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Des accidents nucléaires partout

France : Cattenom : Un salarié fortement irradié, la "propreté radiologique" en question

La dose maximale annuelle dépassée en une seule intervention




3 février 2023


Un salarié de la centrale nucléaire de Cattenom (Grand Est) a été fortement irradié jeudi 2 février 2023 lors d’une intervention dans le bâtiment du réacteur 3. Une poussière radioactive s’est collée à sa joue et l’a irradié directement au niveau de sa peau. Il a reçu au cours de cette seule intervention une dose supérieure à la limite maximale autorisée en toute une année pour les travailleur.ses exposé.es aux rayonnements ionisants. EDF, n’ayant pas trouvé de piste quant à l’origine de cette contamination, parle de "contamination ponctuelle". Et minimise l’accident en précisant que la salarié a été irradié au niveau de la joue mais que pour le corps entier, la dose limite annuelle n’a pas été dépassée.


Les faits sont graves car EDF est censé protéger tous les intervenants, salariés ou sous-traitants, exposés aux risques de son installation.Que la dose de rayonnement ionisant autorisée à l’année soit dépassée est très loin d’être anodin : la personne devra être suivie médicalement et ne pourra plus travailler en zone nucléaire. Pourtant, le communiqué de l’industriel ne rend pas compte du sérieux de cet accident du travail. Le type de rayonnement émis par la particule n’est pas précisé  [1] , ni la durée de l’exposition du travailleur à ces rayonnements.

Qu’une telle contamination puisse être possible alors que les recherches n’ont mis en évidence aucun point de contamination particulier dans les locaux où est intervenu ce travailleur signifie que le bâtiment est globalement contaminé. Ce n’est pas à l’occasion d’un chantier ou d’une maintenance au coeur du réacteur que le travailleur a été contaminé : il faisait de la logistique. Ce qui signifie que des poussières radioactives sont en suspension dans le bâtiment ou se sont déposées de-ci de-là, alors que la radioactivité est censée être strictement confinée dans certains locaux où des protections individuelles (masques, tenues, etc.) sont de rigueur et sont censées protéger les travailleurs des contaminations externes et internes. La propreté radiologique du bâtiment réacteur 2 est donc clairement remise en question par cet accident. Quant au niveau de radioprotection des travailleur.ses à Cattenom... L’accident parle de lui-même. Les faits ont été classés au niveau 2 de l’échelle INES [2].

Ce que dit EDF :

Contamination corporelle externe d’un intervenant ayant entrainé une exposition radiologique « dose peau » supérieure à la limite réglementaire annuelle

Publié le 03/02/2023

Evénement radioprotection

Jeudi 2 février 2023, un intervenant de la centrale de Cattenom a réalisé des activités de logistique dans plusieurs locaux du bâtiment réacteur de l’unité de production n°3, actuellement à l’arrêt pour maintenance. Lors de son contrôle à la sortie de zone nucléaire, une contamination externe a été détectée au niveau de la joue de l’intervenant.

Le salarié a immédiatement été pris en charge par le service médical de la centrale, pour réaliser des contrôles complémentaires et traiter le point de contamination selon les procédures usuelles. Une particule radioactive a été identifiée au niveau de la joue et retirée très rapidement.

L’exposition du salarié est calculée à partir du niveau de radioactivité de la particule présente sur la peau (activité) et du temps durant lequel cette particule a exposé effectivement le salarié. Le calcul de l’exposition conduit ainsi à un léger dépassement de la limite réglementaire annuelle dite « dose peau » fixée à 500 millisieverts. La dose équivalente reçue par l’intervenant pour le corps entier est quant à elle très faible, de l’ordre de 1 microsievert, soit 20 000 fois inférieure à la limite annuelle réglementaire.

Pour les salariés susceptibles d’être exposés aux rayonnements ionisants lors de leur activité professionnelle, les limites réglementaires annuelles de doses sont, pour 12 mois consécutifs, de 20 millisieverts pour le corps entier et de 500 millisieverts pour une surface de 1 cm2 de peau.

Comme cela est le cas lorsqu’un seuil réglementaire est atteint, le salarié bénéficiera sur les prochains mois, par précaution, d’un suivi médical adapté.

Dès la détection de la contamination, les locaux dans lesquels le salarié était intervenu, ont été fermés et des contrôles ont été réalisés. Ils n’ont montré aucune trace de contamination particulière, l’origine de l’événement est donc une contamination ponctuelle. Aucun autre salarié présent au même moment dans le bâtiment réacteur n’a été détecté contaminé par les portiques de contrôles lors de leur sortie de la zone nucléaire.

