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Ukraine : Guerre et risques nucléaires

Nucléaire russe : un tabou européen

Article publié le 24 août 2022



La guerre en Ukraine a propulsé le sujet de la dépendance énergétique de l’Europe au gaz russe dans le débat public, dans les foyers de nombreux pays et au cœur du Parlement européen. Les mesures de sevrage du gaz russe et les sanctions envers la Russie se succèdent, avec notamment un embargo sur le charbon [1]. Le nucléaire, quant à lui, reste l’éternel oublié [2]. Pourtant, la dépendance de l’Europe à l’industrie nucléaire russe est d’une envergure stratégique tout aussi importante que celle du gaz.

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La livraison de centrales clés en main par Rosatom, géante de l’industrie nucléaire russe fondée par V. Poutine en 2007 pour servir ses ambitions géopolitiques, permet d’asseoir l’influence de la Russie dans les pays européens dotés de réacteurs russes, tout en renforçant son emprise sur la politique de transition énergétique du continent.

Dans son nouveau livre [3], le journaliste indépendant Marc Endeweld démontre comment les actions de l’Ukraine et son rapprochement de l’américain Westinghouse pour sortir de sa dépendance nucléaire à la Russie ont été un élément clé dans la décision de V. Poutine d’envahir l’Ukraine.

Alors pourquoi ce silence ? En France, les intérêts des industriels et la foi aveugle des hauts fonctionnaires dans l’énergie nucléaire y sont certainement pour beaucoup. Dans son rapport de mars 2022 [4], Greenpeace France montre la dépendance de l’industrie nucléaire française à Rosatom, à tous les niveaux de la filière, et celle d’entreprises comme Vinci, Bouygues, Dassault Systèmes, Bureau Veritas [5]… et bientôt l’usine de Belfort qui fabrique des turbines Arabelle équipant les centrales nucléaires russes.

Emmanuel Macron a été l’instigateur d’une alliance de pays européens pro-nucléaire et progaz qui a fait pression pour l’inclusion du gaz fossile et du nucléaire dans la taxonomie européenne, ce guide des activités nécessaires à une transition énergétique pour faire face à l’urgence climatique.

La partie était presque gagnée, mais la guerre en Ukraine a rebattu les cartes. Le flagrant délit d’un financement de la guerre par les milliards payés par l’UE à la Russie pour acheter son gaz fossile risque de faire tourner au vinaigre le mariage du nucléaire et du gaz fossile.

Lors du vote du 14 juin dernier à Bruxelles, les député·es des commissions Environnement et Économie se sont prononcé·es contre la labellisation verte du nucléaire et du gaz fossile, décision nécessaire au développement massif des énergies renouvelables et à l’indépendance énergétique de l’Europe. Après le bannissement des lobbies des entreprises russes du Parlement européen [6], c’est une nouvelle victoire d’étape contre le nucléaire russe, à qui cette nouvelle règle européenne pourrait rapporter gros si elle était adoptée [7]. L’affaire est à suivre lors du dernier vote en juillet. Quelle qu’en soit l’issue, cette tentative de sabotage de la taxonomie a relancé une mobilisation citoyenne contre l’énergie nucléaire, avec la participation des jeunes de Friday For Future [8], du mouvement climat et d’autres ONG farouchement opposées au texte. Le vent du silence souffle de plus en plus fort, si bien qu’on pourrait finir par l’entendre.

Pauline Boyer


Notes

[1“ToutelEurope.com”, Guerre en Ukraine : quelles sanctions de l’UE contre la Russie ?

[2Marie Viennot, Sanctions contre la Russie : l’oubli constant et discret du nucléaire civil, France Culture, 4 juin 2022

[3Marc Endeweld, “Guerres cachées - Les dessous du conflit russo-ulkrainiens”, Seuil, juin 2022

[4ibid note 3

[5ibid note 4, page 108

[6Tweet de Roberta Metsola @EP_President le 2 juin 2022 à 3:15 PM

[7Greenpeace, Comment les entreprises russes ont fait pression pour que la taxonomie européenne intègre le gaz fossile et l’énergie nucléaire, mai 2022

[8Tweet de @Fridays4future 8:56 PM · 8 juin 2022

La livraison de centrales clés en main par Rosatom, géante de l’industrie nucléaire russe fondée par V. Poutine en 2007 pour servir ses ambitions géopolitiques, permet d’asseoir l’influence de la Russie dans les pays européens dotés de réacteurs russes, tout en renforçant son emprise sur la politique de transition énergétique du continent.

Dans son nouveau livre [1], le journaliste indépendant Marc Endeweld démontre comment les actions de l’Ukraine et son rapprochement de l’américain Westinghouse pour sortir de sa dépendance nucléaire à la Russie ont été un élément clé dans la décision de V. Poutine d’envahir l’Ukraine.

Alors pourquoi ce silence ? En France, les intérêts des industriels et la foi aveugle des hauts fonctionnaires dans l’énergie nucléaire y sont certainement pour beaucoup. Dans son rapport de mars 2022 [2], Greenpeace France montre la dépendance de l’industrie nucléaire française à Rosatom, à tous les niveaux de la filière, et celle d’entreprises comme Vinci, Bouygues, Dassault Systèmes, Bureau Veritas [3]… et bientôt l’usine de Belfort qui fabrique des turbines Arabelle équipant les centrales nucléaires russes.

Emmanuel Macron a été l’instigateur d’une alliance de pays européens pro-nucléaire et progaz qui a fait pression pour l’inclusion du gaz fossile et du nucléaire dans la taxonomie européenne, ce guide des activités nécessaires à une transition énergétique pour faire face à l’urgence climatique.

La partie était presque gagnée, mais la guerre en Ukraine a rebattu les cartes. Le flagrant délit d’un financement de la guerre par les milliards payés par l’UE à la Russie pour acheter son gaz fossile risque de faire tourner au vinaigre le mariage du nucléaire et du gaz fossile.

Lors du vote du 14 juin dernier à Bruxelles, les député·es des commissions Environnement et Économie se sont prononcé·es contre la labellisation verte du nucléaire et du gaz fossile, décision nécessaire au développement massif des énergies renouvelables et à l’indépendance énergétique de l’Europe. Après le bannissement des lobbies des entreprises russes du Parlement européen [4], c’est une nouvelle victoire d’étape contre le nucléaire russe, à qui cette nouvelle règle européenne pourrait rapporter gros si elle était adoptée [5]. L’affaire est à suivre lors du dernier vote en juillet. Quelle qu’en soit l’issue, cette tentative de sabotage de la taxonomie a relancé une mobilisation citoyenne contre l’énergie nucléaire, avec la participation des jeunes de Friday For Future [6], du mouvement climat et d’autres ONG farouchement opposées au texte. Le vent du silence souffle de plus en plus fort, si bien qu’on pourrait finir par l’entendre.

Pauline Boyer



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 Guerre en Ukraine