fait de l’irradiation externe. S’agissant des doses liées à l’inhalation, on manque de données concernant le strontium 90 ainsi que le plutonium et l’américium qui sont très radiotoxiques et dont la présence a été attestée à des niveaux non négligeables lors de précédents incendies.

En Ukraine

La ville de Kiev, située à une centaine de kilomètres au sud des réacteurs de Tchernobyl, a également été atteinte à plusieurs reprises par les panaches contaminés (l’activité du césium 137 dans l’air ambiant a été ponctuellement plus de 700 fois supérieure au niveau “habituel“ le 8 avril). Bien que les doses induites par le césium ne soient pas préoccupantes, on ne dispose pas de tous les éléments pour faire une évaluation radiologique complète. Se pose également la question de l’impact des substances chimiques et des effets sur l’organisme de l’inhalation de microparticules voire de nanoparticules. Il faut aussi rappeler que les habitants de Kiev sont exposés régulièrement à des fumées issues d’incendies, il faut donc tenir compte du cumul des expositions.

En France et en Europe

En France, les niveaux de contamination en césium 137 de l’air ambiant n’ont pas dépassé les limites de détection des balises d’alerte gérées par la CRIIRAD en Vallée du Rhône. La CRIIRAD a publié ses premiers résultats le 14 avril 2020 (valeur moyenne hebdomadaire inférieure à 6 microbecquerels par mètre cube). Le caractère très faible de l’impact des incendies a été confirmé par l’IRSN le 14 avril puis le 5 mai (valeur maximale de l’ordre du microbecquerel par mètre cube dans le sud-est de la France). À titre de comparaison, au moment des retombées de 1986 en France, les concentrations en césium 137 étaient de l’ordre de 1 million de fois plus importantes, et s’accompagnaient de tout un cocktail d’autres substances radioactives.

Une fois de plus, il n’a pas été possible d’obtenir rapidement des données précises et fiables sur la concentration en éléments radioactifs dans l’air en Europe.

Cette année, les incendies se sont approchés à moins d’un kilomètre de la centrale accidentée de Tchernobyl. La CRIIRAD a fait part de son inquiétude sur les risques potentiels quant à la sûreté des installations nucléaires et des entreposages de déchets qui sont particulièrement nombreux dans la zone d’exclusion. D’autant plus que nombre de dépôts de déchets et installations sont loin de satisfaire aux critères de sûreté en vigueur aujourd’hui. S’est également posée la question des risques vis-à-vis des combustibles irradiés au cas où, par exemple, les incendies pourraient détruire les alimentations électriques des systèmes de refroidissement de la piscine centrale ISF 1. Pour rappel, les quelques 21 000 assemblages de combustibles irradiés issus des réacteurs 1 à 3 sont toujours sur le site.

Au final, la situation a pu être maîtrisée, en partie grâce au retour de la pluie, mais avec le dérèglement climatique les risques d’incendies majeurs vont augmenter.

Bruno Chareyron

Directeur du laboratoire de la CRIIRAD

Voir http://balises.criirad.org/actuTchernobyl2020.html

Les risques les plus élevés concernent les pompiers qui interviennent directement dans la zone d’exclusion et pour les habitants des zones proches. Les doses pour les pompiers peuvent dépasser les limites sanitaires pour le public, notamment du fait de l’irradiation externe. S’agissant des doses liées à l’inhalation, on manque de données concernant le strontium 90 ainsi que le plutonium et l’américium qui sont très radiotoxiques et dont la présence a été attestée à des niveaux non négligeables lors de précédents incendies.

En Ukraine

La ville de Kiev, située à une centaine de kilomètres au sud des réacteurs de Tchernobyl, a également été atteinte à plusieurs reprises par les panaches contaminés (l’activité du césium 137 dans l’air ambiant a été ponctuellement plus de 700 fois supérieure au niveau “habituel“ le 8 avril). Bien que les doses induites par le césium ne soient pas préoccupantes, on ne dispose pas de tous les éléments pour faire une évaluation radiologique complète. Se pose également la question de l’impact des substances chimiques et des effets sur l’organisme de l’inhalation de microparticules voire de nanoparticules. Il faut aussi rappeler que les habitants de Kiev sont exposés régulièrement à des fumées issues d’incendies, il faut donc tenir compte du cumul des expositions.

En France et en Europe

En France, les niveaux de contamination en césium 137 de l’air ambiant n’ont pas dépassé les limites de détection des balises d’alerte gérées par la CRIIRAD en Vallée du Rhône. La CRIIRAD a publié ses premiers résultats le 14 avril 2020 (valeur moyenne hebdomadaire inférieure à 6 microbecquerels par mètre cube). Le caractère très faible de l’impact des incendies a été confirmé par l’IRSN le 14 avril puis le 5 mai (valeur maximale de l’ordre du microbecquerel par mètre cube dans le sud-est de la France). À titre de comparaison, au moment des retombées de 1986 en France, les concentrations en césium 137 étaient de l’ordre de 1 million de fois plus importantes, et s’accompagnaient de tout un cocktail d’autres substances radioactives.

Une fois de plus, il n’a pas été possible d’obtenir rapidement des données précises et fiables sur la concentration en éléments radioactifs dans l’air en Europe.

Cette année, les incendies se sont approchés à moins d’un kilomètre de la centrale accidentée de Tchernobyl. La CRIIRAD a fait part de son inquiétude sur les risques potentiels quant à la sûreté des installations nucléaires et des entreposages de déchets qui sont particulièrement nombreux dans la zone d’exclusion. D’autant plus que nombre de dépôts de déchets et installations sont loin de satisfaire aux critères de sûreté en vigueur aujourd’hui. S’est également posée la question des risques vis-à-vis des combustibles irradiés au cas où, par exemple, les incendies pourraient détruire les alimentations électriques des systèmes de refroidissement de la piscine centrale ISF 1. Pour rappel, les quelques 21 000 assemblages de combustibles irradiés issus des réacteurs 1 à 3 sont toujours sur le site.

Au final, la situation a pu être maîtrisée, en partie grâce au retour de la pluie, mais avec le dérèglement climatique les risques d’incendies majeurs vont augmenter.

Bruno Chareyron

Directeur du laboratoire de la CRIIRAD

Voir http://balises.criirad.org/actuTchernobyl2020.html



Thèmes
Tchernobyl Pollution radioactive