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Fukushima, la catastrophe nucléaire continue

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Nucléaire au Japon : plus d’un an après Fukushima, un redémarrage au forceps

10 juillet 2012 |




10 juillet 2012 : Plus d’un an après la catastrophe de Fukushima, le Japon a redémarré son premier réacteur nucléaire. Les cris de protestation se multiplient depuis lors. David Boilley, physicien et président de l’Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest, revient sur la polémique.



Par David Boilley

"再稼働「反対」- Saïkadô hantaï…" (Non au redémarrage). C’est le cri de protestation des manifestants devant la résidence du Premier ministre japonais tous les vendredis à 18h. Ils étaient 150.000 selon les organisateurs vendredi dernier (6 juillet), 21.000 selon la police. Le nombre de participants n’a fait qu’augmenter depuis le 29 mars, semaine après semaine, le bouche à oreille et les réseaux sociaux aidant. Du jamais vu au Japon depuis les années 70. Et ce ne sont pas les seules manifestations !

Sur 54 réacteurs de production de l’électricité, 14 ont été arrêtés par le séisme du 11 mars 2011. En mai 2011, le Premier ministre de l’époque a ordonné l’arrêt immédiat de la centrale de Hamaoka située sur une faille. Les autres réacteurs ont été arrêtés les uns après les autres après 13 mois de fonctionnement pour remplacer une partie du combustible et assurer la maintenance. Le dernier s’est arrêté le 5 mai 2012. Leur redémarrage est tributaire des autorités locales qui exigent des garanties après la catastrophe survenue à la centrale de Fukushima daï-ichi.

L’arrêt de tout le parc nucléaire japonais dernier coûte cher aux exploitants. Les compagnies d’électricité et le gouvernement mettent en avant le coût élevé des énergies fossiles de substitution. Mais ce qui plombe les comptes des compagnies, c’est l’investissement massif dans une technologie nucléaire qui se trouve inutilisable, auquel s’ajoutent la main d’œuvre et les frais liés au maintien des centrales et le refroidissement des combustibles usés. La pression est donc forte pour redémarrer au plus vite les réacteurs. Selon une estimation du ministère de l’économie japonais, 4 compagnies feraient faillite si le nucléaire était abandonné dès 2012 parce qu’elles sont trop endettées.

"Saïkadô hantaï…"

Le gouvernement, surpris par l’opposition des élus locaux et des populations, a organisé des stress-tests en prenant exemple sur l’Europe. Il voulait aller vite pour éviter un arrêt complet du parc nucléaire. Ce sont les réacteurs n°3 et 4 de la centrale d’Ôï qui ont rendu le plus vite leur copie. Mais il ne s’agit que d’un exercice de simulation numérique sur un réacteur virtuel qui ne permet en rien de garantir la sûreté des réacteurs réels.

Par ailleurs, l’autorité de sûreté en place, complètement discréditée par la catastrophe en cours qu’elle n’a pas su prévenir, n’a aucune légitimité pour les expertiser. Elle a beau avoir entériné l’exercice fait par l’exploitant en mars 2012, cela n’a pas suffit à convaincre. L’AIEA, appelée à la rescousse, n’a pas été plus convaincante car elle est aussi plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par la sûreté.

Nouveaux standards de sûreté élaborés en deux jours

Les élus locaux ont demandé en préalable que toute la lumière soit faite sur l’accident de Fukushima et de nouveaux standards de sûreté. Un processus trop long pour le gouvernement. Si le pays pouvait se passer du nucléaire cet été, au moment où la demande en électricité est la plus forte à cause de la climatisation, comment convaincre ensuite que le pays a un besoin impératif de cette énergie ?

Le gouvernement a donc entériné de nouveaux standards de sûreté en deux jours ! 3 jours plus tard, KEPCo soumettait un rapport au gouvernement expliquant comment il satisfaisait à ces nouveaux critères pour sa centrale d’Ôï et son plan à moyen et long terme de renforcement de la sûreté, avalisé en une demi-journée par le gouvernement. Plus besoin d’autorité de contrôle ! Nous sommes encore à la mi-avril et il espère encore pouvoir annoncer un redémarrage avant le 5 mai.

Les maires montent au créneau

Ne restait plus qu’à convaincre uniquement les élus locaux de la ville d’Ôï et de la province de Fukui qui dependent des subsides de la centrale. Pourtant, la catastrophe en cours à Fukushima a montré que les particules radioactives pouvaient retomber massivement jusqu’à plus d’une cinquantaine de kilomètres. Les autres élus rechignent.

Avec l’élargissement du périmètre de sûreté à 30 km autour de la centrale, de nombreux maires ont demandé voix au chapitre. Ce nouveau périmètre empiète aussi sur le territoire des provinces voisines de Kyôto et Shiga. Les gouverneurs ont donc posé leurs conditions. Enfin, le maire de la ville d’Ôsaka, située plus loin, mais sous les vents dominants, s’est fermement opposé au redémarrage de toute centrale nucléaire. Le lac Biwa, le plus grand du Japon, qui alimente en eau potable une partie de cette région du Kansaï est aussi menacé par un accident à la centrale.

