Résilience et reconstruction à Fukushima : un miroir aux alouettes
Après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, l’évacuation a été l’action la plus immédiate pour protéger la population. Le rayon pris en compte autour de la centrale, puis le seuil de radioactivité pour définir la zone d’exclusion, ont évolué. Qu’en est-il aujourd’hui de la résilience, demandée par le gouvernement japonais aux habitant·es, et de l’habitat dans la zone contaminée ?
Une résilience très relative
Entre le 11 et le 12 mars 2011, la préfecture de Fukushima a émis le premier ordre d’évacuation dans un rayon de 2 km de la centrale. Par la suite, le gouvernement central a élargi le rayon à 3 km, puis 10 puis 20 km. Ce n’est que le 22 avril 2011 que le seuil de post-urgence de 20 mSv (millisievert)/an a été pris en compte dans le zonage, permettant d’intégrer des communes subissant d’importantes contaminations situées en dehors du rayon de 20 km.
Le seuil de post-urgence de 20 mSv/an reste valide encore aujourd’hui dans Fukushima pour définir la zone d’exclusion. Ce fait pose plusieurs problèmes. Premièrement, les seuils sont calculés par rapport à la "référence homme". Or, dans le cas d’un accident nucléaire, cette référence est appliquée aussi bien aux enfants qu’aux femmes, plus radiosensibles que les hommes.
Deuxièmement, il n’y a eu aucune réévaluation du seuil de référence. Il est recommandé qu’une réduction progressive soit faite pour atteindre à terme 1 mSv/an. En lieu et place de cela, lorsque la dose devient inférieure à 20 mSv/an, le gouvernement japonais lève l’ordre d’évacuation et autorise les personnes à entrer et à s’installer librement.
C’est dans ce contexte que nous devons situer l’usage du concept de la "résilience". Ainsi, une nouvelle politique a été mise en place par une décision du Conseil des ministres du 20 juin 2025, permettant de laisser à la responsabilité individuelle la gestion de l’exposition aux radiations et de la consommation alimentaire. En d’autres termes, l’État n’en est plus responsable.
Une reconstruction en trompe-l’œil
Dans des territoires contaminés ainsi ouverts, le taux de retour de la population est variable mais demeure faible. Quant aux communes situées près de la centrale de Fukushima Daiichi dans la région côtière, les populations nouvellement installées y sont plus nombreuses que les ancien·nes habitant·es. Attirées par les aides diverses, les populations immigrées sont plutôt de la jeune génération.
Les frais de démolition des maisons situées dans les (ex-)zones d’évacuation sont pris en charge par le gouvernement si la demande est enregistrée durant l’année suivant la date de levée de l’ordre d’évacuation. Passée cette date, les frais de démolition et de traitement des déchets radioactifs sont à la charge des propriétaires. Dans ce contexte, ces derniers ont tout intérêt à demander la démolition malgré l’attachement à leur maison. Le résultat est un paysage rasé, méconnaissable et désolant aux yeux des ancien·nes habitant·es.
Dans la région côtière dépeuplée, on trouve des bâtiments flambant neufs : logements, écoles, centres d’accueil, hôtels, laboratoires, usines, entreprises, etc. Cette région est maintenant connue sous le nom d’Innovation Coast, une région côtière qui abrite des centres de recherche et développement et des industries de haute technologie. Cette vitrine de la reconstruction contraste fortement avec ce qui existait avant la triple catastrophe, d’un point de vue humain, communautaire et culturel.
Compte tenu de la série de violations des droits humains commises à l’encontre des évacué·es et des résident·es, l’objectif de cette approche de "reconstruction" n’est certainement pas de venir en aide à la population. Il s’agit plutôt de sauver le prestige de l’État japonais et de renforcer l’industrie nucléaire japonaise et internationale en montrant qu’il est possible de se remettre d’un grave accident nucléaire, et que l’humanité est désormais capable de vivre avec la radioactivité.
Kurumi Sugita
Nos Voisins Lointains 3.11
