Faire un don

Des accidents nucléaires partout

France : Saint-Laurent : Une travailleuse contaminée dans les vestiaires

Quand les poussières radioactives se promènent




1er août 2023


Une travailleuse, prestataire d’EDF, gardienne du vestiaire d’une zone nucléaire à la centrale de Saint-Laurent (Loir-et-Cher), a été contaminée. Elle n’est pourtant pas allée au cœur du réacteur. De quoi questionner sérieusement la "propreté radiologique" du bâtiment. Mais aussi les mesures de précautions et de radioprotection en vigueur dans l’installation.


D’après le communiqué d’EDF annonçant l’incident, la gardienne a été contaminée à l’épaule vendredi 28 juillet 2023. Il n’est pas donné de détail sur la nature de cette contamination ni sur son origine ni sur la durée d’exposition. Comment la gardienne a récupéré une poussière radioactive sur son épaule ? Quel type de rayonnement émettait cette poussière  [1]  ? Combien de temps la travailleuse a-t-elle été exposée ? Le communiqué de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), publié début août, précisera d’ailleurs que malgré ses recherches, EDF n’a pas pu déterminer l’origine de cette contamination.

EDF estime que la dose [[La dose est la quantité d’énergie communiquée à un milieu par un rayonnement ionisant. https://www.asn.fr/lexique/D/Dose]] reçue par la peau de cette travailleuse lors de cet incident est inférieure à la limite annuelle (500 mSv) maximale autorisée pour le personnel exposé aux rayonnements ionisants  [2]. Encore heureux pour elle, sinon il lui aurait été interdit de continuer à travailler à ce poste. Sa société, sous-traitante d’EDF, lui aurait-elle dégoté un autre poste ? Ou aurait-elle dû trouver un autre emploi ?

Si la limite à l’année n’a pas été dépassée, la gardienne a reçue lors de cette journée du 28 juillet, plus du quart de cette limite. EDF ne précise pas la hauteur du dépassement, juste "plus du quart" (ce qui doit faire l’objet d’une déclaration d’évènement significatif de (non)radioprotection [3] ). Cette travailleuse a donc reçue entre 125 et 499 mSv. Ce qui fait quand même un grand écart. La formulation d’EDF a l’avantage de jeter le flou. Et de niveler par le bas l’image que l’on se fait de la dose reçue par le corps de cette personne lors de sa contamination.

La radioactivité est censée être confinée dans certaines zones des installations nucléaires, dont l’accès est contrôlé (d’où leur appellation "zone contrôlée"). Selon l’exploitant nucléaire, il n’y a pas de risque que cette radioactivité s’en échappe, tant le règlement est stricte et les procédures suffisantes. Or cette contamination dans les vestiaires démontre que la zone nucléaire est bien contaminée par des poussières radioactives. La "propreté radiologique" des zones nucléaires n’est donc pas au rendez-vous à Saint-Laurent. Et puisque ces poussières sont ramenées jusque dans les vestiaires où les travailleurs se changent, allant jusqu’à contaminer les personnes qui s’y trouvent, on peut affirmer que les mesures de précautions et de radioprotection ne sont pas suffisantes pour protéger le personnel.

Ce que dit EDF :

Contamination corporelle externe d’une salariée partenaire

Publié le 01/08/2023

Vendredi 28 juillet, une gardienne du vestiaire de la zone nucléaire réalise son contrôle radiologique pour sortir de la zone. Lors de ce contrôle radiologique, une trace de contamination corporelle externe  [4] est détectée sur l’épaule de la salariée.

Elle a été prise en charge par le service prévention des risques et le service médical de la centrale, pour retirer complètement la poussière à l’origine de la contamination. Une infirmière réalise alors des contrôles complémentaires au service médical, qui se révèlent conformes et confirment le retrait de la particule radioactive. La salariée a pu ensuite regagner son domicile.

L’exposition est calculée à partir du niveau de radioactivité de la particule présente sur la peau (activité) et du temps durant lequel cette particule a exposé effectivement la salariée. Les analyses ont permis de déterminer que l’exposition à laquelle la salariée a été soumise est inférieure à la dose peau annuelle réglementaire de 500 mSv, mais elle dépasse le quart de cette limite.

Le niveau d’exposition radiologique de la salariée, inférieur à la limite annuelle, n’a pas de conséquence sur sa santé et ne nécessite pas de suivi médical particulier.