Populations non consultées

Mais le gouvernement n’en démord pas. Pas question d’élargir le périmètre de la consultation. C’est le gouverneur de Fukui qui exigera que le gouvernement convainque les gouverneurs de provinces voisines pour qu’il donne son accord. Les tractations sont allées bon train, et finalement, à la mi-mai, il y a eu un retournement spectaculaire des opinions des gouverneurs de la région et du maire d’Ôsaka, juste pour la période de l’été.

Les populations quant à elles, n’auront jamais été consultées car tous les sondages montrent qu’une majorité de Japonais est opposée au redémarrage et préfère affronter la pénurie d’électricité. Une pétition a rassemblé suffisamment de signatures aussi bien à Ôsaka qu’à Tôkyô pour réclamer un référendum local d’initiative populaire sur la question du nucléaire. En vain, les gouvernements locaux ont rejeté la demande comme la loi le leur permet.

Les risques de coupures estivales

Impossible de connaître le détail des tractations qui ont conduit au revirement des élus locaux. Le risque de coupure pendant l’été en cas de pénurie a sûrement pesé fortement dans la balance. En cas de drames, le gouvernement en fera porter la responsabilité aux élus locaux qui, inconscients, refusaient le redémarrage du nucléaire. Le maire d’Ôsaka a reconnu sa défaite mais a affirmé qu’il allait tenter d’obtenir l’arrêt des réacteurs à l’automne quand la situation sera moins tendue. Les gouverneurs de Kyôto et de Shiga lui ont emboîté le pas, mais il est peu probable qu’ils obtiennent gain de cause.

Avec 40% d’électricité d’origine nucléaire, la région desservie par Kepco est celle où la situation est la plus critique. Si l’été est chaud, il manquera 16,3% des capacités de production au moment des pointes de consommation. Même avec le redémarrage de deux réacteurs, la situation restera tendue et il faudra faire des économies. Ces chiffres de l’exploitant ne prennent pas en compte les efforts des consommateurs, ni les possibilités d’imposer une baisse de la consommation aux gros consommateurs comme cela a été fait l’été dernier.

Longues tractations avec l’opposition

Malgré tout, le gouvernement a décidé, le 16 juin dernier, d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs avant l’été. Le premier ministre, faute d’avoir pu convaincre, dit endosser la responsabilité de cette décision. Le réacteur n°3 d’Ôï a finalement redémarré le 1er juillet et atteint sa pleine puissance le 9. Le redémarrage du réacteur n°4 va suivre.

Après de longues tractations avec l’opposition, le parlement japonais a réussi à s’entendre sur la nouvelle Autorité de sûreté nucléaire qui devrait être mise en place à l’automne. En attendant, les réacteurs d’Ôï satisfont très partiellement à des critères de sûreté provisoires. KEPCo affirme que sa centrale peut faire face à un tsunami de 11,4m. Pourquoi 11,4m et pas 15m comme à Fukushima daï-ichi ?

Le tsunami du 11 mars 2011 y faisait 9,5m de plus que prévu. L’autorité de sûreté japonaise, a donc demandé à chaque exploitant d’ajouter 9,5m à ses prédictions. À Ôï, les calculs savants avaient prédit une vague de 1,9m maximum. Et le nouveau critère est devenu 1,9+9,5 = 11,4m. Rassurés ? Pour les centrales où les prédictions étaient déjà assez élevées, la NISA fixé la barre à 15m, pas plus haut. Le tsunami a pourtant atteint des hauteurs beaucoup plus élevées sur la côte pacifique… Une faille active courrait aussi sous cette centrale, selon deux sismologues japonais réputés.

Des camions avec des générateurs électriques de secours ont été positionnés sur place. Mais parmi les 91 mesures nécessaires à l’amélioration de la sûreté, 37 restent à implémenter et pas des moindres : le centre de secours résistant aux séismes sera prêt, promis, en 2015. Le centre actuel est dans les sous-sols et peut être inondé en cas de tsunami... En attendant, la compagnie va aménager une salle de réunion à proximité de la salle de contrôle, trop petite et trop proche des réacteurs. Les filtres qui doivent retenir une partie de la radioactivité si les réacteurs doivent être éventés, ne seront installés qu’en 2015. La digue sera rehaussée en 2014…

Comment évacuer en cas d’accident ?

Il y a aussi la gestion de la crise à améliorer. La centrale d’Ôï est située tout au bout d’une péninsule avec une seule route d’accès peu praticable en hiver. Les secours pourront-ils arriver ? Le jour du redémarrage du réacteur n°3, le 1er juillet, quelques centaines manifestants seulement avaient réussi à bloquer l’accès. Le président de Kepco a dû se rendre sur les lieux en bateau… En cas d’accident, comment évacuer les 300.000 personnes qui vivent dans un rayon de 30km de la centrale ? En hiver, il y a peu de routes pour s’enfuir et une seule ligne de chemin de fer.

Le gouvernement ne veut pas s’arrêter là. Même TEPCo n’a pas renoncé à redémarrer un jour sa centrale de Fukushima daï-ni, située à 12km de celle accidentée de Fukushima daï-ichi ! Elle dépense 900 millions d’euros par an et expose 2.000 travailleurs chaque jour à des doses inutiles pour tenter une remise en état de marche alors que les autorités régionales n’accepteront naturellement jamais. Et les dommages sont probablement irréversibles.

