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Sortir du nucléaire n°107



Automne 2025
Crédit photo : DR

Recontre avec Hiroko Takahashi, chercheure-activiste

Lors du voyage en train pour nous rendre au Festival des Résistantes au mois d’août 2025, nous avons demandé à Hiroko Takahashi – professeure au département d’histoire à l’université de Nara, au Japon – comment elle avait décidé d’entamer sa carrière de chercheure-activiste. Elle nous a raconté une anecdote qui lui est arrivée aux Archives nationales des États-Unis.

Organisations antinucléaires étrangères Fukushima Nucléaire militaire

"J’ai demandé des documents sur les victimes d’explosions atomiques, en utilisant la loi sur la liberté d’information [Freedom for Information Act], mais on m’a dit de les consulter sur microfilms, alors que je voulais les voir sur papier. Un archiviste m’a alors conseillé de renouveler la demande en disant que j’avais besoin des photos dans les documents, et ça a marché ! Quand j’ai ouvert la boîte et vu le contenu, je me suis dit : je n’ai pas le choix de me taire."

Takahashi a occupé des postes dans plusieurs universités, y compris l’Institut de recherche sur la paix de l’université municipale de Hiroshima. Elle s’intéresse à l’analyse des contextes historiques de l’usage des armements atomiques états-uniens, et à la mise en lumière des actes de dissimulation des conséquences sanitaires des bombardements de Hiroshima et Nagasaki, et des essais nucléaires. Elle conduit également des enquêtes de terrain auprès des victimes du nucléaire militaire. En outre, elle collecte des informations sur le développement d’armes radiologiques mené par les États-Unis. Le Projet sur les armes spéciales des forces armées (Armed Forces Special Weapons Project) a été lancé en 1947, après la fin du Projet Manhattan, avec la participation de la Commission de l’énergie atomique. Officiellement, ce projet a pris fin en tant qu’organisation à la fin des années 1950. Cependant, selon Takahashi, l‘organisation existe toujours sous le nom d’Agence de réduction des menaces de défense (Defense Threat Reduction Agency).

Sur la base de ces données collectées, Takahashi a été experte au tribunal dans plusieurs recours collectifs tels que :

  • le procès pour obtenir des dommages-intérêts intenté par d‘anciens pêcheurs exposés à la radioactivité suite à un essai de bombe H sur l’atoll de Bikini en 1954, et par leurs familles ;
  • le recours collectif pour la reconnaissance des maladies liées à la bombe atomique de Hiroshima ;
  • le procès 311 concernant le cancer de la thyroïde chez les enfants [1].

Le dernier procès cité concerne les dégâts sanitaires chez les jeunes suite à l’accident nucléaire de TEPCO Fukushima Daiichi, d’où l’appellation 311 qui se réfère au 11 mars 2011, le jour du début de l’accident. Hiroko Takahashi vivait à Tokyo lors des explosions à Fukushima. Connaissant les risques sanitaires, elle a fui Tokyo avec son fils d’un an. Cette expérience l’a encouragée davantage à mettre en lumière le déni persistant de la contamination interne suite aux retombées radioactives depuis les bombardements atomiques jusqu’aux catastrophes nucléaires récentes [2].

Kurumi SUGITA,
Nos Voisins Lointains 3.11


Notes

[1311 kodomo kôjôsenn gan saiban

[2Voir "(Ir)radiés de l’histoire" dans Sortir du nucléaire : 80 ans après Hiroshima et Nagasaki. Refuser l’enfer nucléaire, n°106, été 2025, pp.19-20



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