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Sortir du nucléaire n°80

Hiver 2019

Pourquoi et comment agir contre les transports radioactifs ?

Hiver 2019




Les installations nucléaires étant disséminées sur tout le territoire, l’industrie de l’uranium génère chaque jour des transports à haut risque. De l’extraction du minerai jusqu’aux installations de stockage, l’uranium suit un dangereux périple, dans le plus grand secret. Chaque année, pour les besoins de l’industrie nucléaire, la France, est traversée par 19 000 transports radioactifs  [1] (train, camion et bateau), soit 114 000 “colis“. Ces convois quotidiens tissent une toile qui n’épargne aucune région française. L’uranium va ainsi être transporté six fois et transformé cinq fois, avant même son utilisation dans les réacteurs. Et c’est sans compter les transports des déchets de toute sorte, produits à chaque étape de la chaîne nucléaire. Nous ne pourrons être exhaustifs ici mais nous vous invitons à consulter les dossiers à ce sujet sur notre site internet.



Un trafic incessant

Au sortir de la mine, l’uranium est transporté par camion jusqu’aux ports des pays producteurs pour rejoindre le Havre (76), Fos-sur-Mer (13) ou l’Allemagne (Hambourg ou Bremerhaven) par bateaux. Il est ensuite acheminé par trains vers l’usine Comurhex Malvési (34) à quelques pas de Narbonne. Puis il rejoint par rail le site du Tricastin (26), pour finalement être conditionné à l’usine de Romans-sur-Isère (38).Le combustible est ensuite envoyé vers les 58 réacteurs français. On compte ainsi 400 transports par an de combustible neuf à base d’uranium et une cinquantaine de transports de combustible neuf MOX  [2].

identifier un transport

Les déchets produits à chaque étape sont transportés par la route ou par le rail vers des centres d’entreposage, de stockage ou vers l’usine de retraitement de La Hague (50) dans des conteneurs appelés CASTOR  [3]. On dénombre environ 200 transports de ce type par an. Après “retraitement“, certains déchets restent sur place. Mais une fois traités et vitrifiés, les déchets étrangers repartent et l’uranium issu du retraitement et une partie du plutonium reprend la route. Chaque semaine, deux ou trois convois de cette substance extrêmement toxique traversent la France pour rejoindre l’installation MELOX, dans le Gard, pour servir à la fabrication du MOX.

Et chaque étape de la transformation de l’uranium ou du retraitement du combustible va elle aussi entraîner la production de tout un tas de déchets radioactifs et chimiques. Certains restent sur leur site de production, en attente d’une hypothétique solution, les autres vont, à leur tour, être transportés vers des sites d’entreposage ou de stockage. Ce sont par exemple plusieurs camions de déchets dits de faible activité qui quittent le site de la Hague chaque début de semaine pour rejoindre le département de l’Aube.

Un train CASTOR a déraillé

Des transports dangereux et secrets

Ces convois sont plus ou moins radioactifs. Lors de ces va-et-vient, ni la sécurité de la population ni la protection de l’environnement ne sont garanties. Par exemple, les convois de combustibles usés émettent des rayonnements importants malgré le blindage des CASTOR. Alors qu’en Allemagne, les agents assurant la sécurité des convois ont l’interdiction de s’approcher à moins de sept mètres des CASTOR, ou qu’en Belgique, les élus locaux sont informés quelques heures avant le passage des convois, aucune mesure similaire n’existe en France.

Pourtant, les relevés de radioactivité sont éloquents. Lors d’un dépassement de camion la radioactivité mesurée par la CRIIRAD, dans la voiture est jusqu’à 47 fois plus élevée que la normale. L’Autorité de sureté nucléaire relève encore 2 à 4 fois plus de radioactivité que la normale après la décharge des fûts sur un bateau en provenance du Niger. Et que dire de cette mesure réalisée par la CRIIRAD, où la terre exposée à la suite d’un accident au Niger se révélait 1 000 à 10 000 fois plus radioactive que la normale ! Ces transports sont un vrai danger.