"再稼働「反対」- Saïkadô hantaï…" (Non au redémarrage). C’est le cri de protestation des manifestants devant la résidence du Premier ministre japonais tous les vendredis à 18h. Ils étaient 150.000 selon les organisateurs vendredi dernier (6 juillet), 21.000 selon la police. Le nombre de participants n’a fait qu’augmenter depuis le 29 mars, semaine après semaine, le bouche à oreille et les réseaux sociaux aidant. Du jamais vu au Japon depuis les années 70. Et ce ne sont pas les seules manifestations !

Sur 54 réacteurs de production de l’électricité, 14 ont été arrêtés par le séisme du 11 mars 2011. En mai 2011, le Premier ministre de l’époque a ordonné l’arrêt immédiat de la centrale de Hamaoka située sur une faille. Les autres réacteurs ont été arrêtés les uns après les autres après 13 mois de fonctionnement pour remplacer une partie du combustible et assurer la maintenance. Le dernier s’est arrêté le 5 mai 2012. Leur redémarrage est tributaire des autorités locales qui exigent des garanties après la catastrophe survenue à la centrale de Fukushima daï-ichi.

L’arrêt de tout le parc nucléaire japonais dernier coûte cher aux exploitants. Les compagnies d’électricité et le gouvernement mettent en avant le coût élevé des énergies fossiles de substitution. Mais ce qui plombe les comptes des compagnies, c’est l’investissement massif dans une technologie nucléaire qui se trouve inutilisable, auquel s’ajoutent la main d’œuvre et les frais liés au maintien des centrales et le refroidissement des combustibles usés. La pression est donc forte pour redémarrer au plus vite les réacteurs. Selon une estimation du ministère de l’économie japonais, 4 compagnies feraient faillite si le nucléaire était abandonné dès 2012 parce qu’elles sont trop endettées.

"Saïkadô hantaï…"

Le gouvernement, surpris par l’opposition des élus locaux et des populations, a organisé des stress-tests en prenant exemple sur l’Europe. Il voulait aller vite pour éviter un arrêt complet du parc nucléaire. Ce sont les réacteurs n°3 et 4 de la centrale d’Ôï qui ont rendu le plus vite leur copie. Mais il ne s’agit que d’un exercice de simulation numérique sur un réacteur virtuel qui ne permet en rien de garantir la sûreté des réacteurs réels.

Par ailleurs, l’autorité de sûreté en place, complètement discréditée par la catastrophe en cours qu’elle n’a pas su prévenir, n’a aucune légitimité pour les expertiser. Elle a beau avoir entériné l’exercice fait par l’exploitant en mars 2012, cela n’a pas suffit à convaincre. L’AIEA, appelée à la rescousse, n’a pas été plus convaincante car elle est aussi plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par la sûreté.

Nouveaux standards de sûreté élaborés en deux jours

Les élus locaux ont demandé en préalable que toute la lumière soit faite sur l’accident de Fukushima et de nouveaux standards de sûreté. Un processus trop long pour le gouvernement. Si le pays pouvait se passer du nucléaire cet été, au moment où la demande en électricité est la plus forte à cause de la climatisation, comment convaincre ensuite que le pays a un besoin impératif de cette énergie ?

Le gouvernement a donc entériné de nouveaux standards de sûreté en deux jours ! 3 jours plus tard, KEPCo soumettait un rapport au gouvernement expliquant comment il satisfaisait à ces nouveaux critères pour sa centrale d’Ôï et son plan à moyen et long terme de renforcement de la sûreté, avalisé en une demi-journée par le gouvernement. Plus besoin d’autorité de contrôle ! Nous sommes encore à la mi-avril et il espère encore pouvoir annoncer un redémarrage avant le 5 mai.

Les maires montent au créneau

Ne restait plus qu’à convaincre uniquement les élus locaux de la ville d’Ôï et de la province de Fukui qui dependent des subsides de la centrale. Pourtant, la catastrophe en cours à Fukushima a montré que les particules radioactives pouvaient retomber massivement jusqu’à plus d’une cinquantaine de kilomètres. Les autres élus rechignent.

Avec l’élargissement du périmètre de sûreté à 30 km autour de la centrale, de nombreux maires ont demandé voix au chapitre. Ce nouveau périmètre empiète aussi sur le territoire des provinces voisines de Kyôto et Shiga. Les gouverneurs ont donc posé leurs conditions. Enfin, le maire de la ville d’Ôsaka, située plus loin, mais sous les vents dominants, s’est fermement opposé au redémarrage de toute centrale nucléaire. Le lac Biwa, le plus grand du Japon, qui alimente en eau potable une partie de cette région du Kansaï est aussi menacé par un accident à la centrale.

Populations non consultées

Mais le gouvernement n’en démord pas. Pas question d’élargir le périmètre de la consultation. C’est le gouverneur de Fukui qui exigera que le gouvernement convainque les gouverneurs de provinces voisines pour qu’il donne son accord. Les tractations sont allées bon train, et finalement, à la mi-mai, il y a eu un retournement spectaculaire des opinions des gouverneurs de la région et du maire d’Ôsaka, juste pour la période de l’été.

