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Sortir du nucléaire n°109



Printemps 2026
Crédit photo : David Brooke Martin - Unsplash

Vivre à l’abri de l’exposition aux radiations : un droit humain fondamental

Akiko Morimatsu a témoigné en 2018 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur la vie des "déplacés internes" de Fukushima. Contrairement aux "réfugiés", ces personnes sont contraintes de fuir à l’intérieur du pays, en raison de conflits ou de catastrophes. Nous relayons ici son témoignage.

Incidents / Accidents Fukushima

Afin d’éviter l’exposition aux radiations causées par l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi survenu en 2011, je vis encore aujourd’hui à Osaka, en situation de "déplacée interne" avec mes deux enfants mineurs. Juste après l’accident, nous, simples citoyens, n’avons pas été informés de la contamination radioactive et avons ainsi subi une irradiation évitable. Nous n’avions d’autre choix que de vivre sur un sol contaminé, de respirer un air contaminé, de boire une eau contaminée. J’allaitais alors ma fille de cinq mois, et ce n’est que plus tard que j’ai compris que j’avais exposé mes enfants aux radiations.

Des seuils d’exposition fluctuants

Les autorités, qui avaient pourtant assuré qu’il n’y aurait jamais d’accident, ont assoupli à leur convenance, après la catastrophe, les normes d’exposition aux radiations. En appliquant leur logique économique, elles ont imposé des frontières arbitraires pour décider qui serait reconnu comme victime, divisant ainsi les victimes entre elles. Or, de nombreux sinistrés continuent encore, quinze ans après l’accident, de souffrir de ses conséquences, quel que soit leur statut de victime décidé par le zonage administratif. La raison en est simple : la contamination radioactive demeure. Et parce que je ne veux pas faire subir à mes enfants ne serait-ce qu’un micro-sievert supplémentaire d’exposition inutile, je poursuis encore aujourd’hui cette vie de déplacée interne sans être indemnisée.

Nous voyons bafoués ces droits fondamentaux de l’existence : "ne pas être exposés aux radiations" et "jouir d’une bonne santé". La justice japonaise a pourtant entériné les "normes de sécurité" que l’État a unilatéralement assouplies après l’accident nucléaire. Et depuis l’arrêt de la Cour suprême de 2022, il est devenu extrêmement difficile pour les personnes déplacées d’obtenir des indemnisations dans les procès civils qu’elles intentent. Cela signifie que le droit humain à "éviter toute exposition inutile aux radiations" n’est pas respecté dans le système judiciaire japonais.

La question du nucléaire est avant tout celle des droits humains fondamentaux

80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et après l’attribution en 2024 du prix Nobel de la paix à Nihon Hidankyō [1], et les prises de parole des hibakusha [2] qui ont attiré l’attention internationale sur la question de l’exposition aux radiations, je considère que le Japon (seul pays au monde à avoir subi des bombardements atomiques en temps de guerre), fort des expériences d’Hiroshima, Nagasaki et Fukushima, doit désormais assumer un rôle de chef de file en œuvrant à l’établissement d’un droit fondamental universel de toute personne à être protégée contre l’exposition aux radiations.

À travers le monde, de nombreuses personnes dénoncent les dommages causés par le nucléaire : victimes des essais nucléaires, personnes exposées du fait de l’extraction de l’uranium, ou encore des pollutions environnementales provoquées par les déchets nucléaires et les rejets d’eaux contaminées dans l’océan. Toutes ces situations relèvent, au sens large, de la diffusion des dommages nucléaires. Ayant vécu l’expérience de Fukushima, nous savons que, qu’il s’agisse d’un usage militaire ou civil, nul n’est à l’abri de devenir victime du nucléaire.

En établissant le droit de vivre à l’abri de l’exposition aux radiations comme un droit universel de l’humanité, il devient possible de réduire au maximum les dommages nucléaires à l’échelle mondiale. Tel est l’avenir que nous devons viser. C’est pourquoi nous estimons nécessaire de construire des liens de solidarité avec l’ensemble des victimes du nucléaire à travers le monde pour œuvrer ensemble à l’établissement de ce droit universel. En tant que victime de la catastrophe nucléaire de Fukushima, je suis plus que jamais déterminée à faire entendre ma voix et à poursuivre ce combat. Ensemble, obtenons la reconnaissance pleine et entière de ce droit fondamental et universel humain.

Akiko Morimatsu
Représentante du groupe des plaignants du procès civil à Osaka

Témoignage extrait de la brochure gratuite Fukushima, 15 ans après, édition Yosomononet.

Commander la brochure

Notes

[1Confédération japonaise des victimes des bombes A et H, fondée en août 1956.

[2Terme utilisé pour les survivants des bombes d’Hiroshima et Nagasaki, reconnus officiellement par le gouvernement japonais, ce qui leur confère certains droits dont la gratuité du suivi médical. Mais la limitation géographique et temporelle de l’irradiation décidée par les autorités a exclu un grand nombre d’irradiés qui ne bénéficient d’aucun droit.



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