Officiellement, la politique de gestion des matières et des déchets radioactifs s’établit selon un plan de “mesures de transparence et de démocratie“… En matière de transport nucléaire, ni les élus locaux ni les citoyens ne sont informés, et pourtant lorsqu’un train de déchets traverse une gare, les cheminots sont exposés aux radiations... tout comme les usagers. On pourra retenir l’exemple de la plate-forme de Void-Vacon, filiale d’Areva, installée depuis 2009, conçue à l’origine pour le transport de pièces neuves à destination des chantiers d’ITER et Georges Besse II qui est devenue “une aire de repos“ pour des camions chargés de matières radioactives sans que la population ne soit tenue au courant ou les services de secours informés ou formés à une intervention d’urgence. Le lobby nucléaire justifie cette opacité par la prévention du risque terroriste…

Agissons contre ces transports

Peu de régions sont épargnées par ces convois, certaines sont de véritables corridors, comme la vallée du Rhône, l’Ile-de-France ou encore la Normandie. Et les projets de piscine centralisée, de Cigéo, ou d’EPR ne feraient qu’ajouter des transports à cette liste déjà bien trop longue. Ces transports sont si réguliers et si nombreux, qu’ils en deviennent une faille. S’y opposer, c’est mettre des bâtons dans les roues du système nucléaire. Mais c’est également un puissant levier pour mobiliser localement la population en partant de problématiques importantes : la santé par les risques encourus et l’absence d’information. Le débat bidon sur la gestion des déchets qui pourrait commencer en février, le début des travaux préparatoires liés aux transports de Cigéo, un transport de déchets allemands probablement à la fin de l’année, en 2019, les occasions seront nombreuses de se mobiliser. Les manières d’agir sont variées et ce rapide inventaire des actions déjà mises en place par le passé pourra vous donner des envies ou des idées pour agir.

 Organiser un rassemblement, des flash-mob, die-in ou écrire aux autorités…

 Être présent devant les gares, distribuer des tracts aux usagers, coller des affiches, organiser un flash-mob ou un die-in symbolique peuvent être un premier pas dans l’action pour informer la population.

 Écrire aux élus ou au préfet peut s’avérer utile pour les informer du passage du convoi sur le territoire d’une commune ou pour demander que soient rendues publiques les informations relatives à ce transport.

 Organiser une vigie

Les transports étant réalisés en secret, l’organisation de vigies permet de collecter des informations essentielles sur la fréquence, les horaires et trajets précis, la composition des convois, et ainsi les mettre en lumière et diffuser des informations cachées aux élus et aux populations. Munies d’un appareil photo, d’un papier, d’un stylo et d’une montre les vigies relèveront la plaque ou l’autocollant indiquant la radioactivité ainsi que le numéro à 4 chiffres en bas de la plaque orange ; prendront des photos et noteront le lieu, la date et l’heure de visualisation du convoi. Pendant plusieurs années, une “cellule de vigilance“ est restée en alerte au Réseau “Sortir du nucléaire“ afin d’assurer le suivi de nombreux convois et de faire le lien avec les vigies, les militant-e-s et les médias, et en alimentant en direct notre site web et un fil Twitter avec les informations et les images transmises. Le suivi de ces convois créait de belles dynamiques entre différents groupes et militant-e-s qui ne demandent qu’à être réactivé !

 Organiser le blocage d’un train ou d’un camion

Le blocage des transports – qui ne s’improvise pas ! – est une autre manière parfois utilisée pour les rendre visibles, démontrer que leur sécurité n’est pas fiable, alerter les élus locaux peu ou pas du tout informés. Ces opérations imposent à la fois une préparation technique et une réflexion approfondie sur l’action elle-même afin de préserver la sécurité des militant-e-s et de se préparer aux éventuelles conséquences juridiques ou physiques, liées aux interventions policières parfois violentes. Récemment le collectif Stop-Uranium s’est illustré par ce type d’action. On peut citer l’action du 15 avril 2017 pendant laquelle il a investi les rails avec un tripode à Narbonne pour bloquer un train de 13 wagons émettant près de 6 000 GBq. Ou encore l’action du 12 septembre 2013, où une quarantaine de militants a bloqué un camion chargé de tétra fluorure d’uranium avec une voiture et des militants enchaînés devant le convoi. Des tracts expliquant les risques liés aux transports et à l’usine Comurhex étaient distribués aux automobilistes. En s’approchant à un mètre du convoi, on mesurait 2 800 nanoSieverts/heure et au contact du container, 7 200 nanoSieverts/heure, soit 120 fois la radioactivité naturelle ! En juin 2013, les blocages simultanés de l’usine Areva Malvési (maintenant Orano Malvési) et de l’usine Comurhex Pierrelatte ont permis dans la Drôme de rencontrer le Préfet qui jusque-là avait fait la sourde oreille aux demandes de rendez-vous des militants.

Vous avez envie de vous lancer ? Contacter le Réseau “Sortir du nucléaire“ pour quelques conseils, un soutien ou une formation sur cette question cruciale des transports.