Les populations quant à elles, n’auront jamais été consultées car tous les sondages montrent qu’une majorité de Japonais est opposée au redémarrage et préfère affronter la pénurie d’électricité. Une pétition a rassemblé suffisamment de signatures aussi bien à Ôsaka qu’à Tôkyô pour réclamer un référendum local d’initiative populaire sur la question du nucléaire. En vain, les gouvernements locaux ont rejeté la demande comme la loi le leur permet.

Les risques de coupures estivales

Impossible de connaître le détail des tractations qui ont conduit au revirement des élus locaux. Le risque de coupure pendant l’été en cas de pénurie a sûrement pesé fortement dans la balance. En cas de drames, le gouvernement en fera porter la responsabilité aux élus locaux qui, inconscients, refusaient le redémarrage du nucléaire. Le maire d’Ôsaka a reconnu sa défaite mais a affirmé qu’il allait tenter d’obtenir l’arrêt des réacteurs à l’automne quand la situation sera moins tendue. Les gouverneurs de Kyôto et de Shiga lui ont emboîté le pas, mais il est peu probable qu’ils obtiennent gain de cause.

Avec 40% d’électricité d’origine nucléaire, la région desservie par Kepco est celle où la situation est la plus critique. Si l’été est chaud, il manquera 16,3% des capacités de production au moment des pointes de consommation. Même avec le redémarrage de deux réacteurs, la situation restera tendue et il faudra faire des économies. Ces chiffres de l’exploitant ne prennent pas en compte les efforts des consommateurs, ni les possibilités d’imposer une baisse de la consommation aux gros consommateurs comme cela a été fait l’été dernier.

Longues tractations avec l’opposition

Malgré tout, le gouvernement a décidé, le 16 juin dernier, d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs avant l’été. Le premier ministre, faute d’avoir pu convaincre, dit endosser la responsabilité de cette décision. Le réacteur n°3 d’Ôï a finalement redémarré le 1er juillet et atteint sa pleine puissance le 9. Le redémarrage du réacteur n°4 va suivre.

Après de longues tractations avec l’opposition, le parlement japonais a réussi à s’entendre sur la nouvelle Autorité de sûreté nucléaire qui devrait être mise en place à l’automne. En attendant, les réacteurs d’Ôï satisfont très partiellement à des critères de sûreté provisoires. KEPCo affirme que sa centrale peut faire face à un tsunami de 11,4m. Pourquoi 11,4m et pas 15m comme à Fukushima daï-ichi ?

Le tsunami du 11 mars 2011 y faisait 9,5m de plus que prévu. L’autorité de sûreté japonaise, a donc demandé à chaque exploitant d’ajouter 9,5m à ses prédictions. À Ôï, les calculs savants avaient prédit une vague de 1,9m maximum. Et le nouveau critère est devenu 1,9+9,5 = 11,4m. Rassurés ? Pour les centrales où les prédictions étaient déjà assez élevées, la NISA fixé la barre à 15m, pas plus haut. Le tsunami a pourtant atteint des hauteurs beaucoup plus élevées sur la côte pacifique… Une faille active courrait aussi sous cette centrale, selon deux sismologues japonais réputés.

Des camions avec des générateurs électriques de secours ont été positionnés sur place. Mais parmi les 91 mesures nécessaires à l’amélioration de la sûreté, 37 restent à implémenter et pas des moindres : le centre de secours résistant aux séismes sera prêt, promis, en 2015. Le centre actuel est dans les sous-sols et peut être inondé en cas de tsunami... En attendant, la compagnie va aménager une salle de réunion à proximité de la salle de contrôle, trop petite et trop proche des réacteurs. Les filtres qui doivent retenir une partie de la radioactivité si les réacteurs doivent être éventés, ne seront installés qu’en 2015. La digue sera rehaussée en 2014…

Comment évacuer en cas d’accident ?

Il y a aussi la gestion de la crise à améliorer. La centrale d’Ôï est située tout au bout d’une péninsule avec une seule route d’accès peu praticable en hiver. Les secours pourront-ils arriver ? Le jour du redémarrage du réacteur n°3, le 1er juillet, quelques centaines manifestants seulement avaient réussi à bloquer l’accès. Le président de Kepco a dû se rendre sur les lieux en bateau… En cas d’accident, comment évacuer les 300.000 personnes qui vivent dans un rayon de 30km de la centrale ? En hiver, il y a peu de routes pour s’enfuir et une seule ligne de chemin de fer.

