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Sortir du nucléaire n°107



Automne 2025
Crédit photo : Rogistok - AdobeStock

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"Parapluie nucléaire" : retour du refoulé

"Pas touche à nos voisins ! Ils font partie de nos intérêts vitaux." Telle pourrait être la teneur du message d’Emmanuel Macron, annoncé pour début 2026, concernant l’évolution de la doctrine nucléaire. Décryptage de ce qui est nommé improprement le "parapluie nucléaire".

Nucléaire militaire

Un parapluie n’a jamais empêché la pluie de tomber. Or, la doctrine française en matière nucléaire est censée dissuader un pays ennemi d’utiliser ses bombes nucléaires en direction de la France. Ce n’est pas le seul "abus" de langage opéré par les communicants politiques dans le but de renforcer l’acceptation de cette arme de destruction massive par la population, de son coût et de ses conséquences déjà lors de sa fabrication et encore plus évidentes en cas d’utilisation volontaire ou accidentelle.
Charles de Gaulle lui-même avait évoqué ce rôle pour la bombe dès les années 1960. Car toute guerre, même conventionnelle, se déroulant en Europe impliquerait de fait la France et mettrait en cause ses intérêts. Mais jusqu’alors, aucun dirigeant européen n’avait manifesté un intérêt, préférant s’abriter sous la tutelle de l’OTAN. C’est pourquoi l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et la Turquie hébergent sur leur sol des systèmes nucléaires américains.

Avec l’arrivée de Trump et l’agression de la Russie à l’encontre de ses voisins immédiats, le doute sur la "protection de l’Oncle Sam" s’est installé. Macron en profite pour enfoncer le clou d’une France prête à assurer le rôle de "protecteur", comme si elle n’avait toujours pas fait le deuil du statut de grande puissance qu’elle avait jadis. Une position qu’elle cherche à retrouver au sein de l’Union européenne en s’appuyant sur un arsenal nucléaire dont elle est la seule à disposer.

Quelles sont les options possibles ?

Emmanuel Macron a d’emblée fermé la porte à un réel partage de l’arme nucléaire. Le pouvoir de décision restera entre les mains du président de la République français. Problème : cela met, de fait, les autres États en situation de vassalisation. Difficile à leur faire accepter !

Autre option en débat : installer des armes nucléaires sur le sol des pays intéressés. Ce qui pourrait tenter les États ne disposant pas déjà d’armes américaines, notamment la Pologne et les pays baltes. Cela ne résout pas la question de qui décide de son utilisation. Le président français ou un système de double-clé ? Sans oublier que cela signifie augmenter le nombre d’armes nucléaires et d’avions de combat, avec la question subsidiaire : qui paye ?

Or, la prolifération est, dans le narratif de la France, l’argument central pour justifier le maintien de son arsenal nucléaire. Déjà avec le renouvellement actuel de son arsenal, elle est un acteur important de la prolifération. La proposition d’assurer une "protection agressive" du territoire et des intérêts des États de l’Union européenne en plus de ceux de la France vient renforcer la prolifération nucléaire et l’insécurité qu’elle génère.
Pour résoudre cette contradiction et renforcer la sécurité de l’Europe et de ses habitant·es, la seule option réaliste serait que la France s’engage dans le processus du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) et incite les pays européens à en faire de même, à l’égal de l’Autriche et de l’Irlande.

Patrice Bouveret,
Observatoire des armements
www.obsarm.info

Un parapluie n’a jamais empêché la pluie de tomber. Or, la doctrine française en matière nucléaire est censée dissuader un pays ennemi d’utiliser ses bombes nucléaires en direction de la France. Ce n’est pas le seul "abus" de langage opéré par les communicants politiques dans le but de renforcer l’acceptation de cette arme de destruction massive par la population, de son coût et de ses conséquences déjà lors de sa fabrication et encore plus évidentes en cas d’utilisation volontaire ou accidentelle.
Charles de Gaulle lui-même avait évoqué ce rôle pour la bombe dès les années 1960. Car toute guerre, même conventionnelle, se déroulant en Europe impliquerait de fait la France et mettrait en cause ses intérêts. Mais jusqu’alors, aucun dirigeant européen n’avait manifesté un intérêt, préférant s’abriter sous la tutelle de l’OTAN. C’est pourquoi l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et la Turquie hébergent sur leur sol des systèmes nucléaires américains.

Avec l’arrivée de Trump et l’agression de la Russie à l’encontre de ses voisins immédiats, le doute sur la "protection de l’Oncle Sam" s’est installé. Macron en profite pour enfoncer le clou d’une France prête à assurer le rôle de "protecteur", comme si elle n’avait toujours pas fait le deuil du statut de grande puissance qu’elle avait jadis. Une position qu’elle cherche à retrouver au sein de l’Union européenne en s’appuyant sur un arsenal nucléaire dont elle est la seule à disposer.

Quelles sont les options possibles ?

Emmanuel Macron a d’emblée fermé la porte à un réel partage de l’arme nucléaire. Le pouvoir de décision restera entre les mains du président de la République français. Problème : cela met, de fait, les autres États en situation de vassalisation. Difficile à leur faire accepter !

Autre option en débat : installer des armes nucléaires sur le sol des pays intéressés. Ce qui pourrait tenter les États ne disposant pas déjà d’armes américaines, notamment la Pologne et les pays baltes. Cela ne résout pas la question de qui décide de son utilisation. Le président français ou un système de double-clé ? Sans oublier que cela signifie augmenter le nombre d’armes nucléaires et d’avions de combat, avec la question subsidiaire : qui paye ?

Or, la prolifération est, dans le narratif de la France, l’argument central pour justifier le maintien de son arsenal nucléaire. Déjà avec le renouvellement actuel de son arsenal, elle est un acteur important de la prolifération. La proposition d’assurer une "protection agressive" du territoire et des intérêts des États de l’Union européenne en plus de ceux de la France vient renforcer la prolifération nucléaire et l’insécurité qu’elle génère.
Pour résoudre cette contradiction et renforcer la sécurité de l’Europe et de ses habitant·es, la seule option réaliste serait que la France s’engage dans le processus du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) et incite les pays européens à en faire de même, à l’égal de l’Autriche et de l’Irlande.

Patrice Bouveret,
Observatoire des armements
www.obsarm.info



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