Y’a plus qu’à !

Laura Hameaux et Anne-Lise Devaux


Notes

[1Si on inclut l’industrie hors nucléaire et le nucléaire médical : environ 770 000 transports de substances radioactives ont lieu chaque année en France. Cela correspond à environ 980 000 colis de substances radioactives.

[2MOX : Le combustible MOX est un combustible nucléaire à base d’oxyde mixte d’uranium et de plutonium. Son utilisation dans des réacteurs nucléaires de production d’électricité a débuté à l’étranger dans les années 1970. Il est utilisé en France depuis 1987.En 2017, sur les 58 réacteurs français, 22 réacteurs nucléaires d’EDF utilisent ce combustible. 24 réacteurs sont autorisés à l’utiliser. Il est plus radioactif et dangereux.

[3Cask for storage and transport of radioactive material.

Un trafic incessant

Au sortir de la mine, l’uranium est transporté par camion jusqu’aux ports des pays producteurs pour rejoindre le Havre (76), Fos-sur-Mer (13) ou l’Allemagne (Hambourg ou Bremerhaven) par bateaux. Il est ensuite acheminé par trains vers l’usine Comurhex Malvési (34) à quelques pas de Narbonne. Puis il rejoint par rail le site du Tricastin (26), pour finalement être conditionné à l’usine de Romans-sur-Isère (38).Le combustible est ensuite envoyé vers les 58 réacteurs français. On compte ainsi 400 transports par an de combustible neuf à base d’uranium et une cinquantaine de transports de combustible neuf MOX  [1].

identifier un transport

Les déchets produits à chaque étape sont transportés par la route ou par le rail vers des centres d’entreposage, de stockage ou vers l’usine de retraitement de La Hague (50) dans des conteneurs appelés CASTOR  [2]. On dénombre environ 200 transports de ce type par an. Après “retraitement“, certains déchets restent sur place. Mais une fois traités et vitrifiés, les déchets étrangers repartent et l’uranium issu du retraitement et une partie du plutonium reprend la route. Chaque semaine, deux ou trois convois de cette substance extrêmement toxique traversent la France pour rejoindre l’installation MELOX, dans le Gard, pour servir à la fabrication du MOX.

Et chaque étape de la transformation de l’uranium ou du retraitement du combustible va elle aussi entraîner la production de tout un tas de déchets radioactifs et chimiques. Certains restent sur leur site de production, en attente d’une hypothétique solution, les autres vont, à leur tour, être transportés vers des sites d’entreposage ou de stockage. Ce sont par exemple plusieurs camions de déchets dits de faible activité qui quittent le site de la Hague chaque début de semaine pour rejoindre le département de l’Aube.

Un train CASTOR a déraillé

Des transports dangereux et secrets

Ces convois sont plus ou moins radioactifs. Lors de ces va-et-vient, ni la sécurité de la population ni la protection de l’environnement ne sont garanties. Par exemple, les convois de combustibles usés émettent des rayonnements importants malgré le blindage des CASTOR. Alors qu’en Allemagne, les agents assurant la sécurité des convois ont l’interdiction de s’approcher à moins de sept mètres des CASTOR, ou qu’en Belgique, les élus locaux sont informés quelques heures avant le passage des convois, aucune mesure similaire n’existe en France.

Pourtant, les relevés de radioactivité sont éloquents. Lors d’un dépassement de camion la radioactivité mesurée par la CRIIRAD, dans la voiture est jusqu’à 47 fois plus élevée que la normale. L’Autorité de sureté nucléaire relève encore 2 à 4 fois plus de radioactivité que la normale après la décharge des fûts sur un bateau en provenance du Niger. Et que dire de cette mesure réalisée par la CRIIRAD, où la terre exposée à la suite d’un accident au Niger se révélait 1 000 à 10 000 fois plus radioactive que la normale ! Ces transports sont un vrai danger.