Le gouvernement ne veut pas s’arrêter là. Même TEPCo n’a pas renoncé à redémarrer un jour sa centrale de Fukushima daï-ni, située à 12km de celle accidentée de Fukushima daï-ichi ! Elle dépense 900 millions d’euros par an et expose 2.000 travailleurs chaque jour à des doses inutiles pour tenter une remise en état de marche alors que les autorités régionales n’accepteront naturellement jamais. Et les dommages sont probablement irréversibles.

https://leplus.nouvelobs.com/contribution/590015-nucleaire-au-japon-plus-d-un-an-apres-fukushima-un-redemarrage-au-forceps.html

Par David Boilley

"再稼働「反対」- Saïkadô hantaï…" (Non au redémarrage). C’est le cri de protestation des manifestants devant la résidence du Premier ministre japonais tous les vendredis à 18h. Ils étaient 150.000 selon les organisateurs vendredi dernier (6 juillet), 21.000 selon la police. Le nombre de participants n’a fait qu’augmenter depuis le 29 mars, semaine après semaine, le bouche à oreille et les réseaux sociaux aidant. Du jamais vu au Japon depuis les années 70. Et ce ne sont pas les seules manifestations !

Sur 54 réacteurs de production de l’électricité, 14 ont été arrêtés par le séisme du 11 mars 2011. En mai 2011, le Premier ministre de l’époque a ordonné l’arrêt immédiat de la centrale de Hamaoka située sur une faille. Les autres réacteurs ont été arrêtés les uns après les autres après 13 mois de fonctionnement pour remplacer une partie du combustible et assurer la maintenance. Le dernier s’est arrêté le 5 mai 2012. Leur redémarrage est tributaire des autorités locales qui exigent des garanties après la catastrophe survenue à la centrale de Fukushima daï-ichi.

L’arrêt de tout le parc nucléaire japonais dernier coûte cher aux exploitants. Les compagnies d’électricité et le gouvernement mettent en avant le coût élevé des énergies fossiles de substitution. Mais ce qui plombe les comptes des compagnies, c’est l’investissement massif dans une technologie nucléaire qui se trouve inutilisable, auquel s’ajoutent la main d’œuvre et les frais liés au maintien des centrales et le refroidissement des combustibles usés. La pression est donc forte pour redémarrer au plus vite les réacteurs. Selon une estimation du ministère de l’économie japonais, 4 compagnies feraient faillite si le nucléaire était abandonné dès 2012 parce qu’elles sont trop endettées.

"Saïkadô hantaï…"

Le gouvernement, surpris par l’opposition des élus locaux et des populations, a organisé des stress-tests en prenant exemple sur l’Europe. Il voulait aller vite pour éviter un arrêt complet du parc nucléaire. Ce sont les réacteurs n°3 et 4 de la centrale d’Ôï qui ont rendu le plus vite leur copie. Mais il ne s’agit que d’un exercice de simulation numérique sur un réacteur virtuel qui ne permet en rien de garantir la sûreté des réacteurs réels.

Par ailleurs, l’autorité de sûreté en place, complètement discréditée par la catastrophe en cours qu’elle n’a pas su prévenir, n’a aucune légitimité pour les expertiser. Elle a beau avoir entériné l’exercice fait par l’exploitant en mars 2012, cela n’a pas suffit à convaincre. L’AIEA, appelée à la rescousse, n’a pas été plus convaincante car elle est aussi plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par la sûreté.

Nouveaux standards de sûreté élaborés en deux jours

Les élus locaux ont demandé en préalable que toute la lumière soit faite sur l’accident de Fukushima et de nouveaux standards de sûreté. Un processus trop long pour le gouvernement. Si le pays pouvait se passer du nucléaire cet été, au moment où la demande en électricité est la plus forte à cause de la climatisation, comment convaincre ensuite que le pays a un besoin impératif de cette énergie ?

Le gouvernement a donc entériné de nouveaux standards de sûreté en deux jours ! 3 jours plus tard, KEPCo soumettait un rapport au gouvernement expliquant comment il satisfaisait à ces nouveaux critères pour sa centrale d’Ôï et son plan à moyen et long terme de renforcement de la sûreté, avalisé en une demi-journée par le gouvernement. Plus besoin d’autorité de contrôle ! Nous sommes encore à la mi-avril et il espère encore pouvoir annoncer un redémarrage avant le 5 mai.

Les maires montent au créneau

Ne restait plus qu’à convaincre uniquement les élus locaux de la ville d’Ôï et de la province de Fukui qui dependent des subsides de la centrale. Pourtant, la catastrophe en cours à Fukushima a montré que les particules radioactives pouvaient retomber massivement jusqu’à plus d’une cinquantaine de kilomètres. Les autres élus rechignent.

Avec l’élargissement du périmètre de sûreté à 30 km autour de la centrale, de nombreux maires ont demandé voix au chapitre. Ce nouveau périmètre empiète aussi sur le territoire des provinces voisines de Kyôto et Shiga. Les gouverneurs ont donc posé leurs conditions. Enfin, le maire de la ville d’Ôsaka, située plus loin, mais sous les vents dominants, s’est fermement opposé au redémarrage de toute centrale nucléaire. Le lac Biwa, le plus grand du Japon, qui alimente en eau potable une partie de cette région du Kansaï est aussi menacé par un accident à la centrale.

Populations non consultées

Mais le gouvernement n’en démord pas. Pas question d’élargir le périmètre de la consultation. C’est le gouverneur de Fukui qui exigera que le gouvernement convainque les gouverneurs de provinces voisines pour qu’il donne son accord. Les tractations sont allées bon train, et finalement, à la mi-mai, il y a eu un retournement spectaculaire des opinions des gouverneurs de la région et du maire d’Ôsaka, juste pour la période de l’été.