La direction de la centrale de Cattenom a déclaré cet évènement le 3 février à l’Autorité de sûreté nucléaire, comme un évènement significatif radioprotection de niveau 2 (incident) de l’échelle INES qui en compte 7, du fait du dépassement de la limite réglementaire annuelle pour la dose peau.

https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-cattenom/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-cattenom/contamination-corporelle-externe-dun-intervenant-ayant-entraine-une-exposition-radiologique-dose-peau-superieure-a-la-limite-reglementaire-annuelle


Ce que dit l’ASN :

Contamination externe d’un intervenant conduisant au dépassement de la limite annuelle réglementaire pour la dose équivalente reçue par la peau

Publié le 16/02/2023

Centrale nucléaire de Cattenom Réacteurs de 1300 MWe - EDF

Le 3 février 2023, l’exploitant de la centrale nucléaire de Cattenom a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire un événement significatif relatif à la radioprotection concernant le dépassement, pour un intervenant prestataire d’EDF, d’une limite de dose individuelle annuelle.

Le 2 février 2023, cet intervenant réalisait, dans le bâtiment du réacteur 3 à l’arrêt dans le cadre des activités de contrôle et de réparation en lien avec le phénomène de corrosion sous contrainte (CSC), une activité de repose de calorifuge sur des robinets de différents circuits. Lors du contrôle réalisé à la sortie de zone contrôlée, une contamination de la peau au niveau de la joue de l’intervenant a été détectée. L’agent a été immédiatement pris en charge et la particule radioactive à l’origine de cette contamination a été retirée.

Pour les travailleurs susceptibles d’être exposés aux rayonnements ionisants lors de leur activité professionnelle, les limites réglementaires annuelles de doses sont, pour douze mois consécutifs, de 20 millisieverts pour le corps entier et de 500 millisieverts pour une surface de 1 cm2 de peau.

EDF a procédé à une évaluation de la dose reçue en considérant le parcours et l’activité de l’intervenant au sein du bâtiment du réacteur. Cette évaluation atteint, au niveau de la joue de l’intervenant, une valeur supérieure à la limite réglementaire fixée pour la dose équivalente peau. La dose reçue par l’intervenant pour le corps entier est quant à elle nettement inférieure à la limite réglementaire annuelle.

En raison du dépassement d’une limite réglementaire d’exposition d’un travailleur, cet événement a été classé au niveau 2 de l’échelle INES (échelle internationale de gravité des événements nucléaires et radiologiques).

Dès la contamination découverte, l’exploitant a engagé des actions visant à en identifier l’origine. Les contrôles radiologiques réalisés dans les locaux où l’agent s’est rendu n’ont cependant pas montré d’anomalie particulière.

L’ASN a mené une inspection sur le site le 9 février 2023. Les inspecteurs ont vérifié qu’EDF avait pris toutes les mesures nécessaires pour gérer l’événement de manière adéquate et pour en analyser les causes. Un rapport d’analyse de cet événement, présentant les actions correctives mises en place pour prévenir son renouvellement, devra être transmis à l’ASN sous deux mois.

https://www.asn.fr/l-asn-controle/actualites-du-controle/installations-nucleaires/avis-d-incident-des-installations-nucleaires/contamination-externe-d-un-intervenant-a-la-centrale-nucleaire-de-cattenom


[1Il existe différents types de rayonnements ionisants, dont les effets sur les organismes sont différents.
Le rayonnement alpha, émis par un atome radioactif, est un faisceau de noyaux d’hélium composé de deux protons et deux neutrons. Le rayonnement béta, émis par un atome radioactif, est un faisceau d’électrons. Le rayonnement bêta cause plus de dégâts que le rayonnement alpha car il est chargé électriquement.Le rayonnement gamma est composé de photons de haute énergie. Ce rayonnement va pénétrer davantage dans l’organisme que les rayonnements alpha et bêta, mais il modifie moins les particules qu’il rencontre. https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Sante/rayonnements-ionisants-effets-radioprotection-sante/effets-rayonnements-ionisants/Pages/2-differents-rayonnements-ionisants.aspx#.Y-DMKkiZOUk

[2Lorsque le quart de la dose annuelle est dépassé, les faits significatifs pour la (non)radioprotection, sont classés au niveau 1 de l’échelle INES : International nuclear and radiological event scale (Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques) - Description et niveaux ici - https://www.asn.fr/Lexique/I/INES


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Installation(s) concernée(s)

Cattenom

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160