Officiellement, la politique de gestion des matières et des déchets radioactifs s’établit selon un plan de “mesures de transparence et de démocratie“… En matière de transport nucléaire, ni les élus locaux ni les citoyens ne sont informés, et pourtant lorsqu’un train de déchets traverse une gare, les cheminots sont exposés aux radiations... tout comme les usagers. On pourra retenir l’exemple de la plate-forme de Void-Vacon, filiale d’Areva, installée depuis 2009, conçue à l’origine pour le transport de pièces neuves à destination des chantiers d’ITER et Georges Besse II qui est devenue “une aire de repos“ pour des camions chargés de matières radioactives sans que la population ne soit tenue au courant ou les services de secours informés ou formés à une intervention d’urgence. Le lobby nucléaire justifie cette opacité par la prévention du risque terroriste…

Agissons contre ces transports

Peu de régions sont épargnées par ces convois, certaines sont de véritables corridors, comme la vallée du Rhône, l’Ile-de-France ou encore la Normandie. Et les projets de piscine centralisée, de Cigéo, ou d’EPR ne feraient qu’ajouter des transports à cette liste déjà bien trop longue. Ces transports sont si réguliers et si nombreux, qu’ils en deviennent une faille. S’y opposer, c’est mettre des bâtons dans les roues du système nucléaire. Mais c’est également un puissant levier pour mobiliser localement la population en partant de problématiques importantes : la santé par les risques encourus et l’absence d’information. Le débat bidon sur la gestion des déchets qui pourrait commencer en février, le début des travaux préparatoires liés aux transports de Cigéo, un transport de déchets allemands probablement à la fin de l’année, en 2019, les occasions seront nombreuses de se mobiliser. Les manières d’agir sont variées et ce rapide inventaire des actions déjà mises en place par le passé pourra vous donner des envies ou des idées pour agir.

 Organiser un rassemblement, des flash-mob, die-in ou écrire aux autorités…

 Être présent devant les gares, distribuer des tracts aux usagers, coller des affiches, organiser un flash-mob ou un die-in symbolique peuvent être un premier pas dans l’action pour informer la population.

 Écrire aux élus ou au préfet peut s’avérer utile pour les informer du passage du convoi sur le territoire d’une commune ou pour demander que soient rendues publiques les informations relatives à ce transport.

 Organiser une vigie

Les transports étant réalisés en secret, l’organisation de vigies permet de collecter des informations essentielles sur la fréquence, les horaires et trajets précis, la composition des convois, et ainsi les mettre en lumière et diffuser des informations cachées aux élus et aux populations. Munies d’un appareil photo, d’un papier, d’un stylo et d’une montre les vigies relèveront la plaque ou l’autocollant indiquant la radioactivité ainsi que le numéro à 4 chiffres en bas de la plaque orange ; prendront des photos et noteront le lieu, la date et l’heure de visualisation du convoi. Pendant plusieurs années, une “cellule de vigilance“ est restée en alerte au Réseau “Sortir du nucléaire“ afin d’assurer le suivi de nombreux convois et de faire le lien avec les vigies, les militant-e-s et les médias, et en alimentant en direct notre site web et un fil Twitter avec les informations et les images transmises. Le suivi de ces convois créait de belles dynamiques entre différents groupes et militant-e-s qui ne demandent qu’à être réactivé !

 Organiser le blocage d’un train ou d’un camion

Le blocage des transports – qui ne s’improvise pas ! – est une autre manière parfois utilisée pour les rendre visibles, démontrer que leur sécurité n’est pas fiable, alerter les élus locaux peu ou pas du tout informés. Ces opérations imposent à la fois une préparation technique et une réflexion approfondie sur l’action elle-même afin de préserver la sécurité des militant-e-s et de se préparer aux éventuelles conséquences juridiques ou physiques, liées aux interventions policières parfois violentes. Récemment le collectif Stop-Uranium s’est illustré par ce type d’action. On peut citer l’action du 15 avril 2017 pendant laquelle il a investi les rails avec un tripode à Narbonne pour bloquer un train de 13 wagons émettant près de 6 000 GBq. Ou encore l’action du 12 septembre 2013, où une quarantaine de militants a bloqué un camion chargé de tétra fluorure d’uranium avec une voiture et des militants enchaînés devant le convoi. Des tracts expliquant les risques liés aux transports et à l’usine Comurhex étaient distribués aux automobilistes. En s’approchant à un mètre du convoi, on mesurait 2 800 nanoSieverts/heure et au contact du container, 7 200 nanoSieverts/heure, soit 120 fois la radioactivité naturelle ! En juin 2013, les blocages simultanés de l’usine Areva Malvési (maintenant Orano Malvési) et de l’usine Comurhex Pierrelatte ont permis dans la Drôme de rencontrer le Préfet qui jusque-là avait fait la sourde oreille aux demandes de rendez-vous des militants.

Vous avez envie de vous lancer ? Contacter le Réseau “Sortir du nucléaire“ pour quelques conseils, un soutien ou une formation sur cette question cruciale des transports.

Y’a plus qu’à !

Laura Hameaux et Anne-Lise Devaux



Thèmes
Luttes et actions Transports radioactifs