Les populations quant à elles, n’auront jamais été consultées car tous les sondages montrent qu’une majorité de Japonais est opposée au redémarrage et préfère affronter la pénurie d’électricité. Une pétition a rassemblé suffisamment de signatures aussi bien à Ôsaka qu’à Tôkyô pour réclamer un référendum local d’initiative populaire sur la question du nucléaire. En vain, les gouvernements locaux ont rejeté la demande comme la loi le leur permet.

Les risques de coupures estivales

Impossible de connaître le détail des tractations qui ont conduit au revirement des élus locaux. Le risque de coupure pendant l’été en cas de pénurie a sûrement pesé fortement dans la balance. En cas de drames, le gouvernement en fera porter la responsabilité aux élus locaux qui, inconscients, refusaient le redémarrage du nucléaire. Le maire d’Ôsaka a reconnu sa défaite mais a affirmé qu’il allait tenter d’obtenir l’arrêt des réacteurs à l’automne quand la situation sera moins tendue. Les gouverneurs de Kyôto et de Shiga lui ont emboîté le pas, mais il est peu probable qu’ils obtiennent gain de cause.

Avec 40% d’électricité d’origine nucléaire, la région desservie par Kepco est celle où la situation est la plus critique. Si l’été est chaud, il manquera 16,3% des capacités de production au moment des pointes de consommation. Même avec le redémarrage de deux réacteurs, la situation restera tendue et il faudra faire des économies. Ces chiffres de l’exploitant ne prennent pas en compte les efforts des consommateurs, ni les possibilités d’imposer une baisse de la consommation aux gros consommateurs comme cela a été fait l’été dernier.

Longues tractations avec l’opposition

Malgré tout, le gouvernement a décidé, le 16 juin dernier, d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs avant l’été. Le premier ministre, faute d’avoir pu convaincre, dit endosser la responsabilité de cette décision. Le réacteur n°3 d’Ôï a finalement redémarré le 1er juillet et atteint sa pleine puissance le 9. Le redémarrage du réacteur n°4 va suivre.

Après de longues tractations avec l’opposition, le parlement japonais a réussi à s’entendre sur la nouvelle Autorité de sûreté nucléaire qui devrait être mise en place à l’automne. En attendant, les réacteurs d’Ôï satisfont très partiellement à des critères de sûreté provisoires. KEPCo affirme que sa centrale peut faire face à un tsunami de 11,4m. Pourquoi 11,4m et pas 15m comme à Fukushima daï-ichi ?

Le tsunami du 11 mars 2011 y faisait 9,5m de plus que prévu. L’autorité de sûreté japonaise, a donc demandé à chaque exploitant d’ajouter 9,5m à ses prédictions. À Ôï, les calculs savants avaient prédit une vague de 1,9m maximum. Et le nouveau critère est devenu 1,9+9,5 = 11,4m. Rassurés ? Pour les centrales où les prédictions étaient déjà assez élevées, la NISA fixé la barre à 15m, pas plus haut. Le tsunami a pourtant atteint des hauteurs beaucoup plus élevées sur la côte pacifique… Une faille active courrait aussi sous cette centrale, selon deux sismologues japonais réputés.

Des camions avec des générateurs électriques de secours ont été positionnés sur place. Mais parmi les 91 mesures nécessaires à l’amélioration de la sûreté, 37 restent à implémenter et pas des moindres : le centre de secours résistant aux séismes sera prêt, promis, en 2015. Le centre actuel est dans les sous-sols et peut être inondé en cas de tsunami... En attendant, la compagnie va aménager une salle de réunion à proximité de la salle de contrôle, trop petite et trop proche des réacteurs. Les filtres qui doivent retenir une partie de la radioactivité si les réacteurs doivent être éventés, ne seront installés qu’en 2015. La digue sera rehaussée en 2014…

Comment évacuer en cas d’accident ?

Il y a aussi la gestion de la crise à améliorer. La centrale d’Ôï est située tout au bout d’une péninsule avec une seule route d’accès peu praticable en hiver. Les secours pourront-ils arriver ? Le jour du redémarrage du réacteur n°3, le 1er juillet, quelques centaines manifestants seulement avaient réussi à bloquer l’accès. Le président de Kepco a dû se rendre sur les lieux en bateau… En cas d’accident, comment évacuer les 300.000 personnes qui vivent dans un rayon de 30km de la centrale ? En hiver, il y a peu de routes pour s’enfuir et une seule ligne de chemin de fer.

Le gouvernement ne veut pas s’arrêter là. Même TEPCo n’a pas renoncé à redémarrer un jour sa centrale de Fukushima daï-ni, située à 12km de celle accidentée de Fukushima daï-ichi ! Elle dépense 900 millions d’euros par an et expose 2.000 travailleurs chaque jour à des doses inutiles pour tenter une remise en état de marche alors que les autorités régionales n’accepteront naturellement jamais. Et les dommages sont probablement irréversibles.

