Paru dans Sortir du nucléaire n°110, Été 2026. Mis en ligne le 6 octobre 2026
L’État a décidé que le Livret A, dont le taux avait déjà baissé début février 2026 à 1,5 %, devrait désormais financer en partie le nucléaire. Un projet évoqué depuis plusieurs années déjà, dont la concrétisation a été annoncée au premier trimestre.
Le Livret A est un produit d’épargne réglementé par l’État – qui décide de son fonctionnement, de son taux, de son plafond, de la qualité des titulaires – et dont les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu. Les fonds collectés sur les Livrets A sont centralisés par la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Constitués par 58 millions de Français et Françaises, ces fonds représentent près de 449 milliards d’euros début 2026.
Dans un communiqué du 12 mars 2026, la Banque des Territoires a confirmé les paroles d’Emmanuel Macron, prononcées ce même jour sur le chantier du projet EPR2 de Penly, à l’occasion du Conseil de politique nucléaire :
La Banque des Territoires envisage de contribuer au financement de la construction des six réacteurs nucléaires EPR2 en projet via le Fonds d’Épargne, constitué du Livret A, du Livret de développement durable et solidaire (LDDS) et du Livret d’épargne populaire (LEP).
Le Fonds d’Épargne est utilisé par la CDC pour deux enveloppes de taille à peu près égale : une moitié pour des prêts à taux préférentiels, l’autre moitié pour investissement sur les marchés financiers. Les prêts servent avant tout à financer des projets d’intérêt général, comme le logement social et le secteur public local. Jusqu’à présent, le Fonds d’Épargne pouvait éventuellement financer les PME, mais pas des entreprises de la taille d’EDF. Pour intégrer le nucléaire, la CDC prévoit de réduire ses placements de marché.
Emmanuel Macron ne nous fera pas oublier la folie budgétaire que représente son programme de relance du nucléaire, ni les déboires industriels et la baisse de la production nucléaire subis par EDF.
La réduction des consommations d’énergie et les renouvelables électriques – beaucoup plus rapides, faciles et moins chères à construire que de nouveaux réacteurs nucléaires – restent les leviers les plus soutenables et les plus pertinents à privilégier pour lutter contre le changement climatique [1].
La décision de ce financement du nucléaire par l’épargne des Français et Françaises reste soumise au feu vert de la Commission européenne, qui pourrait trouver à redire sur ces taux préférentiels accordés à une entreprise, en vertu de la législation anticoncurrentielle. De plus, ce financement bénéficierait d’une garantie de l’État devant être préalablement validée lors du vote d’une loi de finances.
Après ce énième signe que ce gouvernement agit en faisant fi de toute notion de démocratie, le bon sens nous invite à retirer nos fonds de nos Livret A, LDDS et LEP, et d’en faire connaître les raisons à notre banque. Il existe aujourd’hui des façons d’investir son argent sans qu’il ne finance les énergies fossiles et les ambitions nucléaristes de notre président. Attention toutefois à la communication des banques. Par exemple, le label "Greenfin" peut financer le nucléaire ! Il est utile aussi de consulter les "politiques sectorielles" des banques en matière d’énergie et de défense : l’exclusion du nucléaire ne concerne pas toujours l’ensemble du groupe bancaire.
Myriam Battarel
[1] Quelle place pour le nucléaire et les énergies renouvelables dans les trajectoires mondiales de neutralité carbone ?, Analyse de l’Association négaWatt, sur la base des travaux du GIEC, 24 septembre 2020