En raison du dépassement du quart de la limite annuelle réglementaire, la direction de la centrale de Saint-Laurent a déclaré le 31 juillet 2023 à l’Autorité de sûreté nucléaire, un événement significatif relatif à la radioprotection au niveau 1 de l’échelle INES qui en compte 7.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-saint-laurent/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-saint-laurent/contamination-corporelle-externe-dune-salariee-partenaire


Ce que dit l’ASN :

Contamination corporelle externe entraînant une dose sur la peau supérieure au quart de la limite réglementaire annuelle

Publié le 04/08/2023

Centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux Réacteurs de 900 MWe - EDF

Le 31 juillet 2023, l’exploitant de la centrale nucléaire de Saint-Laurent a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un évènement significatif pour la radioprotection relatif à la contamination corporelle externe d’une intervenante d’une entreprise extérieure.

Le 28 juillet 2023, alors que le réacteur 2 était à l’arrêt pour renouveler une partie de son combustible, une contamination a été mise en évidence au niveau de l’épaule d’une intervenante.

L’intervenante a été prise en charge par un gardien de vestiaire et l’infirmière d’astreinte, qui ont pu procéder au retrait de la contamination.

Pour les travailleurs susceptibles d’être exposés aux rayonnements ionisants lors de leur activité professionnelle, la limite réglementaire annuelle de doses est, pour douze mois consécutifs, de 500 millisieverts pour une surface de peau de 1 cm².

La dose susceptible d’avoir été reçue par l’intervenante a été estimée inférieure à la limite annuelle de dose autorisée au niveau de la peau, mais supérieure au quart de la limite réglementaire annuelle d’exposition pour les travailleurs susceptibles d’être exposés aux rayonnements ionisants.

Du fait du dépassement du quart de la limite réglementaire annuelle d’exposition pour un travailleur, cet événement a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale de classement des événements nucléaires et radiologiques, qui en compte 7 par ordre de gravité).

Les premières investigations menées par EDF n’ont pas permis d’identifier l’origine de la contamination.

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/contamination-corporelle-externe17


[1Il existe différents types de rayonnements qui ont des impacts différents. Le rayonnement alpha, émis par un atome radioactif, est un faisceau de noyaux d’hélium composé de deux protons et deux neutrons. Le rayonnement béta, émis par un atome radioactif, est un faisceau d’électrons. Le rayonnement bêta cause plus de dégâts que le rayonnement alpha car il est chargé électriquement. Le rayonnement gamma est composé de photons de haute énergie. Ce rayonnement va pénétrer davantage dans l’organisme que les rayonnements alpha et bêta, mais il modifie moins les particules qu’il rencontre. https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Sante/rayonnements-ionisants-effets-radioprotection-sante/effets-rayonnements-ionisants/Pages/2-differents-rayonnements-ionisants.aspx#.YugMGPc6-Uk

[2Rayonnement ionisant : Processus de transmission d’énergie sous forme d’ondes électromagnétiques (photons gamma) ou de particules (alpha, bêta, neutrons) capable de produire directement ou indirectement des ions en traversant la matière. Les rayonnements ionisants sont produits par des sources radioactives. En traversant les tissus vivants, les ions provoquent des phénomènes biologiques pouvant entraîner des lésions dans les cellules de l’organisme. https://www.asn.fr/lexique/R/Rayonnement-ionisant

[3Événements significatifs : incidents ou accidents présentant une importance particulière en matière, notamment, de conséquences réelles ou potentielles sur les travailleurs, le public, les patients ou l’environnement. https://www.asn.fr/Lexique/E/Evenement-significatif En dessous des évènements significatifs, il y a les évènements dits « intéressants », et encore en dessous les « signaux faibles ». Un évènement catégorisé « significatif » est donc déjà « en haut de l’échelle » d’importance des évènements

[4Il y a contamination externe lorsque des particules radioactives sont déposées sur la peau ou sur les vêtements sans avoir pénétré dans le corps. Elle est éliminée par déshabillage ou par nettoyage à l’eau de la zone exposée.


La surveillance des installations nucléaires au quotidien ? C’est grâce à vos dons que nous pouvons la mener !
Pour surveiller au jour le jour les incidents dans les installations nucléaires, les décrypter et dénoncer les risques permanents qui sont trop souvent minimisés - voire cachés par les exploitants, nous mobilisons tout au long de l’année des moyens humains et techniques.
Pour continuer ce travail de lanceur d’alerte et donner, au plus proche de leur survenue, des informations sur les inquiétants dysfonctionnements d’un parc nucléaire vieillissant, nous avons besoin de votre soutien financier !

Faire un don



Installation(s) concernée(s)

Saint-Laurent

Nombre d'événements enregistrés dans notre base de données sur cette installation
62