"再稼働「反対」- Saïkadô hantaï…" (Non au redémarrage). C’est le cri de protestation des manifestants devant la résidence du Premier ministre japonais tous les vendredis à 18h. Ils étaient 150.000 selon les organisateurs vendredi dernier (6 juillet), 21.000 selon la police. Le nombre de participants n’a fait qu’augmenter depuis le 29 mars, semaine après semaine, le bouche à oreille et les réseaux sociaux aidant. Du jamais vu au Japon depuis les années 70. Et ce ne sont pas les seules manifestations !

Sur 54 réacteurs de production de l’électricité, 14 ont été arrêtés par le séisme du 11 mars 2011. En mai 2011, le Premier ministre de l’époque a ordonné l’arrêt immédiat de la centrale de Hamaoka située sur une faille. Les autres réacteurs ont été arrêtés les uns après les autres après 13 mois de fonctionnement pour remplacer une partie du combustible et assurer la maintenance. Le dernier s’est arrêté le 5 mai 2012. Leur redémarrage est tributaire des autorités locales qui exigent des garanties après la catastrophe survenue à la centrale de Fukushima daï-ichi.

L’arrêt de tout le parc nucléaire japonais dernier coûte cher aux exploitants. Les compagnies d’électricité et le gouvernement mettent en avant le coût élevé des énergies fossiles de substitution. Mais ce qui plombe les comptes des compagnies, c’est l’investissement massif dans une technologie nucléaire qui se trouve inutilisable, auquel s’ajoutent la main d’œuvre et les frais liés au maintien des centrales et le refroidissement des combustibles usés. La pression est donc forte pour redémarrer au plus vite les réacteurs. Selon une estimation du ministère de l’économie japonais, 4 compagnies feraient faillite si le nucléaire était abandonné dès 2012 parce qu’elles sont trop endettées.

"Saïkadô hantaï…"

Le gouvernement, surpris par l’opposition des élus locaux et des populations, a organisé des stress-tests en prenant exemple sur l’Europe. Il voulait aller vite pour éviter un arrêt complet du parc nucléaire. Ce sont les réacteurs n°3 et 4 de la centrale d’Ôï qui ont rendu le plus vite leur copie. Mais il ne s’agit que d’un exercice de simulation numérique sur un réacteur virtuel qui ne permet en rien de garantir la sûreté des réacteurs réels.

Par ailleurs, l’autorité de sûreté en place, complètement discréditée par la catastrophe en cours qu’elle n’a pas su prévenir, n’a aucune légitimité pour les expertiser. Elle a beau avoir entériné l’exercice fait par l’exploitant en mars 2012, cela n’a pas suffit à convaincre. L’AIEA, appelée à la rescousse, n’a pas été plus convaincante car elle est aussi plus préoccupée par la promotion du nucléaire que par la sûreté.

Nouveaux standards de sûreté élaborés en deux jours

Les élus locaux ont demandé en préalable que toute la lumière soit faite sur l’accident de Fukushima et de nouveaux standards de sûreté. Un processus trop long pour le gouvernement. Si le pays pouvait se passer du nucléaire cet été, au moment où la demande en électricité est la plus forte à cause de la climatisation, comment convaincre ensuite que le pays a un besoin impératif de cette énergie ?

Le gouvernement a donc entériné de nouveaux standards de sûreté en deux jours ! 3 jours plus tard, KEPCo soumettait un rapport au gouvernement expliquant comment il satisfaisait à ces nouveaux critères pour sa centrale d’Ôï et son plan à moyen et long terme de renforcement de la sûreté, avalisé en une demi-journée par le gouvernement. Plus besoin d’autorité de contrôle ! Nous sommes encore à la mi-avril et il espère encore pouvoir annoncer un redémarrage avant le 5 mai.

Les maires montent au créneau

Ne restait plus qu’à convaincre uniquement les élus locaux de la ville d’Ôï et de la province de Fukui qui dependent des subsides de la centrale. Pourtant, la catastrophe en cours à Fukushima a montré que les particules radioactives pouvaient retomber massivement jusqu’à plus d’une cinquantaine de kilomètres. Les autres élus rechignent.

Avec l’élargissement du périmètre de sûreté à 30 km autour de la centrale, de nombreux maires ont demandé voix au chapitre. Ce nouveau périmètre empiète aussi sur le territoire des provinces voisines de Kyôto et Shiga. Les gouverneurs ont donc posé leurs conditions. Enfin, le maire de la ville d’Ôsaka, située plus loin, mais sous les vents dominants, s’est fermement opposé au redémarrage de toute centrale nucléaire. Le lac Biwa, le plus grand du Japon, qui alimente en eau potable une partie de cette région du Kansaï est aussi menacé par un accident à la centrale.

Populations non consultées

Mais le gouvernement n’en démord pas. Pas question d’élargir le périmètre de la consultation. C’est le gouverneur de Fukui qui exigera que le gouvernement convainque les gouverneurs de provinces voisines pour qu’il donne son accord. Les tractations sont allées bon train, et finalement, à la mi-mai, il y a eu un retournement spectaculaire des opinions des gouverneurs de la région et du maire d’Ôsaka, juste pour la période de l’été.

