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Sortir du nucléaire n°109



Printemps 2026
Crédit photo : Snip - Wikimedia

A-t-on vraiment besoin d’un nouveau porte-avions nucléaire ?

En décembre 2025, Emmanuel Macron a ordonné la construction d’un nouveau porte-avions français à Saint-Nazaire, destiné à remplacer le Charles de Gaulle. Avec ses 10 milliards d’euros d’investissements, ce projet est l’apanage du tournant militariste et de l’investissement nucléariste du gouvernement.

Nucléaire militaire

Ce chantier, drainant des milliers d’ingénieurs, d’ouvriers et de militaires (ainsi que leurs familles), est présenté comme une bonne nouvelle pour Saint-Nazaire. Sur place, cet afflux de travailleur·euses pose question : comment loger autant de monde quand le marché de l’immobilier local est déjà saturé, comment répondre aux besoins de scolarisation et de soins lorsque le système scolaire et de santé est déjà en surchauffe ?

Des questions auxquelles le Président ne s’abaisse pas à répondre et laisse les habitant·es trouver des solutions comme ils et elles peuvent. La course internationale à la guerre n’efface pas les manques criants de moyens dans les services publics du pays qui ont quasiment tous vu leur budget réduit pour l’exercice 2026 (à part l’armée qui, elle, voit son budget augmenter de 7 milliards d’euros).

Au-delà des réactions qui se gaussent de la puissance industrielle, nucléaire et militaire française, il reste la réalité du terrain. Les usines ferment les unes après les autres au gré des envies des patrons de délocaliser, les besoins les plus élémentaires de la population ne sont pas satisfaits et les choix d’investissement public ont l’air de se faire davantage au profit des entreprises que des citoyen·nes.

Comme la CGT Navale le remarque, la construction d’un porte-avions demande moins d’expertise, d’heures de travail et de main-d’œuvre que la construction d’un paquebot par exemple. Les estimations de gains pour Saint-Nazaire, présentées comme extraordinaires, sont à tempérer, rappelle à juste titre Sébastien Benoît, secrétaire général du syndicat à ICI Loire Océan.

À Indret, commune d’Indre en amont sur la Loire, Naval Group, censé produire les deux réacteurs nucléaires destinés à alimenter ce pollueur radioactif XXL, exige de bétonner un quai plus grand sur la Loire et de détruire un espace boisé classé pour pouvoir livrer par le fleuve ces réacteurs K22 1,5 fois plus gros que ceux faits jusqu’ici (K15). Une concertation préalable est d’ailleurs prévue du 1er au 15 avril 2026 car ces travaux destructeurs nécessitent de tordre le bras du Plan local d’urbanisme métropolitain (PLUm) de Nantes Métropole. À l’issue de cette concertation puis d’une enquête publique, on verra les élu·es métropolitain·es, pleinement compétent·es en matière d’urbanisme, soit résister à ces fabricants d’armes de destruction massive en estimant que l’intérêt général nécessaire à cette mise en compatibilité n’existe pas, soit se vautrer dans la collaboration avec le complexe militaro-industriel.

La pression sur les élu·es est plus que jamais nécessaire alors que l’organisation de cette concertation préalable, première étape de ce projet mortifère, n’a fait l’objet d’aucun vote contre le 12 décembre 2025. Rappelons que, outre sa propulsion nucléaire, le porte-avions actuel Charles de Gaulle constitue la composante aéronavale de l’arme atomique française et qu’à ce titre, il peut emporter des Rafale porteurs de missiles ASMP-A dotés d’ogives nucléaires TNA d’une puissance de 300 kt chacune, soit 20 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima : ce sont évidemment les civil·es qui sont ciblé·es par de telles armes.

Enfin, s’il en fallait une, la preuve qu’on n’a pas besoin de porte-avions à propulsion nucléaire : le porte-avions nécessite d’être régulièrement immobilisé pour de longues périodes de maintenance. Pendant ce temps, les homologues de notre autocrate à "dissuader" sont priés de rester calmes ou de se faire enlever ou rôtir par d’autres.

  • Maëlle Maraval Liénard et Damien Renault


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