Les populations quant à elles, n’auront jamais été consultées car tous les sondages montrent qu’une majorité de Japonais est opposée au redémarrage et préfère affronter la pénurie d’électricité. Une pétition a rassemblé suffisamment de signatures aussi bien à Ôsaka qu’à Tôkyô pour réclamer un référendum local d’initiative populaire sur la question du nucléaire. En vain, les gouvernements locaux ont rejeté la demande comme la loi le leur permet.

Les risques de coupures estivales

Impossible de connaître le détail des tractations qui ont conduit au revirement des élus locaux. Le risque de coupure pendant l’été en cas de pénurie a sûrement pesé fortement dans la balance. En cas de drames, le gouvernement en fera porter la responsabilité aux élus locaux qui, inconscients, refusaient le redémarrage du nucléaire. Le maire d’Ôsaka a reconnu sa défaite mais a affirmé qu’il allait tenter d’obtenir l’arrêt des réacteurs à l’automne quand la situation sera moins tendue. Les gouverneurs de Kyôto et de Shiga lui ont emboîté le pas, mais il est peu probable qu’ils obtiennent gain de cause.

Avec 40% d’électricité d’origine nucléaire, la région desservie par Kepco est celle où la situation est la plus critique. Si l’été est chaud, il manquera 16,3% des capacités de production au moment des pointes de consommation. Même avec le redémarrage de deux réacteurs, la situation restera tendue et il faudra faire des économies. Ces chiffres de l’exploitant ne prennent pas en compte les efforts des consommateurs, ni les possibilités d’imposer une baisse de la consommation aux gros consommateurs comme cela a été fait l’été dernier.

Longues tractations avec l’opposition

Malgré tout, le gouvernement a décidé, le 16 juin dernier, d’autoriser le redémarrage de deux réacteurs avant l’été. Le premier ministre, faute d’avoir pu convaincre, dit endosser la responsabilité de cette décision. Le réacteur n°3 d’Ôï a finalement redémarré le 1er juillet et atteint sa pleine puissance le 9. Le redémarrage du réacteur n°4 va suivre.

Après de longues tractations avec l’opposition, le parlement japonais a réussi à s’entendre sur la nouvelle Autorité de sûreté nucléaire qui devrait être mise en place à l’automne. En attendant, les réacteurs d’Ôï satisfont très partiellement à des critères de sûreté provisoires. KEPCo affirme que sa centrale peut faire face à un tsunami de 11,4m. Pourquoi 11,4m et pas 15m comme à Fukushima daï-ichi ?

Le tsunami du 11 mars 2011 y faisait 9,5m de plus que prévu. L’autorité de sûreté japonaise, a donc demandé à chaque exploitant d’ajouter 9,5m à ses prédictions. À Ôï, les calculs savants avaient prédit une vague de 1,9m maximum. Et le nouveau critère est devenu 1,9+9,5 = 11,4m. Rassurés ? Pour les centrales où les prédictions étaient déjà assez élevées, la NISA fixé la barre à 15m, pas plus haut. Le tsunami a pourtant atteint des hauteurs beaucoup plus élevées sur la côte pacifique… Une faille active courrait aussi sous cette centrale, selon deux sismologues japonais réputés.

Des camions avec des générateurs électriques de secours ont été positionnés sur place. Mais parmi les 91 mesures nécessaires à l’amélioration de la sûreté, 37 restent à implémenter et pas des moindres : le centre de secours résistant aux séismes sera prêt, promis, en 2015. Le centre actuel est dans les sous-sols et peut être inondé en cas de tsunami... En attendant, la compagnie va aménager une salle de réunion à proximité de la salle de contrôle, trop petite et trop proche des réacteurs. Les filtres qui doivent retenir une partie de la radioactivité si les réacteurs doivent être éventés, ne seront installés qu’en 2015. La digue sera rehaussée en 2014…

Comment évacuer en cas d’accident ?

Il y a aussi la gestion de la crise à améliorer. La centrale d’Ôï est située tout au bout d’une péninsule avec une seule route d’accès peu praticable en hiver. Les secours pourront-ils arriver ? Le jour du redémarrage du réacteur n°3, le 1er juillet, quelques centaines manifestants seulement avaient réussi à bloquer l’accès. Le président de Kepco a dû se rendre sur les lieux en bateau… En cas d’accident, comment évacuer les 300.000 personnes qui vivent dans un rayon de 30km de la centrale ? En hiver, il y a peu de routes pour s’enfuir et une seule ligne de chemin de fer.

Le gouvernement ne veut pas s’arrêter là. Même TEPCo n’a pas renoncé à redémarrer un jour sa centrale de Fukushima daï-ni, située à 12km de celle accidentée de Fukushima daï-ichi ! Elle dépense 900 millions d’euros par an et expose 2.000 travailleurs chaque jour à des doses inutiles pour tenter une remise en état de marche alors que les autorités régionales n’accepteront naturellement jamais. Et les dommages sont probablement irréversibles.

https://leplus.nouvelobs.com/contribution/590015-nucleaire-au-japon-plus-d-un-an-apres-fukushima-un-redemarrage-au-forceps.html



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